Cluster, pôle de compétitivité, grappe d'entreprises... ces termes ont fleuri ces dernières années. Quelle réalité recouvrent-ils ? Ces regroupements d'entreprises, de formation supérieure et de recherche ont des objectifs différents et adoptent plusieurs types de démarches. Les difficultés de trouver des financements publics entraînent le recours à la vente de prestations services et la collaboration entre clusters. Clarifications diverses avec Xavier Roy, délégué général de l'association France Clusters, invité de la CCI de Maine-et-Loire lors de son assemblée générale de mars à Cholet.

Biographie de Xavier Roy
Délégué général de l'association France Clusters.
Ce réseau fédère, à l'échelle nationale, des clusters français, pôles de compétitivité, grappes d'entreprises et systèmes productifs locaux. Il rassemble plus de 120 clusters sur tout le territoire national, réunissant plus de 15 000 entreprises (600 000 emplois). France Clusters compte de nombreux partenaires dont les Chambres de commerce et d'industrie, impliquées dans l'animation des clusters adhérents. L'association intervient sur quatre axes. Elle est un lieu d'échanges inter clusters et de formation. C'est un centre de ressources. France Clusters est un organe de communication et de lobbying. Il propose enfin des services d'aide, individuelle et collective, au développement des clusters.
Xavier Roy était auparavant conseiller auprès de la Datar chargé de l'assistance technique pour l'animation et la gestion de différents programmes nationaux et européens, notamment le PIC ADAPT m7 FEDER de la génération 1994-1999 des fonds structurels. Associé à la construction de la politique industrielle française structurée autour de la création des Pôles de compétitivité à partir de 2005 et des grappes d'entreprises en 2009 et 2010.
Entre 1992 et 1994, chargé de mission d'expatriation au Burundi pour participer au développement de projets économiques provinciaux structurants (éducation, santé, économie locale).
Anjou Eco : « Pôles, clusters, grappes d'entreprises, on s'y perd un peu...
Xavier Roy. Les pôles de compétitivité et les grappes d'entreprises sont des clusters. Les premiers regroupent, sur un territoire, des entreprises, de la formation supérieure et des unités de recherche, vecteurs de projets collectifs à haute valeur ajoutée d'innovations et de technologies. Toutes coopèrent pour approcher des marchés identiques, développer la recherche, intégrer des innovations technologiques, réaliser des économies d'échelle. Autant d'objectifs qui seraient inaccessibles à chacune si elle restait isolée. En jouant la carte de l'excellence collective, ces partenaires structurent une filière. Plus récentes, les grappes d'entreprises sont des clusters de taille souvent plus modeste et très orientés sur ces marchés concrets. Complémentaires des pôles de compétitivité, elles réunissent des PME qui privilégient la veille des marchés, la formation et la gestion des compétences, le commercial et la communication, les appels d'offres et les achats groupés. La R&D n'est pas une ardente obligation.
Anjou Eco : « Quelle est l'origine de cette politique ? »
Xavier Roy. La politique publique en faveur des pôles de compétitivité remonte à 2005. Elle a été initiée par la Datar (Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale) et la DGCIS (Ministère de l'industsrie). 71 pôles ont été labellisés en France dont cinq dans les Pays de la Loire : Végépolys, Images et Réseaux, Atlanpole Biotherapies, Elastopôle, EMC2 et iDforCAR. Les grappes d'entreprises sont au nombre de 126 retenues dans le cadre de deux appels à projets récents. La région compte Nova Child (ex-Pôle Enfant), LEA Valley, West, Neopolia, Atlantic 2.0 et l'Institut automobile du Mans.
Anjou Eco : « Leurs démarches sont identiques ? »
Xavier Roy. La démarche d'un cluster est très évolutive car elle doit s'adapter au terrain et à ceux qui l'animent. Mais, en général, elles mettent en œuvre cinq grandes thématiques : l'innovation, le positionnement international, la gestion des compétences pour élever les niveaux de formation, la mutualisation de moyens (machines ou produits stratégiques achetés en commun...) et, le plus important, la communication-marketing. Pour initier un cluster, quatre grandes démarches sont empruntées. La première est « verticale ». Elle réunit les intervenants, depuis le producteur de matière première jusqu'à l'industriel transformateur... Une deuxième est construite autour d'un même savoir-faire : les entreprises, bien que concurrentes, mettent leurs compétences en commun pour rentrer sur des marchés divers. C'est le cas des 500 entreprises de décolletage de la vallée de l'Arve en Haute-Savoie. Un troisième type de démarche réunit des entreprises complémentaires sur des marchés identiques. Ce cas de figure est le plus fréquent et le plus dynamique. Il est plus facile de vendre ensemble car le message est plus clair pour les clients et les grands donneurs d'ordres. C'est ce que montre la lunetterie du Jura. La dernière démarche rencontrée est technologique. Les acteurs ont des compétences et des marchés différents. Ils se regroupent sur des travaux de recherche dont chacun exploitera les résultats de son côté. C'est le cas par exemple des nanotechnologies à Grenoble.
Anjou Eco : « Quelles sont les « gouvernances » de ces clusters ? »
Xavier Roy. Rapidement, les clusters se structurent autour d'associations loi 1901 dédiées à l'animation du réseau d'entreprises et pilotées par les entreprises. En « grandissant », la forme associative trouve quelques limites pour répondre aux attentes des entreprises. C'est la rançon de la maturité. Ils s'organisent alors en multi-structures : une association avec des accords de consortium, une ou des sociétés communes, une plate-forme d'innovation, une fondation (à l'exemple d'AODD -Association à l'Ouest des Dents - à St Malo)...
Le cluster représente alors une « marque » et plusieurs structures travaillent sous cette marque. Les clusters ont de plus en plus tendance à coopérer entre eux. Cet interclustering existe entre grappes d'entreprises et pôles de compétitivité ou par « filières ». Le cluster y gagne en taille critique et visibilité pour intégrer des programmes européens, structurer une offre de services plus globale et gagner en compétitivité. En avril, Végépolys et les quatre autres pôles de compétitivité du végétal, Céréales Vallée, Peifl, Qualimed et Qualitropic, ont créé le Plant InterCluster. Ce consortium a une vocation internationale de développer des partenariats économiques, de recherche et de formation sur différentes filières du végétal.
Anjou Eco : « Quelles évolutions observez-vous ? »
Xavier Roy. Avec la crise, les clusters ont adopté des attitudes défensives comme l'appui aux problématiques financières et à la gestion des ressources humaines (par le prêt de salariés par exemple...). Sur le plan offensif, ils ont renforcé les veilles marchés, la prospection export, la formation des salariés, les nouvelles organisations du travail. La réponse collective à appels d'offres et l'innovation en produits propres ont été consolidées. La maturité des clusters est croissante. Mais les soutiens publics se durcissent. Les acteurs publics ne se désengagent pas, leurs subventions continuent de croître ces dernières années. Des services non subventionnés se développent, financés par les membres et les non-membres des clusters (veilles, ingénierie projets, formations) et par les clients des membres (mutualisations...).
Anjou Eco. « Les clusters, un phénomène européen... ? »
Xavier Roy. Il existe environ 2 000 clusters en Europe. Le phénomène est assez avancé en Autriche qui a une longueur d'avance sur la notion d'offre de services et d'autofinancement. Mais notre pays n'a pas à rougir de sa situation. Nos chefs d'entreprises ne sont pas plus individualistes en France qu'ailleurs. En un peu moins de 12 ans, on observe une véritable prise de conscience publique et privée de l'intérêt des clusters en tant que réel outil de développement économique des entreprises et des territoires. En Europe, se structure une véritable politique d'innovation et de partenariats technologiques qui s'appuie sur les clusters. La Commission européenne soutient par exemple le projet « Cluster Excellence » auquel France Clusters est associé et qui définira un label de qualité des clusters. L'objectif est de réaliser un outil de mesure de l'efficacité des clusters basé sur la qualité de leur management. Ce programme a également des ambitions de formation destinée aux managers de clusters et leur mise en réseau à l'échelle européenne.
Propos recueillis par Alain Ratour