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Quelles tendances pour le tourisme ?

Digitalisation, essor des nouvelles technologies... Depuis plusieurs années, le secteur du tourisme vit une profonde mutation. Mobilité, intelligence artificielle, marketing de contenu, les tendances touristiques pour 2018 font la place belle à l'expérience client.

La révolution des usages impose aux acteurs touristiques de remettre en question leur stratégie, leurs actions et les outils déployés. Il est devenu indispensable de mieux prendre en compte la transformation numérique et ses nouveaux usages pour placer le client au cœur de sa stratégie. Les tendances touristiques, comme toute tendance, sont à l'image des prévisions météorologiques : souvent changeantes tout en s'inscrivant dans une évolution de fond. En 2018, la lame de fond qui émergeait déjà depuis quelques années, se confirme : la montée en puissance des nouvelles technologies, principalement celles dites « apprenantes » (Intelligence Artificielle ou « I.A ») deviennent des outils hautement efficaces pour répondre aux désirs du client. Aujourd'hui qu'attend le touriste ? Qu'il lui soit offert une expérience interactive et riche en contenu.

L'intelligence artificielle au service du tourisme
Quelles tendances pour le tourisme en 2018 ? Essentiellement, l'intelligence artificielle qui permet d'utiliser les technologies afin d'améliorer les capacités cognitives humaines. Si l'I.A est déjà utilisée en tourisme, sa démocratisation par les acteurs de l'industrie touristique ne fait plus aucun doute. Certaines agences de voyages l'utilisent déjà pour affiner les résultats de recherche de leurs clients ; les hôteliers et les transporteurs aériens l'utilisent pour faciliter le service à la clientèle. Dans le tourisme, l'I.A permet essentiellement d'offrir un service personnalisé. Que cela soit sur un lieu culturel, dans les transports ou bien encore lors d'une visite, elle permet au visiteur une immersion totale grâce à des visuels de plus en plus précis et pointus.
D'ici 2020, 85 % des interactions avec le client ne nécessiteront plus de main-d'oeuvre humaine. Le marché mondial de l'intelligence artificielle pourrait croître de 53 % entre 2015 et 2020 (selon BPI France).

Créer du lien via le messaging
Le « messaging » est assurément l'une des tendances émergentes qui se concrétise à travers de nombreuses solutions en 2018. Si les chatbots ont déjà envahi les sites web, Messenger (Facebook) devient une des prochaines étapes pour plusieurs acteurs. En parallèle, des solutions seront testées auprès des utilisateurs. Objectif : faire gagner du temps au client en répondant le plus rapidement possible à sa demande et créer du « lien direct » même si celui-ci est artificiel. Ainsi, la compagnie aérienne KLM offre-t-elle à ses passagers un chatbot sur Facebook Messenger afin de leur fournir toutes les informations pratiques (billet électronique, annonces d'embarquement ou alerte en cas de retard) et de répondre à toutes leurs demandes. Il n'est plus besoin d'attendre le retour physique d'un conseiller client ; les différents cas de figure et questions récurrentes ont été prévus dans le but d'optimiser et d'améliorer l'expérience client.

Quand les marques se font diffuseurs de contenu
Les marques ne peuvent plus se permettre de faire uniquement de la publicité et des offres promotionnelles. Elles se doivent de créer différents contenus afin d'entrer en relation avec leurs clients actuels et potentiels. Concrètement, cela se traduit par la production régulière de contenus pour intéresser, fidéliser, fédérer et augmenter l'audience (journalistes, blogueurs, clients, prospects...). Pour retenir l'attention, informer, voire divertir un public cible, démontrer que l'on est un expert dans son domaine est aujourd'hui un pré-requis incontournable. En quoi le marketing de contenu est-il donc pertinent ? Il l'est au moins pour trois raisons : 200 millions de personnes utilisent Ad Blockers. Si vous ne faites que de la publicité en ligne, votre marque sera totalement ignorée par ces personnes, absente de leurs écrans. Seconde raison : alors que le marketing de contenu coûte 62 % de moins que le marketing sortant, il génère au moins trois fois plus de prospects. Enfin, il produit des taux de conversion plus élevés. Etablir une connexion émotionnelle, telle est  la nouvelle forme de transaction commerciale aujourd'hui.

Les appareils mobiles au service des voyageurs en temps réel
Le mobile est devenu le premier écran, devant la télévision et l'ordinateur. Les acteurs du tourisme l'ont bien compris. Illustration avec Amadeus : le premier fournisseur mondial de solutions technologiques et de distribution pour l'industrie du voyage et du tourisme y a investi plus de 4 milliards d'euros en R&D depuis 2004. Aujourd'hui, les voyageurs peuvent utiliser leur appareil numérique pour déverrouiller leur chambre d'hôtel, partager des photos de leurs vacances en temps réel et payer leurs achats. Dans un avenir proche, les appareils mobiles anticiperont les besoins des touristes, combinant l'interface facile à utiliser d'Uber, la personnalisation d'Amazon et les capacités prédictives de Google Now. Exemple : un vol est retardé ; l'appareil mobile de demain pourra contacter automatiquement l'hôtel pour lui faire part du retard et l'aviser de ne pas libérer la chambre.

Exceller dans l'expérience client
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes : 87 % des consommateurs estiment que les entreprises devraient fournir d'avantage d'efforts dans une expérience client plus continue, 55 % des consommateurs seraient disposés à payer 10 % de plus pour un produit en échange d'un service exceptionnel ; enfin, 81 % des acheteurs seraient prêts à payer plus pour bénéficier d'une meilleure expérience client... car elle est primordiale. C'est de loin le premier critère de choix pour un site internet dans l'aérien par exemple (43 %) mais aussi dans les réseaux de distribution (39 %). Les entreprises qui connaissent les  croissances les plus fortes sont d'ailleurs celles qui frôlent l'excellence en la matière. Les autres se partagent les miettes. Booking n'a pas d'hôtel, BlablaCar n'a pas de voiture, Facebook n'a pas de contenu en propre. Sans parler d'Uber. Toutes ces sociétés qui bénéficient d'une forte capitalisation ont pour point commun une expérience exceptionnelle. Chaque acteur est à un clic de l'excellence. L'expérience client d'aujourd'hui, c'est le trafic de demain.
Illustration avec la compagnie aérienne Lufthansa : l'entreprise propose à ses passagers une expérience inédite : gestion et suivi de l'enregistrement du bagage depuis la maison, gestion personnalisée du temps passé à l'aéroport et recommandations, authentification simplifiée, connexion wifi en plein vol. Quels effets pour ses clients ? Diminution du stress, gain de temps, passagers rassurés, autant de solutions pensées de façon à ce que le client souhaite renouveler l'expérience auprès de la compagnie aérienne.

Des partenariats pour simplifier l'expérience client
L'utilisateur n'a plus envie de devoir passer par vingt applications mobiles ou plateformes pour aller d'un point A à un point B. Depuis quelques temps, de nombreux acteurs du tourisme (notamment dans le secteur des transports) s'allient pour faciliter le parcours client, plus particulièrement pour les voyageurs d'affaires. A l'instar de la SNCF, BlablaCar, RATP ou bien encore Transdev (l'un des principaux opérateurs de transport en commun au monde), les différents acteurs du secteur souhaitent mettre en place une solution tout-en-un ; dit autrement, une base de données commune pour simplifier les parcours et par la même occasion contrer la croissance de Google dans le secteur. Désormais, l'objectif est de gagner en temps et en simplicité d'utilisation afin de créer le parcours client.
Et demain ? L'objectif est de réfléchir à des solutions intuitives, originales et qui permettront un gain de temps significatif.


Marianne Bourgeois
Anjou Eco N°53 - novembre 2018

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Smart city : quand le numérique trace les contours des villes de demain

Demain, les villes devront répondre à de multiples contraintes (énergie, sécurité, mobilité...) et simultanément relever le défi de l'amélioration de la qualité de vie, développer l'attractivité économique et touristique... Smart city ou l'ère de la ville durable.

. Domaines d'application : Stationnement, transport, déchets, éclairage public...

. 25 communes, métropoles et communautés d'agglomération françaises développent des services intelligents. Concernant Angers Loire Métropole : e-Administration, école numérique, fablab, open data portail numérique, smart grids, Wifi linéaire public.

 

Contact CCI :
Thierry Vergnault
02 41 20 49 55
numerique@mianeetloire.cci.fr 

 

 

Pour en savoir plus :

http://pavic.io/

 

Le concept de smart city est souvent propice au fantasme. L'idée que nous en avons est largement influencée par ce que la science-fiction et le cinéma veulent bien nous proposer. L'imaginaire faisant le reste. Qu'en est-il dans la réalité ? De nombreuses villes aujourd'hui se transforment, construisent et testent leurs modèles smart. Certaines figurent déjà au Top 5 (Singapour, Barcelone, Londres, San Fransisco et Oslo). Ces villes ont pour objectif de concilier l'innovation technologique avec les enjeux économiques, sociaux et écologiques de la ville de demain. Leur leitmotiv est avant tout la qualité de vie : comment mieux vivre ensemble tout en respectant notre environnement. La concentration toujours plus importante des individus dans les villes amène irrémédiablement celles-ci à préserver et optimiser leurs ressources et leur organisation. Pour bien comprendre le contexte, deux constats : Actuellement, 50 % de la population mondiale vit dans les villes. En 2050, ce pourcentage passera à 70 %. Les villes occupent 2 % de la surface terrestre et produisent 80 % des émissions de gaz à effet de serre. L'objectif des villes, des métropoles et des territoires est donc d'accompagner cet enjeu sociétal, politique et environnemental.

Qu'est-ce qu'une smart city ? 
La définition des villes intelligentes et durables établie par le Groupe spécialisé de l'UIT (Union internationale des télécommunications) sur les villes intelligentes et durables (groupe FG-SSC) est libellée comme suit : « Une ville intelligente et durable est une ville novatrice qui utilise les technologies de l'information et de la communication (TIC) et d'autres moyens pour améliorer la qualité de vie, l'efficacité de la gestion urbaine et des services urbains ainsi que la compétitivité tout en respectant les besoins des générations actuelles et futures dans les domaines économique, social et de l'environnement.» Ce concept de smart city, d'origine anglo-saxonne n'est pas nouveau. Les pionnières dans le domaine sont les mégalopoles d'Asie (Hong-Kong, Singapour). Depuis 1980, les technologies avancées et les services de pointe sont les activités dominantes de Singapour, ville audacieuse et futuriste. Cela s'illustre notamment par le projet Supertrees, l'implantation à travers toute la ville d'arbres artificiels hauts de 50 mètres. Ces arbres sont équipés de modérateurs de température. Ils éclairent, récoltent l'eau de pluie... On assiste également en Corée du Sud et dans les Émirats à la construction de villes intelligentes, véritables laboratoires connectés destinés à accueillir des habitants. La Ville Internationale de Songdo (Corée du Sud) - quartier de 610 ha de la ville d'Incheon, conçu de toute pièce - est un des projets les plus ambitieux de ces dernières années en matière de smart city. Ses bâtiments sont construits selon des standards américains de haute qualité environnementale. Ses routes et ses édifices disposent de capteurs et de systèmes destinés à mesurer, organiser le trafic, et anticiper et ajuster les consommations d'énergie. En Europe, la concrétisation de ce concept s'illustre différemment. Les pays européens et leurs villes ont choisi de fonder leurs évolutions technologiques sur leurs spécificités culturelles et territoriales.

Un marché porteur
On estime le marché des smart cities à quelque 1500 milliards de dollars dans le monde en 2020. De quoi donner le vertige avec un taux moyen de croissance annuelle estimé à 13,6 %. Dans ce marché à l'avenir prometteur, les secteurs des transports et de la sécurité seraient les plus porteurs. Petits ou grands acteurs économiques s'y sont déjà engouffrés. Aux côtés des start-up, de grands comptes se sont positionnés (Orange, Veolia, Bouygues, Cisco, Siemens, Oracle....).

« De la smart city au territoire d'intelligence(s) - L'avenir de la smart city »
En 2017, Luc Belot, alors député, a été chargé par le Premier ministre d'une mission sur la ville intelligente (« smart city ») et les opportunités qu'elle pouvait apporter aux services publics ainsi qu'aux entreprises. Pour que les « smart cities » se développent au profit de tous, l'auteur estime qu'il faut réaffirmer le rôle des collectivités territoriales comme tiers de confiance, garantes de l'égalité et créatrices de lien social. Le rapport propose, entre autres, de doter les établissements publics de coopération intercommunal (EPCI) d'une compétence sur la donnée, de leur redonner une compétence économique pour leur permettre d'accompagner les innovations territoriales ; de réduire le risque juridique de la commande publique ; de favoriser les mutualisations entre collectivités et enfin, de multiplier les formations pour que l'ensemble des décisions qui entourent la numérisation des services publics locaux puisse être pris de manière éclairée. Au-delà de ces recommandations techniques, il s'agit pour l'auteur de replacer l'usager au coeur de la stratégie publique, de chercher à répondre à ses besoins, et de concentrer les efforts à la mise en place d'une « expérience utilisateur riche, positive et inclusive ».

Concilier économie et cadre de vie
Pour séduire et retenir les jeunes talents et les ménages aisés, les villes se soucient aussi d'apporter des services de qualité ainsi qu'un cadre de vie respectueux de leur santé. Un enjeu sur lequel se mobilise notamment Paris, qui consacrera 1 milliard d'euros entre 2014 et 2020 pour rendre la ville plus durable et en optimiser le fonctionnement grâce à la collecte et l'exploitation des données provenant de caméras, compteurs, capteurs de présence... En dehors de la capitale, une vingtaine d'autres villes a entamé sa transformation digitale. A Angers, l'association PAVIC (Plateforme d'Aménagement de la Ville Intelligente et Connectée), créée en 2016, a pour but de favoriser et développer les expérimentations en situation réelle sur Angers et son territoire, dans le domaine des objets connectés et des nouveaux usages liés à la Ville Intelligente. « PAVIC associe l'agilité d'une start-up et les ressources de ses membres pour raccourcir la durée des expérimentations et faciliter la mise sur le marché des produits et services qui en découlent. Très pragmatique, elle capitalise sur un chef de projet unique » précise son président, Eric Grelier. Plusieurs expérimentations sont testées à Angers : un passage pour piétons sécurisé diffusant une lumière bleue sur le sol ; de l'éclairage intelligent muni de capteurs infrarouge détectant la présence pour augmenter la luminosité lors du passage dans les jardins publics ; de la signalétique intelligente aux abords des écoles s'illuminant au passage d'une automobile...Singapour a pris le problème à bras-le-corps en lançant son programme Safe City, qui utilise des caméras vidéo dont les images sont traitées par des algorithmes de reconnaissance d'images et du « machine learning » afin de repérer un individu recherché, compter les gens sur un lieu public ou encore détecter un bagage isolé. Outre-Atlantique, c'est la décongestion du trafic urbain qui mobilise l'attention du gouvernement. Ce dernier a fait appel à Sidewalk Labs, filiale de la maison mère du géant Alphabet (société-mère du moteur de recherche Google), afin de mettre en place dans sept villes étasuniennes, dont San Francisco et Austin, une plateforme de « big data » consacrée aux transports. Baptisée Flow, celle-ci utilise la remontée de données provenant de bornes intelligentes ainsi que des outils analytiques afin d'identifier les zones congestionnées et ouvrir de nouveaux services. Flow pourra ainsi aider l'automobiliste à trouver une place de parking rapidement et proposera le meilleur itinéraire pour s'y rendre, sans craindre les embouteillages.

Prédire notre consommation d'énergie
Autre enjeu sur lequel phosphorent les smart cities : leur capacité à prédire l'évolution de la consommation énergétique de leur population. Un sujet sur lequel réfléchit l'Institut de recherche technologique SystemX (dédié au domaine de l'ingénierie numérique du futur) qui travaille notamment sur des programmes de recherche sur les smart cities orientés sur la mobilité et l'énergie. Objectif : aider les villes à faire évoluer leur politique d'investissement énergétique en se basant sur les consommations actuelles de leurs citadins. Grâce à la collecte de données dans les foyers, il sera possible de prédire l'évolution de leur consommation en tenant compte de certains paramètres comme leur profil socio-économique, le type d'énergie habituellement consommée, son prix... A l'échelle du bâtiment, il sera également possible de faire des recommandations aux occupants d'un logement en anticipant leurs besoins tout en tenant compte du prix de l'énergie et de l'ensoleillement. Le concept de smart city est étroitement lié au big data. La collecte des données nécessaires à l'émergence de villes intelligentes est également limitée par des freins légaux. En France, la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) a un droit de regard sur l'ensemble des projets informatiques menant au stockage de données personnelles. Il s'agit donc pour les pouvoirs publics et les entreprises ayant l'ambition de participer au développement des smart cities d'opérer un numéro d'équilibriste entre la nécessaire collecte d'information et le respect de la vie privée des utilisateurs.

 

Marianne Bourgeois
Anjou Eco n°51 - mai 2018 

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Bientôt tous frappés d’algorithmie ?

Ils sont partout, oeuvrent pour les Google, Facebook et consorts... Si 83 % des Français ont déjà entendu parler des algorithmes, 52 % ne voient pas précisément de quoi il s'agit. Et même la CNIL s'y perd. Explication.

Contact CCI :

Thierry Vergnault
02 41 20 49 55
thierry.vergnault@maineetloire.cci.fr

Algorithme par ci, algorithme par là... Pas un jour sans qu'un media ne prononce ce vocable. Mais un algorithme, qu'est-ce au juste ? Pour faire simple, un algorithme c'est un peu comme une recette de cuisine, une suite d'opérations permettant de passer des ingrédients à un plat préparé. Illustration avec une recette pour réaliser des crêpes : de manière générale, un algorithme sert à traiter ce qu'on appelle des « entrées » (dans ce cas précis, les ingrédients et le matériel de cuisine) pour donner un résultat (les crêpes). Jusqu'à présent, la notion était familière des seuls mathématiciens avant qu'elle ne se popularise avec le développement de l'informatique (un programme est un algorithme) et devienne un concept clé des rouages d'internet. La genèse de l'algorithme remonterait à Euclide, vers 300 avant notre ère. Ce mathématicien aurait inventé le premier algorithme, celui qui aurait permis de calculer le plus grand diviseur commun de deux nombres entiers. Mais revenons au 21ème siècle où ces algorithmes commencent à effrayer certains en raison de pouvoirs super puissants que l'on pourrait leur accorder. En 2015, plusieurs media français leur ont laissé le soin de rédiger 36 000 petits articles sur les résultats des élections régionales dans toutes les communes de l'Hexagone. Leur production ne méritait certes pas le prix Pulitzer, mais, au niveau de la rapidité et de la fiabilité, aucune échotier ou journaliste n'aurait pu rivaliser avec eux.

Où sont-ils ?
Chaque fois que nous consultons Facebook, Google ou Twitter, que Netflix nous propose une série, nous sommes directement exposés aux choix que font pour nous des algorithmes sans parler de l'influence qu'ils peuvent exercer sur nos actions. Les algorithmes règnent dans les salles de marché pour réaliser des ordres d'achats/ventes à grande vitesse (« trading haute féquence ») avec l'inconvénient de provoquer des «krachs éclair», chutes brutales et exagérées de cours. Ils sont aussi devenus auxiliaires de police, capables d'anticiper les lieux où des délits risquent d'être commis. Ce sont eux qui ont fait tomber Joseph Blatter et Michel Platini, les tout-puissants « dieux » de la Fifa, en repérant un mouvement d'argent suspect ; eux qui permettront bientôt de mieux prévenir les fibroses et les accidents cardio-vasculaires ; eux encore qui nous rendent la route plus facile en nous permettant d'optimiser nos trajets et d'éviter les embouteillages. Les algorithmes sont partout mais les craintes qui les entourent se multiplient.

Les algorithmes en débat
La loi pour une République numérique de 2016 a confié à la CNIL la mission de conduire une réflexion sur les enjeux éthiques et les questions de société soulevés par l'évolution des technologies numériques. La CNIL a choisi d'y répondre par l'organisation de débats publics, ateliers et rencontres. En 2017, cette réflexion a porté sur les algorithmes à l'heure de l'intelligence artificielle. Résultats de requêtes sur un moteur de recherche, ordres financiers passés par des robots sur les marchés, diagnostics médicaux automatiques, affectation des étudiants à l'université : dans tous ces domaines, des algorithmes sont à l'œuvre. A l'issue de ces consultations, la CNIL a rendu publique en décembre dernier la synthèse des échanges et des contributions. Il s'agit désormais d'établir une cartographie de l'état du débat public et un panorama des défis et enjeux. Des pistes ou propositions pour accompagner le développement des algorithmes dans un cadre éthique pourront être présentées aux pouvoirs publics. Mais en septembre dernier, la CNIL avait déjà rendu une décision concernant l'algorithme Admission Post Bac, celui-ci faisant part de vives critiques dans le débat public suite à ses insuffisances et à son opacité. La CNIL a donc invité le ministère de l'Enseignement à faire la transparence sur le fonctionnement du processus.

Dans la famille « algorithme », je voudrais...
Il existe plusieurs «familles» d'algorithmes : ceux qui calculent la popularité des pages internet, ceux qui classent leur autorité, ceux qui évaluent la notoriété des utilisateurs des réseaux sociaux et ceux qui tentent de prédire l'avenir. Cette quatrième catégorie peut être perçue comme problématique car elle tente d'anticiper nos comportements à partir des traces que nous avons laissées sur le web. C'est, par exemple, la technique d'Amazon pour recommander de nouveaux livres à un client en fonction de ses lectures récentes.
Tous autant que nous sommes, nous avons chaque jour, recours à ce genre d'outils. Un algorithme est simplement une suite d'instructions utilisée pour résoudre un problème. Mais ce qui a changé, c'est qu'avec l'avènement du numérique, ces savantes formules sont devenues omniprésentes. Des moteurs de recherche aux sites de rencontres en passant par les MP3 ou les réseaux sociaux, tous les programmes informatiques en sont remplis et leur influence sur notre vie quotidienne se renforce tous les jours. D'abord, parce que la capacité de stockage et de calcul des ordinateurs qui les hébergent a explosé. En dix ans à peine, elle a été multipliée par 34. Et ce n'est rien à côté de ce qui nous attend : Google et la Nasa ont récemment présenté un nouvel appareil quantique capable de résoudre en une seconde ce qui prendrait 10.000 ans aux machines actuelles.  Ensuite, parce que la masse de données que nous laissons derrière nous à chacune de nos connexions (qui sert en quelque sorte de carburant aux nouveaux envahisseurs), augmente elle aussi à vitesse grand « V » ; parce que les algorithmes eux-mêmes, conçus par des mathématiciens ultra-pointus, deviennent chaque jour plus sophistiqués. Au point d'être désormais capables de se perfectionner tout seuls, ce qu'on appelle en termes techniques le « machine learning ». Ou, dit autrement, capables de lire dans nos pensées.
Il ne faut donc pas être surpris si Google ne nous propose pas les mêmes résultats de recherche qu'à notre voisin, si Facebook est capable de deviner avec qui l'on vit alors que vous ne l'avez jamais indiqué sur votre profil ou si You Tube nous recommande des chansons inconnues qui vous plaisent instantanément. Grâce à leurs modèles statistiques poussés, les algorithmes savent désormais établir des corrélations entre les milliers de petits indices que nous semons derrière nous sans nous en rendre compte. Cela leur permettrait donc de nous cerner tous individuellement, d'anticiper nos comportements et d'agir en conséquence. En nous proposant par exemple des produits que nous avons de fortes chances d'acheter, en nous mettant en relation avec la personne qui nous correspond le mieux, ou en augmentant la température de notre chauffage lorsque nous nous approchons de notre domicile.

De la nécessité de développer une culture critique
Vivons-nous vraiment l'ère de la « toute-puissance » des algorithmes ? Non, si nous apprenons à ajuster nos comportements en connaissant ce que font les algorithmes et la manière dont ils procèdent, en comprenant ainsi leurs limites. Si les algorithmes sont aujourd'hui omniprésents, ils n'en sont pas pour autant omniscients : leur domaine d'expertise ne couvre que des comportements « monotones » et réguliers. Par chance..., un être humain est loin d'être (uniquement) la somme de ses comportements. L'algorithme ne sera aliénant que pour l'internaute qui a choisi, délibérément, de s'enfermer dans une sphère culturelle délimitée. Et si nous apprenions à déjouer les ficelles des algorithmes ? Avoir une prise sur nos données et sur la manière dont nous sommes calculés, c'est aussi réaliser qu'il est facile de tromper l'algorithme, qui ne fait que calculer et retourner les traces que nous lui fournissons. Pas besoin d'être un hacker de haut rang pour glisser un grain de sable dans la machine...
La régulation des pouvoirs publics ne pourra pas tout : il appartient aujourd'hui à chacun de s'initier à une compréhension critique des algorithmes et de transmettre ces savoirs. De même, les journalistes et les éditeurs, empêtrés dans la spirale infernale des fausses nouvelles (ou «fake news » en bon français J), pourraient aussi en profiter pour tracer la voie et fournir les grilles de lecture nécessaires.


Marianne Bourgeois
Anjou Eco n°50 - février 2018

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