Les Pays de la Loire veulent devenir une terre d'excellence pour l'industrie des composites. Même si le recyclage reste le principal écueil, ces matériaux en fibre de verre ou de carbone présentent, par ailleurs, beaucoup d'avantages. Portrait de trois entreprises du Maine-et-Loire qui expriment la variété de ce secteur d'activité.
Elle a créé l'événement au JEC Composites Show, 1er salon international de l'industrie des composites du 29 au 31 mars à Paris. Son design exhale la sensualité des performances élevées et l'élégance « naturelle » des machines d'Automobili Lamborghini. Mais sa structure en fibre de carbone est d'une légèreté jamais vue (147 kg). Son poids passe sous la barre des 1 000 kilos. C'est la nouvelle Aventador LP700-4. Le constructeur est l'un des premiers à opter pour des modèles plus légers que plus puissants. Résultat : des performances inégalées... et un environnement mieux préservé. L'engouement de Lamborghini pour les matériaux composites l'a même conduit à ouvrir un centre de recherche spécialisé.
Les matières plastiques ont été découvertes en 1869. Il faudra attendre les années 70 pour que se développent les matériaux composites. Le principe : combiner deux matériaux intrinsèquement différents qui en produisent un nouveau aux propriétés dépassant celles des deux premiers. La recette : de la résine liquide thermodurcissable et des mélanges de tissus techniques en fibres de verre, de carbone, de lin, d'aramide,... La mise en œuvre de ces pièces se fait par moulage.
Les matériaux composites, communément appelés "fibre de verre" et "fibre de carbone" (plus cher et haut de gamme), font l'objet d'une utilisation croissante dans de nombreux secteurs d'activité. Selon le GPIC (Groupement de la plasturgie industrielle et des composites), le transport (automobile, aéronautique, nautisme, camping-cars, transports urbains), le BTP et l'électricité/électronique représentent les trois quarts des débouchés des matériaux composites. Viennent ensuite les industries d'articles de sport, le matériel industriel et agricole. L'avenir de l'aéronautique passe par le carbone à qui elle doit les fuselages des petits appareils, des habitacles, des pales d'hélicoptères, des éléments divers : planchers, cloisons, hélices, volets, parties de moteurs, de fusées et d'engins spatiaux. Les matériaux composites devraient finir par représenter 70 % du poids des grands avions de ligne.
Produit miracle ?
Moins chers, les matériaux composites ? Tout dépend des fluctuations des prix du pétrole, les résines étant issues de la pétrochimie. Par ailleurs, l'approvisionnement en fibre de verre s'est déplacé vers le Moyen et l'Extrême-Orient, grevant le coût des matières premières de droits de douanes importants de la part de l'Union Européenne et de frais de transport substantiels. Transformer les matériaux composites ne va pas non plus sans inconvénients. Le travail est très manuel et l'exposition aux risques forte, ce qui implique des protections individuelles, des systèmes d'aspiration et de ventilation dans les ateliers.
Dernier point à continuer d'améliorer : le recyclage compliqué des composites. Ils sont parfois incinérés pour récupérer le verre ou utilisés en sous-couches sur les chantiers routiers ou plus souvent mis en centres d'enfouissement techniques. Mais la naissance d'une filière s'annonce. Fi Process (Andrezé) fabrique des lests et contrepoids à partir de déchets métalliques et plastiques en mélange. « Depuis trois ans, nous portons un projet de recyclage de composites, rappelle Annie Briand, dirigeante de l'entreprise. L'an dernier, nous avons mis au point un procédé qui permettrait de fabriquer des produits finis à base de chutes de production ou de produits en fin de vie (nautisme, automobile, éolien...)». Un brevet a été déposé sur la matière issue du procédé. Depuis fin 2011, Fi Process mène le projet en collaboration avec des partenaires du grand Ouest : industriels (composites, produits pour le bâtiment, déchets en mélange), une société d'ingénierie, deux écoles, l'ICAM et Polytech à Nantes. « Une telle innovation ne peut se faire que dans le cadre d'un projet collaboratif. Ce projet a été labellisé par le Pôle EMC2 (Ensembles Métalliques et Composites Complexes) et le Pôle Génie Civil Eco-construction. Tout ceci devrait aboutir à la construction d'une unité prototype dans les deux ans ». L'entreprise répond dans le cadre du Grand Emprunt à un « Appel à manifestation d'Intérêt» .Nous sommes en phase avec le Grenelle de l'Environnement.
Mais les avantages l'emportent. Le recours à des moules permet d'obtenir une infinité de pièces. Par la forme d'abord : la créativité et le design peuvent s'y exprimer en toute liberté. Par la dimension, de la toute petite jusqu'à l'élément de taille considérable utilisé dans l'aéronautique ou sur les chantiers navals. Des ponts ont même été construits à l'aide de matériaux composites. Par la couleur : le gelcoat permet un très vaste choix de couleurs avec, si besoin, des patines, des mouchetés, des incrustations... une fonction esthétique indéniable.
Les composites en Maine-et-Loire
Les grands consommateurs et transformateurs de composites en Maine-et-Loire sont de grandes entreprises du nautisme et des transports terrestres. Valéo Eclairage (Ecouflant) produit des paraboles avec ces matériaux. Esterel France et Itinéo à Beaucouzé, Le Voyageur à La Membrolle-sur-Longuenée) utilisent les composites dans la construction de leurs carrosseries de camping-cars. A Cholet, Jeanneau fait de même pour ses bateaux et Nicols pour ses vedettes.
Mais un tissu de PME se renforce dans ce domaine.
A Gesté, la société PAG Composites, créée en 1985, a été une des pionnières du composite en Maine-et-Loire. Cette entreprise sous-traitante de 9 personnes est dirigée par Martine Raimbault et Daniel Buu, son repreneur déjà à ses côtés. « Nous fabriquons des moules et des pièces techniques en prototypes, petites et moyennes séries, souvent liées à la protection comme des capots, des carters, mais aussi des éléments de carrosserie, de pièces de bateaux, ... Nous utilisons trois procédés : le moulage au contact, l'injection sous vide et le moulage sous presse. Nos solutions sont clé en main, à l'écoute des besoins finaux des clients pour les satisfaire. S'il faut peindre les pièces, nous sommes équipés. S'il faut monter des accessoires, nous assurons l'approvisionnement et l'assemblage. Nos valeurs, qualité totale, écoute du client et réactivité, sont partagées par les salariés ». Les marchés de PAG sont situés dans le Grand Ouest suivant les secteurs clients, nautisme, manutention, agroalimentaire, transport, sanitaire, bâtiment.... « Nous continuons à nous diversifier afin d'éviter de dépendre d'un secteur d'activité. Cela nous permet de côtoyer des clients et des secteurs variés, source d'intérêt et de diversité ».
A l'autre extrémité du département, Composites des Pays de la Loire (Saumur). L'entreprise a été créée en 1992 par Michel Guérin pour produire des composants de prothèses et d'orthèses en composite carbone. Elle développe alors une technologie d'enroulement filamentaire pour la fabrication de montant : des fils de carbone imprégnés de résine sont enroulés progressivement sur un mandrin. « Cela nous a permis de fabriquer des orthèses en carbone avec une rigidité jusqu'à présent inégalée ». Le paramédical représente aujourd'hui le quart de l'activité. Entre temps, Composites des Pays de la Loire a ouvert de nouveaux marchés dans l'industrie ou le loisir. Un robot acquis en 2007 réalise ainsi des pièces très techniques en enroulement filamentaire avec fibre de carbone ou verre pré-imprégné. Ce procédé de fabrication permet d'optimiser la résistance mécanique des pièces. « Nous occupons des niches de marchés pour lesquels nous réalisons des prototypes, des petites et moyennes séries. Par exemple, nous allégeons les bras des machines spéciales en remplaçant le métal et l'alu par du composite. Nous fabriquons des colonnes de harpes et différents tubes techniques... » L'acquisition récente d'un robot pour le fraisage et l'usinage permet d'élargir notre prestation et fournir un produit fini à notre client ». CPL réalise 600 K€ de CA avec 5 salariés. Avec Janton Distribution (production et distribution de composants et matériels, Richelieu, 37), et CSM (sous-traitance d'appareillages orthopédiques, Saumur), CPL forme le groupe G2M (45 salariés).
Sadam (Cholet) dépend du groupe SIRA depuis 1998 et emploie 100 salariés. La société fabrique des pièces de commandes de vol, de réacteurs et de trains d'atterrissage pour l'aéronautique civile et militaire et le spatial. Elle utilise les composites pour des démonstrateurs de carter pour de nouveaux réacteurs ou les bras de contrefiche du train d'atterrissage du Boeing 787 Dreamliner. « Ces composites à base de fibres de verre ou de carbone sont mis en forme selon le processus d'élaboration RTM (Resine Transfert Moulding), commente Philippe Veistroffrer, directeur du site. Pour l'heure, ces matériaux sont liés à moins de 3 % d'un chiffre d'affaires de 16,5 M€ réalisé avec des pièces en acier, titane, alu... Mais SADAM a inscrit le développement des pièces composites dans ses axes de croissance. « Nous sommes confrontés à la délocalisation pour des gros volumes et les matériaux les plus faciles à usiner. Notre stratégie est de privilégier les matériaux compliqués, comme le titane, et les produits novateurs comme les pièces de contraintes pour l'aéronautique. Nous sommes confiants sur l'évolution de cette activité. Cela prendra du temps car les coûts d'élaboration sont encore élevés. Mais les bureaux d'études de nos clients ne manquent pas de projets ».
Une filière dans les Pays de la Loire
En aval, la filière composites compte des producteurs de renforts ou de matrices. Ils approvisionnent les fabricants de semi-produits. Viennent ensuite les transformateurs, le plus souvent des PME,. Au total, elle emploierait 170 000 personnes en France. Dans les Pays de la Loire, elle réunit 230 entreprises, fréquentes dans le Choletais, le nord Vendée et le nord Deux-Sèvres (l'industrie nautique n'est pas loin...) qui font travailler 9 500 personnes.
Un poids qui avait décidé la Région à organiser un espace collectif de 17 entreprises au JEC Composites Show. Le Pôle de compétitivité EMC2 ambitionne de faire des Pays de la Loire un territoire d'excellence au niveau européen dans les matériaux avancés. Le Pôle travaille à la compétitivité des filières et notamment à l'optimisation de l'impact environnemental et énergétique des procédés de mises en oeuvre des matériaux sur quatre marchés principaux : aéronautique, naval/off shore, transport terrestre et énergie. L'arrivée prochaine de l'IRT Jules Verne doit permettre de "changer d'échelle" en élargissant le champ de compétences des matériaux composites aux matériaux métalliques et hybrides.
Alain Ratour