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Des échoppes au parfum d'antan, à la couleur sépia

Dans un monde de plus en plus virtuel, se replonger dans notre enfance, découvrir la façon dont nos aïeux vivaient, c'est ouvrir l'album photo de notre mémoire, renouer avec ses racines. Les commerces d'antan évoquent pour chacun de tendres souvenirs que des passionnés ont su recréer au sein de musées qui leur sont dédiés.

C'était au temps où...

Autrefois, les petits commerces, les étals, les réclames (quand elles n'étaient pas encore « publicités ») composaient le cadre de vie de personnages souvent pittoresques : épiciers, pharmaciens, cafetiers. Les slogans affichaient la couleur sans détour. Prosaïques pour certains, leur simplicité en avait fait parfois des maximes que l'on s'amusait à chantonner. Ainsi en était-il du fameux Dubonnet et de son non moins célèbre « DUBO... DUBON... DUBONNET ! ». Quant à la lessive Mir, elle est tout simplement « mirobolante » comme le vantait la réclame dans les années 50. Les affiches publicitaires témoignent des miracles du produit. « Après la tonte des moutons, nous avons lavé la laine au Mir, Les assiettes et le bol de l'écrémeuse sont lavés au Mir après chaque usage... ». C'était au temps où passé le seuil de l'épicerie, une petite clochette tintinnabulait pour signaler l'entrée d'un client. On venait alors « faire ses commissions ». Sur les étagères en bois supportant le poids de boîtes empilées les unes sur les autres, alignées en rangs d'oignons, nos aïeux venaient y chercher leur chicorée Leroux. Les boîtes aux couleurs vives attiraient l'œil. Le jaune vif du « Banania » avec son tirailleur sénégalais, l'orange du chocolat en poudre « Poulain » ou ses tablettes dans lesquelles, comme « Menier », on trouvait des images à collectionner et à coller dans des albums. Sans oublier le bouillon Kub qui améliorait l'ordinaire des soupes, les pâtes Rivoire & Carret, emballées dans des paquets en carton avec une fenêtre transparente pour distinguer les nouilles des coquillettes ou des pâtes en forme de lettres d'alphabet. On apprenait à lire en mangeant sa soupe. Sur le comptoir, nos yeux d'enfants gourmands s'écarquillaient devant des bocaux de bonbons multicolores : les carambars qui collaient joyeusement aux dents, les sucettes Pierrot Gourmand, les roudoudous, les caramels à un centime, les mistrals gagnants, les rouleaux de réglisse... C'était au temps où les boutiques avaient une âme et des senteurs si caractéristiques : la naphtaline du marchand de couleurs, le tabac à rouler, les Gitane papier maïs, les « Goldos » sans filtre du buraliste, la brillantine Forvil du coiffeur, le pain chaud et doré qui sortait du four à bois du boulanger...
Tout cela n'a guère plus de place aujourd'hui, si ce n'est dans l'imaginaire de ceux qui ont eu la chance d'avoir un aïeul pour leur raconter cette époque. Parce que cette page de notre histoire fait aussi partie de notre patrimoine, des passionnés ont eu à cœur de rassembler ces objets du quotidien, de les mettre en situation et de nous replonger dans notre passé le temps de quelques instants.

Voyage dans le temps à Nyoiseau Châtelais : le Domaine de la Petite Couère

Un « village 1900 » grandeur nature, un parc où vivent 600 animaux, un site de collections impressionnantes de voitures anciennes, de tracteurs (l'une des plus belles collections de France), de matériel rural, de cycles et motos, de voitures miniatures... C'est dans ce lieu hors du temps de 82 ha que Joël Nardin, propriétaire des lieux, a mis en scène il y a 20 ans, sa passion. Une carrure à la Jean Gabin, Joël Nardin a ce côté gouailleur, au parler franc et direct. « Gamin, je collectionnais les voitures miniatures. A 18 ans, je suis passé à celles grandeur nature». L'industriel qu'il fut se laissa ensuite séduire par les outils anciens, agrestes... « Il ne reste que peu d'objets anciens. Cela fait pourtant partie de notre histoire ». Dans les années 50/60, il sillonne la France, le marché aux Puces de Paris, les brocantes. Au fil du temps, sa collection s'étoffe. Lui vient alors l'idée de la rassembler in situ dans des ateliers et des échoppes. Sur les étagères de l'épicerie, des bouillons Kub, du savon de Marseille, des pâtes « La Lune », du pétrole lampant. Au café, des anciennes bouteilles de Byrrh, d'absinthe, de Suze, d'eau de Vals... « J'ai trouvé une bouteille d'eau de source « L'Epervière », qui vient de St Sylvain d'Anjou et qui n'existe plus aujourd'hui ». Sur les tables, d'anciens jeux de cartes, de dominos : « On venait aussi au bistrot pour taper le carton ». Tous les commerces sont représentés et les objets en situation, prêts à l'emploi : la lingère, le marchand de jouets et ses voitures à pédales, ses patinettes en bois, ses dînettes, le fromager... Pour reconstruire ces commerces à l'identique, Joël Nardin a acheté des démolitions de maison de l'époque. Hors saison (novembre à mars), le travail se poursuit : « il faut refaire les km        de clôture, entretenir, réparer les objets, le matériel... » 9 personnes travaillent au Domaine. Les visiteurs viennent pour la plupart du grand Ouest. Joël Nardin souhaiterait accueillir davantage d'Angevins pour leur faire partager sa passion et ces quelque 17 000 objets accumulés au cours de sa vie. « Nous réalisons entre 30 et 35 000 entrées par an. Notre objectif serait d'atteindre les 50 000 ».

La vie du petit commerce d'antan dans la cité des roses

Le musée des anciens commerces a vu le jour à Doué-La-Fontaine en 1992, à l'initiative d'un collectionneur, dans le cadre prestigieux d'anciennes écuries d'un bâtiment du XVIIIème siècle. Ce musée c'est l'aventure de deux femmes, Lucette Reynaud et sa collaboratrice, Coralie Dubuisson. « Ici tout est authentique », comme se plait à le rappeler Lucette qui, depuis 6 ans, a repris les rênes de ce lieu auquel elle est très attachée. 20 petites boutiques de la première moitié du XXème siècle (1900-1950) y sont représentées, agrémentées comme il se doit dans un décor de l'époque. La visite commence au 1er étage avec le bistrot : « une partie de ce café vient de l'ancien bistrot Barré qui se trouvait à la Salle-de-Vihiers ». Sur le comptoir, des verres, une fontaine à absinthe, une ancienne cafetière. Puis, poussant un lourd rideau, le visiteur entre dans « le grenier des rêves », empli d'objets cassés comme ceux que l'on entassait alors dans ces lieux tissés de toiles d'araignées : échelles, machine à coudre, landau,... Au sortir du grenier, « l'espace des grands-mères » où Lucette interpelle ses visiteurs : « racontez moi ce que faisaient vos  grands-mères ? ». Ceux qui le souhaitent écrivent et laissent des petits mots souvent très émouvants ». La visite se poursuit avec l'échoppe du perruquier, du barbier, de l'apothicaire dont on peut admirer les étagères chargées de flacons. Lucette a parfois la chance de récupérer le contenu d'anciens commerces : « La parasolerie est celle de Mme Deroué de la rue St Aubin à Angers. Cette dame fabriquait elle-même ses parapluies. La boutique du marchand de couleurs vient de «La Palette d'Or » de la rue du Mail. Quant aux devantures de l'épicerie et de la droguerie, elles viennent de Beaufort-en-Vallée ». Au rez-de-chaussée, une rue commerçante a été reconstituée avec devantures, enseignes de boutiques. La chapellerie n'est autre que l'intérieur des Chapeaux Siegel à Angers avec de superbes marottes en cire d'époque. Sans oublier le bureau de tabac et son incontournable carotte. « On ne vient pas au musée, on vient chez Lucette. Nous attachons beaucoup d'importance à l'interactivité avec le public. Nous organisons « les rendez-vous de Lucette » où nous nous amusons à mettre en scène les visites pour le plus grand plaisir de nos hôtes. » Lucette continue de récupérer d'anciens objets comme cette mallette à couture avec des bobines de fil en bois. Depuis cette année, le musée participe avec d'autres partenaires touristiques (en collaboration avec le CDT (1) de l'Anjou) à l'opération « Entrez dans la Cour des Grands », nouveau concept destiné aux familles et organise d'avril à octobre « Les jeudis enchantés » visites dédiées aux enfants. En mai dernier, lors de « la journée des belles rencontres » Lucette a réuni collectionneurs, anciens commerçants, artisans, conteurs et autres "faiseux d'bonheur". « Ce fut un très beau moment. Je souhaite renouveler cette expérience en organisant de temps en temps des journées à thème. Ce musée, c'est une belle aventure humaine ».

Marianne Bourgeois

(1) CDT : Comité départemental du Tourisme

Pour en savoir plus

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