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Economie numérique et TPE-PME, e-osez les TIC !

E-commerce, e-net... Ce nouveau e-jargon est venu enrichir les pages du Petit Larousse. Pour ce qui est de son application dans les entreprises, c'est une autre « e-stoire ». La France a mal à son économie numérique. Elle accuse un grand retard en la matière d'autant plus du côté des TPE-PME. Pourquoi une telle frilosité ? Quels sont les enjeux ?

La vie économique de l'entreprise repose désormais sur les échanges dématérialisés des entreprises (gestion des commandes et des moyens de paiement, télédéclarations, ventes en ligne...). Elle suppose une nouvelle façon d'échanger et devient une nécessité incontournable dont peut dépendre la pérennité des entreprises qui se voient de plus en plus poussées à dématérialiser leurs échanges. L'économie numérique est le secteur le plus dynamique de l'économie mondiale et représente en Europe un quart de la croissance.

E-bonnet d'âne pour la France
Tous les experts sont formels, l'une des raisons principales de la difficulté à croître tiendrait à un retard important par rapport aux autres pays de l'Union Européenne quant à l'usage des TIC. Déconnectées les TPE-PME des nouvelles technologies ?
Oui, selon Olivier Midière, Président de l'ADEN (Association pour le développement de l'économie numérique en France). En 2006, dans le cadre de la Mission « TIC & TPE », il remettait à Renaud Dutreil, Ministre des PME de l'époque, un rapport qui dressait un état des lieux alarmant sur ce retard avéré. Cinq ans plus tard, son ardeur à défendre cette cause est d'autant plus vive que le constat n'est guère brillant. L'ADEN, créée à l'issue de ce rapport, a pour mission d'aider au développement des nouvelles technologies dans les TPE et PME. « Elle n'agit pas directement auprès des TPE, mais sur les fournisseurs et les structures d'appui de ces TPE. Elle favorise la rencontre des acteurs industriels et des structures qui accompagnent les PME (experts comptables, CCI, agences numériques régionales, Oséo...). Elle anime des groupes de travail et remet au gouvernement des propositions visant à favoriser l'utilisation des technologies dans les PME ». Lorsqu'il se réfère à l'étude du cabinet McKinsey, présentée fin 2010 à Bercy, sur l'impact d'Internet sur l'économie française, Olivier Midière ne décolère pas. En 2009, Internet a représenté en France un peu plus de 3 % du PIB français et a créé 700 000 emplois en 15 ans. Selon cette enquête, les PME utilisant Internet de manière intensive croissent et exportent deux fois plus que les autres. Il s'agit donc là encore d'un réel potentiel, largement inexploité. « En 2011, entre 60 et 70 % des TPE n'ont toujours pas de sites internet. Nous sommes avant-derniers en Europe et en matière de vente « B to B (*), nous avons l'un des plus mauvais scores alors que nous sommes l'un des meilleurs en termes d'achat ». Encore un « French paradox ». « Toutes les études montrent le lien étroit entre la performance des exportations d'un pays et le nombre de sociétés qui ont un site de vente en ligne. Le problème de compétitivité des TPE-PME est dû en grande partie à leur retard technologique et au faible investissement en la matière ». Soutenir les réseaux, mettre en place des programmes de formation...quand la France investit 500 000 euros, d'autres pays engagent entre 5 et 50 millions d'euros. Olivier Midière évoque sans ambages le manque de volonté politique. Quant à la communication, elle est quasi-inexistante : à l'instar du « mangez 5 fruits & légumes par jour », elle devrait être relayée par les médias de façon récurrente. Reste du côté des TPE-PME, un gros travail d'évangélisation à faire. « La France n'est pas un pays technophile. Les dirigeants, dont l'âge moyen dépasse 50 ans, sont peu enclins à adopter de nouveaux outils, à modifier leurs méthodes de travail ». Olivier Midière ne jette pas l'opprobre sur les TPE-PME. Dématérialiser une activité de commerce, cela ne s'improvise pas. Il faut des moyens. Mais les avantages sont considérables : réduction substantielle des coûts, augmentation du C.A. du fait d'une plus grande visibilité, gain de temps, de productivité, d'efficacité, ce qu'Olivier Midière appelle les paramètres de la compétitivité.

TPE-PME e-osez les TIC !
En 2006/2007 l'arrivée du « Web 2.0 » a été un virage à 360° dans l'univers des TIC annonçant le passage d'un web passif à un web actif et faisant entrer une donnée jusque là inexistante : l'interactivité, nouvelle notion de taille impactant toute l'économie. Les entreprises se sentent à juste titre, perdues, dans cette e-jungle. Consciente des difficultés à faire entrer les TIC dans les TPE, la CCI de Maine-et-Loire organise des sessions de sensibilisation, des formations au e-commerce, des interventions ciblées (dates sur www.cciformation49.fr). Les TIC sont passées du stade d'outil de travail au stade de moyens stratégiques de développement. Elles engendrent de nouveaux savoir-faire et de nouveaux savoir-décider. «Un rôle de pédagogue, mais aussi de conseil » selon Sinh Persin, conseiller pour l'usage des TIC : « notre rôle : aider le chef d'entreprise à avoir une approche juste de ses besoins réels ».
Dans ce maelstrom, le risque de dispersion est grand et l'émiettement des efforts tout autant. Reste donc à trouver des prestataires internet aptes à répondre aux attentes des TPE-PME. Depuis quelques années, ces métiers ont évolué vers une plus grande spécialisation. Ainsi en est-il de Stafe, agence de référencement, située à Angers, Orium, basée à Seiches-sur-le-Loir, spécialisée dans la e-logistique. La filière des professionnels TIC des Pays de la Loire se prend en main depuis mars dernier au sein de l'association Ouest Numérique (www.ouest-numerique.com).
Astinov, association spécialisée dans le transfert et le développement des technologies basée à Beaucouzé, conseille et accompagne les PME (entre 10 et 200 salariés) dans tout ce qui concerne leur évolution technologique. «Il y a 5 à 10 ans, avoir son site web n'allait pas de soi. En 2011, les PME ont au moins un site « vitrine » qui fait office de carte de visite ». Selon Cédric Enard, ingénieur conseil, sans web, une entreprise se prive d'un canal supplémentaire et d'emblée d'un grand nombre de clients potentiels. La culture du numérique se diffuse trop lentement comparée à la vitesse à laquelle évoluent les TIC. Ainsi en est-il des réseaux sociaux : « Les entreprises n'imaginent pas comment exploiter ce canal sur lequel chaque visiteur est un client potentiel ». La raison ? L'amalgame fait avec certains réseaux grand public. « Les dirigeants privilégient les « clubs », les réseaux physiques ». Avant d'être présent sur des réseaux sociaux, la priorité est de développer sa visibilité ? « Le référencement d'un site web est une valeur ajoutée, souvent négligée à tort par les entreprises. Le web peut aussi être un outil de veille performant pour les PME ». Mais gare au « web enfoui ». « Sur les moteurs de recherche n'apparait que 20 % ( !) de l'information disponible sur Internet ». Autrement dit, une partie non négligeable reste dans les abimes de la toile...
L'usage du numérique est un moyen de faire croître sensiblement le PIB. Les TPE-PME ne peuvent se permettre de passer à côté d'une telle opportunité, d'autant plus en ces temps difficiles. Le retard à l'allumage du numérique ne pourra se faire sans le relais et la volonté des politiques. Dans ce grand orchestre de l'e-économie, chacun doit jouer sa partition : pouvoirs publics, TPE-PME, fournisseurs...

Marianne Bourgeois

 

(*) BtoB (Business to Business) : marketing d'entreprises qui vendent à des professionnels.

BtoC (Business to Consumers) où les acheteurs et les consommateurs sont des particuliers.



CONTACT CCI : Sinh Persin

02 41 83 53 63

sinh.persin@maineetloire.cci.fr

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