La France, 1er pays producteur viticole et 1ère destination touristique au monde, est riche d'un grand potentiel œnotouristique. Depuis quelques années, les initiatives se multiplient pour faire évoluer l'oenotourisme de cueillette vers un oenotourisme de conquête et de fidélisation.
A la découverte de terroirs gouleyants
En France, l'oenotourisme a été initié par les professionnels du vin plus que par les professionnels du tourisme, avec pour précurseurs, les routes des vins (en Alsace puis dans d'autres régions). Nombre de Français ignorent ce que peut être une destination ou une activité oenotouristique. Comparée au fort développement de l'oenotourisme dans les vignobles du Nouveau Monde, la France (bien que le vin soit indissociable de son identité culturelle), n'a paradoxalement commencé à s'intéresser que tardivement à cette activité. Il était temps de réagir. En 2008, le Ministère de l'Agriculture et de la Pêche a mis en place le Conseil national de l'oenotourisme, avec pour objectif de « créer une dynamique collective permettant de développer et de valoriser l'œnotourisme en France ».
L'Anjou, sous le signe de Bacchus
Face aux Jeroboams que sont le Bordelais, la Bourgogne, l'Alsace, l'Anjou n'a pas à rougir comme une « fillette » (2). Le vignoble d'Anjou fait partie de la 3ème région viticole de France. Avec 30 Appellations d'Origine Contrôlée, il offre la palette la plus diversifiée du Val de Loire. La richesse du vignoble angevin, c'est aussi celle de ses paysages : ses coteaux dominant la Loire, ses villages pittoresques, ses vignes se parant au gré des saisons de couleurs pleines de promesses. Plus que jamais vecteur d'image et d'une identité forte, l'oenotourisme est une carte maîtresse pour l'Anjou. Cela les professionnels de la filière et du tourisme l'ont bien compris. « Reste » à structurer cette offre.
« Quel bon ambassadeur que ce vin... flattant l'œil par sa fine couleur » (Henri Vincenot)
Ambassadeur par excellence des vins de Loire, InterLoire (Interprofession des Vins de Loire) est née de la volonté des vignerons et négociants du Val de Loire pour défendre et développer leurs appellations. Pour son président, Patrice Laurendeau, « L'oenotourisme constitue un axe stratégique pour développer la notoriété viticole du Val de Loire ». En 2006, en collaboration avec les professionnels du tourisme et du vignoble, InterLoire, a mis en place un réseau de « caves touristiques du vignoble de Loire ». 300 vignerons (dont 93 pour l'Anjou) y sont affiliés. L'objectif : développer, professionnaliser et promouvoir une offre de qualité. Chaque année, 100 caves sont auditées et certaines se voient récompensées pour leur « démarche d'excellence ». Preuve de l'engouement du public pour l'oenotourisme : en 2009, le nombre de téléchargements du guide « Invitation dans le vignoble de Loire » (2 700) et de la carte « Sur la route des vins de Loire » (1 700). Cette année, le site Internet d'InterLoire sera entièrement refondu afin d'axer davantage la communication sur l'oenotourisme (propositions de séjours clés en main, de balades, d'évènements...). Autre vecteur de communication très important, la presse : en avril, le Val de Loire a été à l'honneur de TGV magazine « Parcours divins en Val de Loire » (supplément de 24 pages) distribué sur tout le réseau TGV. Tout au long de l'année, InterLoire est partenaire de nombreuses manifestations et de quelques moments « millésimés » mis en avant sur www.vinsdeloire.fr. D'après nos études, un tiers des visiteurs choisissent de venir chez nous pour le vin et la gastronomie et plébiscitent leurs visites dans les domaines. L'événement phare « Vignes, vins & randos » (finaliste du Prix national de l'oenoutourisme 2010) se déroule chaque année le 1er week-end de septembre. 12 randonnées sont organisées sur tout le Val de Loire, réunissant près de 4000 visiteurs.
« Croyez-le, si voulez ; si ne voulez, allez-y voir » (Rabelais)
Tout au long de l'année, l'Anjou offre une palette colorée de manifestations œnologiques. Des plus connues aux plus confidentielles, elles sont toujours l'occasion de rencontres pétillantes. La Fête des vins d'Anjou de Chalonnes-sur-Loire, qui se tient chaque année le dernier week-end de février depuis plus d'un demi-siècle, organisée par l'Union des Producteurs de Grands Vins de Loire Layon Aubance, est l'une des plus importantes du Val de Loire. « C'est la plus grande cave particulière ! » comme le clame haut et fort son responsable de communication, Dominique Benesteau. Le fil rouge de cette fête : présenter au grand public le millésime et son qualificatif en avant-première. Deux jours durant, le public en prend plein les mirettes et les papilles : grande parade, défilé des confréries bachiques, école de dégustation, randonnée du Père Nectar, école de dégustation, marché des producteurs de Pays... « Cette année, nous avons mis un stand à la disposition de certains hébergeurs afin de promouvoir leurs offres de séjour en Anjou.
A l'avenir, nous souhaitons faire venir des tours opérateurs et proposer des séjours « package » à thématique. ». Le cru 2010 a vu une augmentation de la fréquentation de 20 %, soit un total de 6 000 vino-visiteurs.
« Je ne connais de sérieux ici-bas que la culture de la vigne » (Voltaire)
L'oenotourisme, l'agence « Loire en Layon développement », en a fait l'un de ses principaux vecteurs de promotion touristique. « De par notre situation en milieu rural, nous devions clairement distinguer notre offre qui était jusqu'à présent, peu lisible ».D'où l'idée, comme l'explique Aurélien Debomy, chargé de promotion touristique de l'agence « Loire en Layon développement » de créer un réseau de prestataires oenotouristiques « Bienvenue dans les vignes » (caves, vignerons, hébergeurs, restaurateurs...). « Le pré requis : des prestations de qualité avec l'exigence pour tous les prestataires, de répondre à des critères précis ». En 2007 la première édition du guide « Bienvenue dans les vignes » a été diffusée auprès des 60 prestataires du réseau, des Offices de Tourisme, sur des salons du tourisme. Signe du succès incontesté de cette démarche : ce guide est davantage téléchargé que le guide touristique classique sur le Layon. En 2008, la participation au Salon de l'agriculture a permis de faire découvrir les vins du Layon, de nouer des contacts avec d'autres réseaux. « L'oenotourisme est une formidable porte d'entrée pour faire connaître notre région ».L'impact du guide a essaimé au-delà de l'hexagone : des demandes de tours opérateurs européens, jusqu'à un couple d'Américains de Chicago qui avait téléchargé le guide « at home ».Autre initiative lancée en 2009 pour promouvoir le Layon : la Translayon, festival de la randonnée et du patrimoine se déroulant sur deux week-ends du mois de juin, avec pour colonne vertébrale, une course à pied de 85 km et d'autres randonnées « satellites » : musicales, gourmandes, équestres... En juin, le réseau lancera la commercialisation d'offres de séjours oenotouristiques. Fort de son accessit obtenu lors du prix national de l'oenotourisme en 2009, le réseau entend poursuivre sur sa lancée, en créant un service réceptif, en travaillant à l'obtention du label « Vignoble et Découverte ».
Qui sait déguster ne boit plus jamais de vin, mais goûte des secrets (Salvador Dali)
Pierre Cesbron est un homme qui parle du vin comme nul autre. Cette passion, il l'a cultivée, auprès d'un père vigneron. Président du musée de la Vigne et du Vin d'Anjou à St-Lambert-du-Lattay, Grand Maître de la Confrérie des Fins Gousiers d'Anjou, il est aussi à l'origine de ce concept unique en France « Rendez-vous dans le Vignoble ». «En 30 ans, la société a beaucoup évolué, elle a perdu tout lien avec la terre et le monde rural ».
Pour certains, si le vin ne vient pas de ex nihilo, alors d'où vient-il ? « Nos visiteurs souhaitaient en savoir plus. C'est de ce constat qu'est née l'idée, initiée par le musée et le Syndicat des vignerons indépendants d'Anjou-Saumur, de créer ces « RDV dans le vignoble » et emmener le visiteur là où bat le pouls de la vigne et du vigneron ». Les RDV, axés autour de thématiques (gastronomie, patrimoine, nature, découverte), se déroulent chaque mois au cœur des vignobles. En hiver, c'est la taille, acte ancestral par excellence, au printemps, c'est la vigne en vert... quand elle se met à pousser et que les descendants de Noé (2) l'ébourgeonnent. Chaque RDV (http://www.rendez-vousdanslevignoble.com/) est unique car chaque vigneron a son histoire, sa personnalité. Son vin est à son image, il lui ressemble. «Lorsque l'on goûte ces vins chez soi, ils vous racontent une histoire ». A côté des arômes qui en sortent, il y a aussi des images, des émotions ressenties lors de cette rencontre. La vigne est la réponse de la terre au soleil. « Les vignerons et tous ceux qui se mobiliseront pour faire connaître cette richesse seront nos ambassadeurs ».
« ... Je crois que le bonheur vient aux hommes qui naissent là où l'on trouve de bons vins » (Léonard de Vinci)
Guillaume Mordacq est un homme qui fonctionne aux coups de cœur. Son premier coup de cœur, l'Anjou, lorsqu'il est venu s'y installer il y a 25 ans, puis ses vins et par-dessus tout le Quarts-de-Chaume pour lequel il voue une vraie passion. En 1988, il participe à la création de la Collégiale des Domaines de Loire, reconnue aujourd'hui comme « le » spécialiste des vins de Loire de vignerons récoltants. Ce groupement de vignerons, unique en son genre, est le plus ancien en France et le seul du Val de Loire à proposer les 64 appellations de cette région. Son ambition : exporter toute la richesse de ce patrimoine viticole. « Un peu par hasard », mais surtout rattrapé par sa passion, Guillaume Mordacq part vendre les vins de Loire sur les marchés étrangers. « C'est toujours une importante partie de mon activité ». En 1996, il acquiert sa première vigne. En 1997, un ha de Quarts-de-Chaume. « Les grands vins de Loire ? Les liquoreux bien sûr. Ce sont ceux-là qu'il faut promouvoir à l'étranger ». En 2005, sa passion pour le Quarts-de-Chaume trouve enfin toute sa quintessence : en fédérant le soutien de proches et d'amis, il rachète le Château de Suronde, situé sur le terroir originel du Quarts-de-Chaume, dans le Hameau de Chaume. «J'ai vraiment eu le coup de cœur pour cet endroit, la maison, le domaine... Cette fois, il s'agissait de reprendre une exploitation à part entière. Le Château était déjà certifié en culture bio depuis 1995 et désormais en biodynamie. Philosophiquement, cela me parle ». Nichée sur la corniche angevine, à flanc de coteaux, la maison aménagée en gîte surplombe le Layon et offre une vue magnifique depuis la terrasse sur toute la vallée.
« Les personnes qui séjournent ici sont très demandeurs d'informations sur le vin : d'où vient-il, comment le fait-on, etc...». Le récent référencement auprès d'un tour opérateur néerlandais lui laisse présager que la saison se déroulera sous les meilleurs auspices. Parti sans cesse par monts et par vaux pour faire connaître ce patrimoine vivant, raconter la vigne, «c'est un apostolat ».
Marianne Bourgeois
(1) Fillette : bouteille de 35 centilitres utilisée dans le Val de Loire. Autrefois, on ne buvait pas cette fillette, on la "baisait", une expression chère à Rabelais
(2) Noé : dans la Genèse, Noé, héros du célèbre déluge, est aussi père de la vigne.