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Gilles Granger, entrepreneur et business coach : digital means business (1)

Pour sa 6ème édition en mai dernier, au centre d'affaire de Terra Botanica, le Web Camp Day, événement webmarketing de premier ordre, offrait une tribune à Gilles Granger, co-fondateur de Guest Suite, premier acteur de l'e-reputation hôtelière. L'occasion pour ce consultant spécialisé dans le web marketing  et la stratégie digitale d'évoquer les lames de fond impactant ce secteur.

Anjou Eco : Les temps changent y compris dans le web marketing. Des lames de fond arriveraient, modifiant profondément la façon dont nous percevons le digital. Quelles sont ces lames de fond ?
Gilles Granger : Elles sont au nombre de 3. La première, les Millennials (2) qui sont les premiers acteurs de ce changement. Nés entre 1980 et 2000, ces digital natives représenteront 75% de la population active dans le monde d'ici 2025. Cette génération difficile à décrypter, compliquée à gérer parfois est avant tout à la recherche d'expériences enrichissantes. Proactive, elle est aussi en quête de sens. Un non sens serait pour elle, par exemple, de collaborer avec British American Tobacco, ce géant du tabac. Zappeurs en matière d'emplois, les Millenials obligent les entreprises à se réinventer. Ils sont davantage dans la culture du risque et plus autonomes que leurs aînés. Leur challenge de demain sera celui de l'expertise. Pour illustrer mon propos, prenons l'exemple d'un radiologue, qui, à l'issue d'un cursus de 12 années d'étude, est à même d'interpréter des clichés. Aujourd'hui, le digital permet déjà de reconnaître et d'interpréter des clichés. Les nouvelles techniques de l'intelligence artificielle seront à même de fournir analyses et diagnostics en temps réel, qui plus est en réduisant les coûts. C'est aussi à cela que servira le digital marketing business tout en permettant d'aller plus loin encore. Demain nous ne nous demanderons plus qui sera susceptible de nous souffler notre job mais quelle expertise avoir pour qu'une machine ne puisse nous le prendre... A propos du pouvoir que sera amenée à avoir cette intelligence artificielle dans les années à venir, écoutez cette histoire édifiante. Il y a quelques temps, Microsoft a fait cette expérience : mettre face à face deux intelligences artificielles qui avaient pour mission de négocier. L'une devait acheter à moins de 100. L'autre devait vendre à plus de 100. Dit autrement, la négociation était impossible. Voyant qu'elles ne pouvaient résoudre ce «deal », ces deux intelligences artificielles se sont mises alors à inventer leur propre langage. Cela laisse perplexe quant à ce qui pourrait se produire « demain »...

L'autre levier du digital serait de pouvoir accroître les ventes ?
C'est la seconde lame de fond. C'est la technologie au service du business. En quelques mots, la vente c'est « quelle cible ? Pour quels besoins ? Dans quel timing ? ». Des mythes sur la vente, il y en a pléthore. La fonction « vente » a mauvaise presse dans l'entreprise. On a tous en tête cette image du commercial, hâbleur, extravagant, bonimenteur. Aujourd'hui, avec le digital, la réalité est toute autre. Les commerciaux ont changé de rôle. Ils sont devenus l'équivalent de médecins dans le sens où ils doivent diagnostiquer le besoin du client avant de savoir si leur produit pourra y répondre, aidés en cela par l'inbound marketing entre autres (méthode consistant à fournir le bon contenu au bon contact, au bon moment et sur le bon support). L'objectif étant de décrire les profils des clients cibles, de produire des contenus répondant à leurs attentes et de diffuser de manière intelligente ces contenus sur les réseaux sociaux. Il n'y a plus de place pour l'improvisation mais à des méthodes sélectives.

La troisième lame de fond, quelle est-elle ?
La formation. Tout le monde s'accorde à dire que le digital a permis de changer les méthodes de formation. Auparavant, la formation était souvent perçue comme quelque chose de contraignant. On allait en formation en trainant des pieds en se disant davantage « je vais perdre mon temps » que « je vais apprendre ». Tous autant que nous sommes, nous avons appris de la même façon : en tombant, en nous relevant comme nous l'avons fait enfant lors de l'apprentissage de la marche. Le digital permet d'apprendre vite, qui plus est en y prenant du plaisir. Cela me fait penser aux jeunes qui acquièrent quantités de choses par le biais des tutoriels, des choses les plus futiles à des révisions de cours. Je pense aussi à la Khan Academy, formidable initiative dont le principe est de fournir un enseignement gratuit de grande qualité à tous et partout. Via des tutoriels, chacun peut apprendre les mathématiques, l'informatique, l'histoire, l'économie, la chimie, la musique.... Les enseignements classiques ont rarement autorisé l'erreur, quand le digital le permet. Imaginons : vous n'avez pas compris un problème de géométrie. Que faites-vous ? Vous allez sur un tutoriel qui pourra vous expliquer autant de fois que nécessaire ledit problème. L'explication n'est pas claire ? Qu'à cela  ne tienne. Vous pouvez aller sur un autre tutoriel qui vous l'expliquera différemment. Je pense aussi à l'école 42, autre exemple par excellence de ce que peut offrir le digital en matière de formation. Cette école qui forme les futurs développeurs informatique est entièrement gratuite, sans enseignant, sans diplôme reconnu par l'Etat...Et pourtant les places sont chères (N.B : 50 000 candidats pour 900 places en 2017). Tutoriels, videos, Khan Academy, Ecole 42, etc. Le digital a ceci d'unique : permettre de se former tout au long de sa vie, de multiples façons.

En d'autres termes, selon vous, « digital means business »
Oui, il est possible de faire des affaires grâce au digital. Les entreprises que j'accompagne en matière de web marketing viennent me voir pour cela. Le digital permet cela comme il permet de se former davantage. Même si le digital change profondément notre manière de travailler et d'acquérir du savoir, il ne faut pas pour autant en oublier des principes, importants à mes yeux, que sont la curiosité, l'optimisme et la bienveillance. Soyons curieux, optimistes et cultivons la bienveillance.


(1) : « digital means business » : Faire des affaires grâce au digital

(2) : Le terme « Millenial » est apparu pour la première fois en 1989 sous la plume des historiens américains Neil Howe et William Strauss pour désigner une nouvelle génération faisant suite aux « Silent Generation», Baby Boomers et Génération X et dont les membres les plus âgés sont nés au début des années 1980.


Marianne Bourgeois
Anjou Eco n°52 - septembre 2018

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Stéphane Roche, consultant, formateur et conférencier : l'étranger, cet extraterrestre

Le 3 octobre dernier, l'International Week, organisé par les CCI des Pays de la Loire, faisait escale à la CCI de Maine-et-Loire pour accueillir les entreprises angevines porteuses de projets d'export. En clôture de cette journée riche en échanges, Stéphane Roche, spécialiste du management international et de la gestion de la complexité ainsi que des relations interculturelles, offrait aux participants un éclairage décomplexé sur "l'étranger", cet être que l'on a parfois du mal à comprendre.

Stéphane Roche

Après des études en France, en Allemagne et en Chine, Stéphane Roche travaille pendant 15 ans sur tous les continents pour plusieurs entreprises internationales (allemande, française et américaine). Il vit et travaille en France, en Allemagne, à Hong Kong et en Inde.

En 2004, fort de cette expérience opérationnelle, il se forme au coaching et crée sa propre activité de conseil, SR Consulting. Depuis 15 ans, il accompagne les dirigeants, managers et équipes sur les défis liés à l'internationalisation des marchés et des organisations.

Anjou Eco : Pourquoi comparer l'étranger à un extraterrestre ?
Stéphane Roche : Parce que l'on est souvent pris au dépourvu. On croit se comprendre, notamment si l'on maîtrise la langue de l'autre, mais on s'aperçoit que l'on ne se comprend absolument pas. Derrière le langage il y a les interprétations, la culture, les codes de chaque pays. Si on ne les connaît pas, si on ne les respecte pas, cela peut générer des incompréhensions inattendues, parfois cocasses, parfois de nature à remettre en cause le projet de collaboration.

Comment définiriez-vous la notion de culture ?
C'est un ensemble de comportements qui sont valorisés ou sanctionnés selon les pays. Par exemple, penser de manière rationnelle est valorisé en France, alors que penser de manière intuitive est valorisé en Inde. Dire oui au Japon, c'est bien, savoir dire non en France, c'est bien... Toutes ces choses sont pour nous des évidences, et nous ne pensons pas à les transmettre. En général les malentendus commencent comme ça !

Ce sont donc essentiellement des codes non-verbaux ?

En effet, la culture est comparable à un iceberg : la partie émergée représente les comportements, et en profondeur se cachent leurs deux principaux constituants, la vision du monde et le système de valeurs. La vision du monde, c'est la façon dont les personnes pensent l'action et le temps, comment elles raisonnent ou s'organisent autour d'un projet. Le système de valeurs concerne davantage la relation à l'autre : comment communiquer, créer la confiance, fédérer, manager...

Vous distinguez deux grandes visions du monde
Oui, que l'on peut symboliser par les figures du philosophe grec et du sage chinois. Le philosophe grec correspond à la vision occidentale, c'est « l'homme au-dessus de la nature », l'homme qui veut contrôler sa vie, son destin. Cartésien, il cherche à tout comprendre. D'où la permanence de la question « pourquoi ». L'Occidental vit dans le temps, dans le concept, il se projette facilement, anticipe, pose des jalons pour avancer. C'est une force. Mais à l'excès, il tombe dans « l'usine à gaz » : il perd du temps à essayer de tout prévoir et maîtriser, d'anticiper des problèmes qui ne sont pas encore survenus (ou qui ne surviendront sans doute jamais). Cela peut le faire paraître négatif, théorique, pessimiste.
À l'inverse, le sage chinois cherche à vivre en harmonie avec le monde. Il n'y a rien à comprendre, il faut juste observer la situation présente (ou qui se présente à vous) et s'adapter. La question est de savoir ce que je peux en faire : « pour quoi » en deux mots. Sa volonté n'est pas de modéliser, mais d'avancer en saisissant les opportunités successives. Son raisonnement est intuitif, analogique, une idée en entraîne une autre. C'est la pensée innovante par excellence, elle intègre sans a priori tous les éléments extérieurs. Mais à l'excès, agir sans anticiper, c'est faire « quick & dirty »...

« Le modèle occidental était efficace au 20ème siècle, mais il est trop dogmatique aujourd'hui : il faut changer d'approche. »
Ces deux paradigmes sont efficaces dans leurs mondes respectifs : l'Occidental est à l'aise dans un schéma industriel, compliqué, dont tous les éléments sont clairement identifiés et ont entre eux des rapports de cause à effet. Alors que l'Asiatique est à l'aise dans les environnements complexes, où des éléments mal identifiés s'entrechoquent. Or, la mondialisation et Internet génèrent un brassage très complexe. Pour se développer à l'international, il est illusoire de vouloir tout comprendre et maîtriser. Les diagrammes prévisionnels ne servent à rien, ils sont même potentiellement dangereux car ils enferment votre pensée et vous mettent des œillères. La meilleure solution est de changer de paradigme pour apprendre à réfléchir autrement. S'ouvrir, apprendre des autres, tester et s'adapter, sur un marché qui ressemble à une galaxie inconnue.

Comment le système de valeurs interfère-t-il avec ces visions du monde ?
La vision occidentale a engendré la révolution industrielle et la mobilité sociale, qui à son tour a généré l'individualisme et une communication directe. Alors que le processus d'individualisation chez les Orientaux est plus jeune, le collectivisme est encore très vivant et les communications moins directes pour rester en harmonie avec le groupe.
Le système de valeurs explique le mode relationnel. Je distingue deux grands schémas : l'un plutôt féminin, orienté vers l'amour, l'affect, la beauté, l'émotion, l'esprit et les idées. L'autre plus masculin, en quête de puissance, de respect, d'ordre, d'action, de matière et de faits.
On trouve ainsi, parmi les pays occidentaux, ceux qui sont à la fois individualistes et dans l'affect ou l'émotion : c'est l'esprit romantique des « Latins » de culture catholique ou orthodoxe. Et de l'autre côté, les Européens du nord et les Anglo-saxons, de culture protestante, individualistes et orientés vers des référents plus « froids » d'action et de résultat.
Dans les pays comme l'Inde, l'Afrique, l'Amérique latine, les relations sont démonstratives, liées à la fois au groupe et à l'affect, tandis que l'Est asiatique (Chine, Corée, Japon, Thaïlande...) se reconnaît autour de valeurs collectives, d'ordre, de respect, de retenue et de distance.
Ces tendances permettent de comprendre sur quoi se base la confiance selon les cultures : en Inde, elle naît de la proximité, de l'intimité ; le Français vérifie d'abord la fiabilité, la loyauté de son interlocuteur ; aux États-Unis, la compétence et la capacité à respecter les normes de communication sont primordiales ; en Chine, la réciprocité (donner pour recevoir) est la règle...

Tout ceci n'est-il pas un peu caricatural ?
Bien sûr, ce ne sont que des tendances. En réalité, le monde est très mouvant : l'industrialisation, la mobilité sociale n'ont pas le même âge partout. Certaines idées de collectivisme ou d'entraide renaissent en Europe. L'hégémonie culturelle et médiatique américaine envahit le monde entier. Les valeurs de l'entreprise ne laissent que peu de place à l'affect et au lâcher-prise.
Il faut ajouter à cela que chacun de nous possède sa propre personnalité mais est aussi habitué à se conformer, par son éducation, à sa culture d'appartenance : on navigue entre l'inné et l'acquis. Pour que la relation entre deux « étrangers » fonctionne, il faut donc que chacun fasse un pas vers l'autre. C'est celui qui a le plus travaillé, en conscience, sur les différences culturelles, qui fait le plus grand pas.



Christophe de Bourmont
Anjou Eco n°53 - novembre 2018

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Stéphane Mallard, digital Evangelist et conférencier : pas de révolution, une disruption

Face à un public de salariés et entrepreneurs mayennais, lors de la cérémonie des vœux, Stéphane Mallard a exposé son opinion sur l'accélération de la révolution digitale, de plus en plus présente dans notre quotidien. Aujourd'hui, nous sommes tous connectés, l'information est accessible partout et en continu. Toutes nos interactions sont transformées et les modèles vont progressivement être disruptés. Tous les acteurs sont concernés par ce changement.

Stéphane Mallard
 Stéphane Mallard, 30 ans, Digital Evangelist chez Blu Age, société ayant développé une technologie qui automatise la transformation du code informatique.
Expert en technologie digitale
Anjou Eco : L'intelligence artificielle se développe très vite. Comment est-elle perçue ? Que va-t-elle changer ?
Stéphane Mallard - Nous entrons dans une nouvelle ère. L'intelligence artificielle progresse à une vitesse exponentielle et va provoquer des challenges à relever. Grâce à elle, nous allons pouvoir résoudre très vite de nombreux problèmes et ce, dans tous les domaines. En revanche, nous ne sommes pas encore prêts à entrer dans ce nouveau schéma de vie. Notre vision du monde, notre manière d'appréhender la vie et l'organisation de nos sociétés vont être impactées et remises en cause. Ces dernières années, nous avons fait un bond gigantesque en matière d'IA. Auparavant, on programmait des machines avec des règles pour imiter l'intelligence humaine. On créait des logiciels qu'on nourrissait avec des données, et qui s'exécutaient avec des scénarios bien définis à l'avance. Mais on s'est rendu compte que l'intelligence humaine faisait l'inverse. (Ex. : un bébé n'a pas besoin de règles de grammaire pour apprendre à parler. Il est entouré par des gens qui parlent autour de lui. Il comprend implicitement à force de les entendre).

Comment fonctionnent les algorithmes et que nous apportent-ils ?
Les algorithmes sont pour la plupart des réseaux de neurones artificiels inspirés du cerveau humain. Ils sont capables d'identifier des concepts de haut niveau dans les données. C'est grâce à eux qu'on peut reconnaître par exemple des personnes sur des photos. On nourrit l'algorithme avec de nombreuses données, et on l'entraîne. (ex : taguer des photos sur Facebook). Plus on lui apporte de données, plus il est capable de se calibrer, de reconnaître parfaitement ce qu'il y a sur ces photos. Dernièrement, on a essayé d'apprendre aux machines à atteindre des objectifs toutes seules en se débrouillant par des essais/erreurs. Avec cette approche, on fournit un environnement visuel aux machines avec des contraintes et un objectif à atteindre. On laisse les machines s'entraîner toutes seules et quand elles se rapprochent de l'objectif, on les aide à progresser. On utilise des algorithmes pour apprendre aux machines à jouer à des jeux vidéo toutes seules. Plus elles jouent de parties par auto-apprentissage, plus elles calibrent leur modèle de jeu jusqu'à devenir excellentes. C'est grâce à ces algorithmes que l'IA de Google a réussi à battre le meilleur joueur de Go au monde (jeu de stratégie qui passionne les Asiatiques et dont on ne peut pas calculer toutes les combinaisons existantes). La machine s'est entraînée, nourrie avec les parties des meilleurs joueurs de Go au monde. Elle a acquis l'intuition des joueurs puis a joué contre elle-même pour s'améliorer et a gagné. Les experts en intelligence artificielle et en jeu de Go étaient incapables de comprendre pourquoi la machine jouait tel pion plutôt qu'un autre. En fait, elle a découvert une nouvelle manière de jouer au Go à laquelle personne n'avait pensé auparavant.

Finalement, l'intelligence artificielle est plus présente dans notre quotidien qu'on pourrait le penser.
Cette révolution digitale est lancée et nous avons le sentiment que les résultats ne se verront pas avant 10 ou 20 ans. Or, nous utilisons déjà de l'IA sans le savoir. Tous les géants du web infusent de l'IA dans tous leurs services et produits. Cela nous semble déjà normal car notre cerveau est programmé pour s'adapter à notre environnement. Google développe plus de 4 000 projets avec de l'IA. Snapchat l'utilise entre autres pour améliorer le ciblage publicitaire, Facebook pour filtrer les fake news, Instagram pour mettre en avant les photos sur lesquelles vous avez cliquées.

Nous allons tous participer à l'éducation des IA. De quelle manière ?
Bientôt, on n'utilisera plus de code complexe pour programmer les machines. Les programmes actuels préparent les bases futures pour que chacun puisse entraîner les IA à réaliser des tâches, qu'elles soient physiques (dans les robots) ou intellectuelles (dans le cloud). Et pour que les IA puissent continuer à se développer et à comprendre le monde, on va leur permettre d'utiliser le langage. Jusqu'à présent, la connaissance reposait sur de l'écrit (Internet, livres, conversations sur les réseaux sociaux...). On entraîne les IA à maîtriser le langage pour qu'elles puissent le comprendre mais aussi s'exprimer un jour toutes seules. Ainsi, nous pourrons avoir des interactions plus fluides et plus élaborées avec les machines (on peut déjà entretenir une conversation simple avec Google Assistant). La machine peut déjà comprendre nos questions, aller chercher les réponses sur Internet et nous répondre sous forme de discussion. Puis l'IA sera capable de faire des découvertes toute seule grâce aux données que l'homme lui aura fournies.

A quoi va ressembler l'intelligence artificielle quand elle va arriver dans nos vies ?
L'intelligence artificielle va tout d'abord se matérialiser sous forme d'assistant intelligent. Grâce au progrès des algorithmes et à l'entraînement qu'on leur aura fait faire, ils vont s'améliorer et être capables de nous accompagner dans nos vies. Pour cela, on apprendra à l'assistant intelligent à être flexible pour gagner en autonomie. Il pourra gérer notre emploi du temps, sera notre expert personnel dans tous les domaines pour pouvoir nous libérer du temps. Il nous facilitera ainsi l'accès à la connaissance. L'assistant intelligent fonctionne actuellement pour exécuter des tâches simples. Mais bientôt, il finira par nous connaître parfaitement et pourra exécuter des tâches complexes (aider à réviser les devoirs des enfants, être le confident et faciliter l'accès à la connaissance...). Il va créer des interactions de plus en plus intimes avec nous, va défendre nos intérêts car il connaîtra nos aspirations. L'assistant intelligent sera une copie parfaite de nous dans le monde digital, notre alter-ego digital (comme le dit Microsoft) qui nous représentera dans toutes nos interactions avec l'extérieur. Mark Zuckerberg, patron de Facebook, s'est créé son propre assistant intelligent personnel pour piloter sa maison. Bientôt, ces assistants intelligents remplaceront nos smartphones. Ils seront nos compagnons virtuels avec lesquels nous serons en connexion permanente.

Propos recueillis par Dominique Gruson
Anjou Eco n°51 - mai 2018

 

 

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Stéphane Degonde, entrepreneur et conférencier

L'adulte-sachant-tout-puissant apprend à l'enfant à marcher, avant de lui demander de surtout arrêter de bouger. Il lui apprend à parler avant de lui demander de se taire. Il lui apprend à suivre les règles avant de lui demander de penser en dehors du cadre. Le monde de l'entreprise ne fait pas exception ; on y attend à la fois de l'obéissance et de l'innovation, du respect et de l'audace, de la discipline et de la rupture. Pour Stéphane Degonde, entrepreneur et conférencier, la désobéissance a toute sa place en entreprise. Clé d'une époque où pour faire face à la rapidité et à la concurrence ouverte, il faut savoir faire la différence. Face aux entrepreneurs d'aujourd'hui et de demain présents à la Grande Aventure d'Entreprendre organisée en novembre dernier par la CCI au Théâtre le Quai à Angers, Stéphane Degonde a appelé de ses vœux une « désobéissance responsable », pour éveiller l'audacieux qui sommeille en soi et oser enfin !

« La désobéissance représente une formidable opportunité de faire différemment. »

Stéphane Degonde

Stéphane Degonde a débuté sa carrière en conseil et ingénierie financière chez PWC et IBM Global Services, ainsi qu'au sein d'un groupe spécialisé dans les médias optiques.

Il a ensuite créé et dirigé pendant 5 ans une startup spécialisée dans la conception et la gestion d'instruments de paiements privatifs pour le compte de grandes marques Retail, de groupes hôteliers et d'éditeurs de coffrets cadeaux.

Conférencier et enseignant HEC, Stéphane Degonde est également l'auteur du livre « J'ose entreprendre ! » publié en janvier 2015 et ressorti en format poche en septembre 2017.


www.stephanedegonde.com

Anjou Eco
En quoi la désobéissance a-t-elle sa place en entreprise ?

Stéphane Degonde
Le XXIème siècle est celui de la mondialisation, de la révolution numérique, de la transformation digitale, de l'économie circulaire, des modèles ouverts et autres modes collaboratifs. Le monde change et avec lui des pans entiers de notre économie. Pour tenir et durer, pour continuer à innover et exister, les entreprises n'ont pas d'autre choix que celui de se réinventer. Elles attendent aujourd'hui de leurs salariés qu'ils soient créatifs, "disruptifs", qu'ils expérimentent, qu'ils prennent des risques... Pour cela, il faut donner de nouveaux espaces et de nouveaux droits, créer les conditions d'une nouvelle forme de désobéissance : une désobéissance "responsable", telle que la conçoivent les entrepreneurs.

Qu'est-ce que la « désobéissance responsable » ?
On a tendance à associer la désobéissance au bazar, au chaos, à l'anarchie. On y voit uniquement du négatif alors qu'il s'agit d'une formidable opportunité de faire différemment. Désobéir, ce n'est pas nécessairement refuser l'autorité ou faire le choix de la marginalisation. C'est faire preuve d'audace. Nous avons tous un cœur d'enfant, explorateur, qui essaie, échoue, recommence, repousse la limite du cadre. C'est cet audacieux en nous qu'il faut réveiller !

Selon vous, est-on audacieux de nature ou le devient-on ?
L'audace est un processus plus qu'un état. Le 02 mai 2012, quand François Hollande fait face à Nicolas Sarkozy lors du débat de l'entre deux tours de l'élection présidentielle, et qu'il répond à la journaliste par une anaphore qui dure 3,21 minutes, « Moi, Président... », il sort du cadre et renverse la partie. C'est un pur moment de désobéissance et d'audace. L'audace est une démonstration singulière. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise audace, mais des styles d'audace que l'on incarne plus ou moins pleinement. Tout l'enjeu est donc de découvrir ces audaces qui nous ressemblent : les nôtres, pas celles des autres... Et pour cela, une seule façon de faire : essayer, échouer, essayer encore. C'est en courant le risque que la vie nous cabosse, que nous apprenons à découvrir les prises de risque qui nous correspondent.

Quelles similitudes voyez-vous entre l'audacieux et l'entrepreneur ?
Entreprendre, c'est une audace maitrisée aux conséquences imprévisibles. Toute démarche audacieuse a sa part d'inconnu ; on a beau tenter de tout prévoir, rien ne se passe jamais vraiment comme prévu. Entreprendre, c'est donc intégrer l'idée d'une adversité sans cesse renouvelée ; une adversité qu'il va falloir surmonter et résoudre avec engagement et courage. Toute la valeur de la démarche entrepreneuriale réside dans la capacité à s'adapter en permanence.

En quoi la désobéissance est-elle utile ?
Cocteau écrivait que : « Rien d'audacieux n'existe sans la désobéissance à des règles. » Le 05 juin 1989 à Roland Garros, en 8ème de finale, le jeune Michael Chang, 19ème au classement ATP, fait face au numéro un mondial, le géant tchèque Ivan Lendl, un Terminator des cours de tennis. Son jeu est sans flamboyance mais d'une efficacité redoutable : il joue en fond de court, tape fort, balade... Face à lui Chang fait preuve d'une vitalité étonnante : il est sur toute les balles, renvoie tout, et mène au score contre toute attente. Dans le 8ème jeu du cinquième set, alors qu'il mène 4 jeux à 3, Chang ose un geste totalement inédit à ce niveau de la compétition. Son service à la cuiller surprend tout le monde, et en premier lieu son adversaire qui, totalement déstabilisé, commet la faute. Une clameur s'élève dans le public : est-ce seulement autorisé par le règlement ? Rien ne l'empêchait en réalité. C'est donc par sa désobéissance à des contraintes imaginaires que Chang a su créer les conditions de la surprise et de la différence.

Quel entrepreneur incarne pour vous la désobéissance et l'audace ?
Tous les entrepreneurs l'incarnent, à leur façon, et à des degrés divers. Eriger des entrepreneurs en exemple, ce serait vouloir affirmer la prééminence d'un style de désobéissance. Ce serait obéir finalement à l'injonction du bon exemple pour entreprendre. Je préfère aider chacun à réfléchir et à trouver en lui son propre style plutôt que de le placer dans les conditions d'une comparaison forcément stérile. Désobéir, c'est d'abord commencer par écouter en soi ce qui résonne vraiment, c'est-à-dire ce qui fait sens et est important.

Si désobéir ne consiste pas uniquement à aller contre la règle, qu'est-ce alors ?
Je crois que l'audace est une autre façon d'écouter le monde. Je pense ainsi au coureur d'ultra distances en milieux hostiles, Malek Boukerchi, qui explique : « Je ne m'entraîne pas à courir, mais à écouter mon corps courir, à entendre chaque dissonance, pour adapter l'effort du corps. » L'audacieux sait désobéir à la raison seule et faire appel à une autre forme d'intelligence : celle des sensations. Faire confiance à son intuition, à ses émotionsest souvent perçu comme une faiblesse en entreprise. C'est pourtant le ressort de tous ceux qui ont à créer, qu'ils soient artistes, sportifs ou entrepreneurs.

De façon concrète, comment ose-t-on la désobéissance ?
Par de petites actions, parfois minuscules. Désobéir peut commencer par des micro-changements dans son quotidien. Ils donneront une impulsion ; leur répétition deviendra un système ; le système mènera vers de nouveaux chemins et créera des opportunités insoupçonnées. Désobéir, c'est créer ainsi les conditions d'un vrai mouvement, c'est-à-dire une chose bien différente de cette agitation dans laquelle nous sombrons si facilement. Désobéir, c'est porter un autre regard sur son métier, son marché, son secteur, sa façon de travailler, de manager, de vendre... Pour cela, rien de mieux que l'exploration en dehors de l'entreprise, les rencontres avec des professionnels d'autres secteurs d'activité, etc. Pour changer, il faut voyager en dehors de l'univers dans lequel on s'enferme si facilement. Tout le monde est concerné : les entrepreneurs, comme les salariés, qu'ils soient professionnels du privé comme des services publics.

Un conseil ? 
Je n'aime pas vraiment donner des conseils qui pourraient être perçus comme des vérités. Permettez-moi cependant de vous livrer une expérience : j'ai dû créer les conditions d'un rebond il y a quelques années. C'est en acceptant de ralentir, en m'extrayant du tourbillon quotidien et des habitudes, en m'évadant loin, en Australie, pendant quelques mois, sans ressources ni projet, autrement dit en désobéissant au regard des tiers, à l'urgence et à l'agitation permanente, que j'ai trouvé le chemin de la reconstruction. Prendre le temps de ne rien faire m'a redonné le goût et la capacité pour me réinventer. Il peut y avoir des trésors derrière la façade du rien.


Aurélie Jeannin
Anjou Eco n°50 - février 2018

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