La désindustrialisation n'a pas épargné le Maine-et-Loire avec des plans sociaux ou fermetures d'usines. Mais des outils ont été mis en place pour retrouver de l'activité et de l'emploi. A l'action des cellules de reclassement s'est combinée celle de fonds de revitalisation sur le plus long terme. Actifs sur les bassins d'emplois d'Angers et de Saumur, ils sont financés dans le cadre de conventions avec les entreprises qui ont procédé à des plans sociaux. Autre outil original de revitalisation : le dispositif Alizé® sur le Saumurois et le Beaufortais est un programme de solidarité interentreprises. Un but commun : compenser les pertes d'emplois par le soutien de projets d'entreprises créateurs d'un nombre au moins équivalent de postes nouveaux.
L'obligation du financement
Une grande entreprise qui procède à des licenciements collectifs doit financer la revitalisation du territoire ainsi touché. Ceci concerne les entreprises de plus de 1 000 salariés ou les groupes de cette taille (dans la zone UE) si l'établissement concerné en compte moins. Le montant de leur contribution est établi après négociation avec la Préfecture, selon un barème de 1 à 4 fois le SMIC par emploi supprimé. Cette contribution est laissée à l'appréciation de l'administration pour les entreprises employant entre 50 et 1 000 salariés. Les entreprises de moins de 50 salariés en sont exonérées, de même que les sociétés en redressement ou liquidation judiciaire.
Ce dispositif, prévu par la loi de modernisation sociale, a été intégré au Code du travail. Les fonds recueillis sont affectés à des opérations destinées à recréer de l'activité et de l'emploi dans le territoire concerné. Les actions le plus souvent menées concernent l'aide à la reprise/création d'entreprise, la recherche d'un repreneur, l'octroi de prêts ou de primes pour des projets créateurs d'emplois.
Fonds de revitalisation et dispositif Alizé® sur le Saumurois
Les difficultés rencontrées par le groupe France Champignon ont conduit à la signature d'une première convention de revitalisation pour les sites de Saumur-Chacé (une centaine d'emplois supprimés). Les partenaires du développement économique ont alors proposé l'intégration de ce fonds de revitalisation territoriale (FRT) en dispositif Alizé® (Actions Locales Interentreprises en Zones d'Emploi). L'abondement décidé permet d'ores et déjà le soutien à 29 PME de ce territoire qui s'engagent sur 125 emplois. La communauté de Beaufort-en-Anjou a rejoint le dispositif Alizé®. Cela a permis également de mobiliser une partie de l'enveloppe FRT concernant la disparition de près de 150 emplois sur le site industriel de Beaufort.
Premier dispositif implanté sur le Maine-et-Loire à la fin des années 90, Alizé® est un programme territorial de solidarité inter-entreprises. Les grandes entreprises d'un bassin d'emploi mobilisent au profit des PME/TPE leurs expertises humaines et financières avec celles des pouvoirs publics locaux et des acteurs du développement économique. Objectif : promouvoir les activités créatrices d'emplois des PME/PMI locales, c'est-à-dire par développement endogène. Au-delà des aides financières, ces grandes entreprises accompagnent des TPE ou PME en leur apportant des compétences, spécifiquement en RH, qualité, commercial et production : telle est la grande valeur ajoutée du dispositif. Global, il mobilise également les collectivités territoriales, les services de l'Etat et les acteurs du développement économique local.
Au niveau national, les CCI portent quinze des vingt territoires Alizé®. La CCI de Maine-et-Loire est à nouveau depuis 2010 « l'opérateur local » Alizé® sur le Saumurois et le Beaufortais. Elle assume la gestion financière du fonds d'avances remboursables et le suivi des opérations. Elle gère l'administratif. Elle valide les projets avant examen par le comité de pilotage. Elle anime le dispositif global FRT/ Alizé® en étroite collaboration avec les partenaires du développement économique des territoires concernés : Communauté d'agglomération Saumur Loire Développement, Communauté de communes de Beaufort-en-Anjou, Comité d'expansion départemental, Agence de développement du Saumurois) et l'unité territoriale DIRECCTE.
La convention Alizé® a été signée le 9 décembre 2010. 14 entreprises sont engagées dans le dispositif depuis novembre dernier : SKF Lubrication Systems, Merlin Gerin Loire, Castel, Banque Populaire Atlantique, Crédit Mutuel Anjou, Devillé SA, EDF, Gratien & Meyer, Merlin Gerin Loire, Pichard Balme, SKF, Strego, Unil Opal, Terrena... Outre les compétences des cadres des entreprises associés, Alizé® peut consentir des avances remboursables jusqu'à 20 000 euros. L'objectif est d'atteindre une douzaine de projets par an contre un à deux depuis le début.
L'impact du programme Alizé® ne se mesure pas uniquement en termes de création d'emplois. « Il contribue à instaurer une coopération durable et un climat de confiance entre acteurs privés et publics. Il conforte l'ancrage territorial des entreprises et améliore l'attractivité des territoires », précise Christophe Houeix, directeur du Développement des Entreprises de la CCI de Maine-et-Loire. Mais la vocation du fonds n'est naturellement pas de perdurer, ce qui serait révélateur de plans sociaux à répétition.
La revitalisation jouée en collectif sur Angers
Le premier fonds de revitalisation territorial du département avait été mobilisé sur Angers à la suite des restructurations menées par le groupe allemand Continental, Thomson et Nec. 2,3 millions d'euros ont été versés dans l'escarcelle du fonds de revitalisation. De quoi soutenir la création d'environ 1 000 emplois grâce à des aides allant de 1 000 à 4 000 € (2 000 € en moyenne) selon le secteur d'activité et aussi la qualification du poste. De 2007 à 2010, 43 PME du bassin angevin, industrielles avant tout, mais aussi de services, ont été aidées. Les TPE de moins de 10 salariés doivent créer au moins deux emplois. Le FRT a aussi financé l'accompagnement à la création d'entreprises dans les quartiers et le renforcement du conseil post‐création. Il s'agit de développer l'esprit d'entreprendre et d'inciter à créer son propre emploi. Il s'agit de consolider les très petites entreprises. L'action est confiée à la Maison de la création et de la transmission d'entreprises (MCTE) animée par la CCI de Maine-et-Loire. Le FRT finance enfin la recherche de nouvelles entreprises dans le secteur des éco activités.
Cette volonté de mutualisation des fonds issus de conventions individuelles est portée de façon collégiale. Le fonds commun est animé par Angers Loire Développement en collaboration avec la CCI, en charge de la gestion financière du fonds, et du Comité d'expansion départemental. Le comité d'agrément, présidé par le Préfet, réunit des acteurs économiques et des entreprises contributrices. Il examine les projets de manière réactive et collégiale. Principaux bénéficiaires du fonds de revitalisation : Kolmi, JF Cesbron, Technitoit, Orium, Help Line, Clientys, Europ Assistance, ATM, Fareva, Stream... Ce FRT a été complété d'un plan de soutien à l'emploi, doté par Angers Loire Métropole de 450 000 euros, calibré pour accompagner 500 personnes.
Alain Ratour