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La filière équine en Anjou, des chevaux et des hommes

La filière équine participe activement de la notoriété du département, de son activité touristique et économique. Pour preuve, ce ratio fort éloquent : 1 emploi pour 5 chevaux. Forte dans sa vitrine, elle est parfois fragile dans sa profession.

Améliorer la visibilité de la filière
Conscients du potentiel réel que représente la filière équine en Anjou et plus largement en Pays de la Loire, les institutionnels (Conseil régional, Conseil général de Maine-et-Loire,...) ont souhaité accompagner son développement afin de valoriser son assise à l'échelon national et international. Pour Alain Bentaha (Conseiller régional des Pays de la Loire, coordinateur du Plan régional sur la filière équine) « Ce secteur participe du développement économique. Il était important d'améliorer sa visibilité en apportant notre soutien à des projets concrets et structurants (rénovation de centres équestres, valorisation de grands sites de visite, octroi d'aides) ». La filière équine, ce sont des chevaux, des hommes et une multitude de métiers parfois méconnus.

 Profession : éleveur étalonnier
Situé à Soulaire-et-Bourg, le Haras de la Rousselière a pour spécialité l'élevage et l'étalonnage. Depuis plus de vingt ans, Pierre de la Guillonnière, éleveur, et son épouse, se sont spécialisés dans la vente de saillies d'étalons et l'élevage. Comme l'explique Nelly de la Guillonnière, « le prix d'un étalon varie de 40 000 euros à... pas de prix ». Un étalon s'achète, se loue. A l'instar d'une société, il est possible d'acheter des participations. « Un étalon se vend autour de 40 parts, ce qui correspondait initialement au nombre de saillies annuelles possibles. Aujourd'hui, on peut connaître précisément les périodes de saillie les plus fastes. Cela peut aller de 100 à 150 par an. Notre activité a un côté « commercial ». Nous devons vendre nos étalons en vantant leur pedigree, leur production ». Autre activité, l'élevage. Les naissances ont lieu entre février et mai, période de forte activité pour le Haras. Dès septembre, les poulains sont vendables « mais ils doivent être « top model ». Sur les 10 ou 15 que nous faisons naître, 1 voire 2 sortira du lot. ». Les autres seront confiés à un entraîneur. Objectif : leur faire réaliser de bonnes performances en courses (autre source de revenus) et susciter un intérêt de la part d'acheteurs potentiels. Les clients sont des éleveurs ayant peu de poulinières et venant chercher ici une saillie d'étalons, des propriétaires de chevaux de course : « ce ne sont pas toujours des éleveurs professionnels mais aussi parfois des particuliers passionnés. Les deux tiers de nos clients viennent du Grand Ouest. La clientèle britannique qui n'hésitait pas à mettre beaucoup d'argent sur un cheval confirmé, s'est fait plus discrète en raison de la crise ». Les années fastes et les moins bonnes équilibrent l'activité du haras. « Une année idéale serait un tiers de notre CA en vente de saillies, un tiers en vente de chevaux et un tiers en gains de courses ». La filière des chevaux de course parvient à s'auto-financer à 100 % grâce au PMU qui lui reverse une partie des gains. Nelly de la Guillonnière s'inquiète toutefois de la fin annoncée du monopole du PMU et de l'apparition sur le marché d'autres sociétés aux statuts plus ou moins flous. « La structure de notre filière est enviée par nombre de pays étrangers. La France est l'un des rares pays où les ventes ne se sont pas effondrées grâce à une gestion des courses très bien encadrée ».

Les écuries Leenders : une affaire de famille
A Jarzé, près de Seiches-sur-le-Loir, les écuries Leenders : 150 hectares, 65 boxes... C'est ici qu'Etienne Leenders (aujourd'hui classé parmi les 15 meilleurs entraîneurs français) et sa famille ont élu domicile en 1981. Si la filière équine reste toujours connotée très « masculine », on en oublierait que, dans l'ombre, il y a des épouses. « Femme de ... » d'un éleveur, d'un entraîneur... Chevilles ouvrières incontournables, tour à tour, secrétaire, gestionnaire, commerciale... Tout comme Nelly de la Guillonnière, Christine Leenders fait partie de ces femmes impliquées à 100 % dans l'activité de leurs époux. « Tout a commencé avec une belle rencontre : Mon époux a récupéré un cheval, All Ready, dont personne ne voulait. Il en a fait à deux reprises un champion de France de cross-country. Notre nom a commencé à être connu et les premiers clients sont arrivés ». En 1981, les écuries comptaient 3 chevaux, aujourd'hui entre 80 et 100 et 19 personnes à temps plein. « Cela suppose une organisation très stricte. Nos clients sont avant tout de vrais passionnés. Ils aiment leurs chevaux, viennent les voir, appellent pour en prendre des nouvelles. Lorsque leur cheval court, ils sont sur un petit nuage. Chaque propriétaire a sa casaque dont les couleurs ne sont pas choisies par hasard ». Les Leenders ont su instaurer un esprit de famille. « C'est une histoire à trois : le cheval, l'entraîneur et le propriétaire. Tout est affaire de confiance ». La réussite d'une écurie tient, selon Christine Leenders, à son sérieux, son honnêteté, la qualité du travail de ses intervenants, autant d'éléments qui lui permettront de durer dans le temps. Il reste les impondérables qui échappent à toute « logique » : « ce peut être un jockey qui ne s'entend pas avec un cheval ou vice-versa. Il y a beaucoup de hasards dans notre métier ». Tout au long de l'année, les écuries Leenders participent à des meetings, été comme hiver. Les moments les plus intenses : le mois de mai et ses jours fériés, les grands week-ends. Les vacances ? 8 jours par an... Le métier d'entraîneur est un vrai sacerdoce : « il faut constamment s'adapter. Quand on gagne, on est les rois du pétrole ! Quand on perd, il faut être solide et tenir ». Métier difficile, certes mais Christine Leenders n'oublie pas toutes les rencontres formidables et exceptionnelles qu'elle a pu faire au long de toutes ces années.

 Du paddock à la piste... une filière qui se modernise, se structure
L'Anjou compte de nombreux hippodromes et centres d'entraînement, vitrine par excellence de la filière équine et de sa tradition séculaire. Le Plan Régional lancé par la région Pays de la Loire en coordination avec les Conseils généraux concernés (dont celui de Maine-et-Loire) a permis à certains de ces hippodromes de bénéficier d'aides pour rénover leurs infrastructures. Ainsi en est-il des hippodromes de Cholet, Le Lion d'Angers, Angers, Segré et Durtal. Comme l'explique Philippe Foucher, délégué général du Conseil des Equidés des Pays de la Loire (1), « L'aide perçue par l'hippodrome de Durtal (100 000 euros) lui a permis de rénover de fond en comble ses infrastructures techniques (locaux techniques, vestiaires, locaux pour le filmage des courses. Les travaux sont en cours et le nouveau dispositif devrait être opérationnel en 2010/2011 ». Hippodromes mais aussi soutien conjoint de la Région et du Département aux équipements touristiques structurants ou exemplaires telle la modernisation du pôle hippique géré par le Haras National du Lion d'Angers et la valorisation du parc départemental de l'Isle Briand. La partie « loisirs » n'a pas été oubliée. Des centres équestres (2) ont pu bénéficier d'aides conséquentes à la modernisation. « Nous souhaitons que tous les publics soient accueillis dans les meilleures conditions possibles, y compris les personnes en situation de handicap ». Récemment, la société angevine Mac 7 a mis au point un appareil « l'Equilève » permettant une mise en selle autonome des personnes handicapées. Cet appareil a été promu par le Conseil des Equidés et Oseo (3) et présenté au dernier Salon du Cheval à Paris. La filière équine se caractérise par son grand nombre d'acteurs, (artisans, PME...) qui n'ont pas les moyens et les structures suffisants pour se faire connaître. D'où l'idée de créer un club d'entreprises connexes à la filière (fabricants de vans, de fers, bottiers...) de fédérer ces métiers pour leur permettre d'avoir une meilleure visibilité, tant en France qu'à l'export. A ce jour, le club compte déjà quelque 80 entreprises.

Marianne Bourgeois

 (1) Conseil des Equidés des Pays de la Loire : Chambre consulaire des sociaux-professionnels du cheval des Pays de la Loire
(2) en Maine-et-Loire : Saumur Horse Ball (St Hilaire-Saint-Florent), Sarl Poney Club 49 (Ponts de Cé), Poney-club de l'Etiage (Saint-Mathurin-sur-Loire), Centre équestre de la Gosnière (Le Lion d'Angers), Commune de St Barthélemy d'Anjou, Club sportif et artistique de l'Ecole du génie (Angers), Adezière Equitation (Avrillé), Ecurie de Cé (Les Ponts de Cé)
OSEO : établissement public chargé de soutenir l'innovation et la croissance des PME