Gérard Cieslik quittera bientôt la direction du château d'Angers pour celle du château d'Azay-le Rideau. Rencontre avec un administrateur peu conventionnel qui a su amener l'édifice médiéval sur la scène médiatique. On lui doit notamment le lancement de l'année du Roi René, commémorant le 600e anniversaire de la naissance du prince.
Gérard Cieslik
- Né en 1962.
- Etudes aux Conservatoires de musique de Saint Etienne et de Paris. Etudes de musicothérapie à l'université Paul Valery (Montpellier).
- Directions d'orchestres et d'écoles de musique agréées par l'Etat.
- Directeur des Affaires Culturelles (DAC) de la Ville d'Argentan.
- Inspecteur conseiller au ministère de la Culture pour la danse et la musique dans les Directions Régionales de l'Action Culturelle (DRAC) de Champagne-Ardenne et de Martinique.
- Directeur régional adjoint à la DRAC des Pays de la Loire
- Administrateur du château national d'Angers en août 2006.
- Administrateur du château national d'Azay-le-Rideau au 1er septembre 2009.
Vous avez initié les 600 ans du Roi René célébrés en 2009. Quelle a été votre démarche ?
J'ai proposé une année ambitieuse avec un événement majeur chaque mois. Le château est ainsi devenu légitime car il proposait une actualité continue pendant douze mois. Cela a certainement contribué à mobiliser d'autres partenaires, notamment les propriétaires privés ou public de demeures historiques du Roi René. Il en existe encore une quinzaine en Maine-et-Loire. Chacun a accepté de traiter un trait de caractère du Roi René par des propositions culturelles très différentes. Restait le tour de table financier. Toutes les collectivités territoriales ont adhéré rapidement ainsi que de nombreux mécènes. Pour bâtir cet anniversaire du Roi René, je ne me suis pas interdit de rêver. Sinon, la passerelle lancée en janvier au-dessus des douves du château d'Angers n'aurait jamais vu le jour. Elle reconstitue partiellement le pont-levis de la Porte des Champs, entrée principale du château à l'époque du Roi René. C'est également un acte politique pour que chacun soit acteur d'une réflexion nouvelle afin de construire, cette fois, une vraie passerelle rendant ce monument traversant. Cette réalisation possède également un véritable ratio économique. Elle est visible de l'extérieur, elle interpelle le touriste en rappelant le passé du château et elle met en scène le savoir-faire de la société Perrault. Son coté éphémère la rend encore plus précieuse.
Quels sont les principaux temps forts à venir ?
Le mois de juin est très festif avec animation et spectacle. Le 27 juin, par exemple, dans l'après-midi, un grand rassemblement en écho de mémoire du Roi René est organisé dans le centre historique d'Angers avec des scènes ouvertes, des animaux, des parcours.... De nombreuses animations donneront aux habitants de tous les quartiers une expression. Ils seront ainsi concernés par cet anniversaire. Le soir, plus de 650 personnes, tous acteurs de cette célébration du Roi René, seront invitées à un dîner médiéval. Cet événement est organisé avec la Ville d'Angers. Un autre événement considérable est organisé avec la Ville. Du 3 octobre prochain au 3 janvier 2010 qui marquera la fin de l'année du Roi René, 50 manuscrits enluminés du XVème siècle ayant appartenu à sa bibliothèque seront rassemblés dans la galerie de l'Apocalypse. Il s'agit de l'une des plus extraordinaires collections princières de la fin du Moyen Âge. Ces chefs-d'œuvre viennent des Bibliothèques de France, de New-York, de Londres, Vienne... Plusieurs seront présentés pour la première fois en France. Cette exposition est déjà reconnue comme un évènement culturel majeur de notre pays en 2009.
Quel est le bilan de l'administrateur du château d'Angers en trois ans ?
C'est difficile de parler de son propre bilan et est-ce à moi de l'établir ? Je rappellerais que le château d'Angers est l'un des 100 édifices qui relèvent du Centre des Monuments nationaux, dirigé par Isabelle Lemesle. Certains sont considérables et célèbres comme l'Arc de triomphe, l'abbaye du Mont St Michel ou Azay-le-Rideau que je dirigerai à partir du 1er septembre. D'autres plus modestes comme la Maison de Clemenceau en Vendée, le château de la Motte-Tilly. Longtemps, en France, l'Etat s'est beaucoup préoccupé de restaurer le patrimoine, heureusement. Il s'agissait avant tout de maintenir les édifices en bon état. Aujourd'hui, le CMN, en plus de la maitrise d'ouvrage, est devenu l'opérateur principal de l'Etat pour les ouvrir à un large public. C'est peut-être pour cela, qu'après l'incendie de la toiture du Logis royal, le 10 janvier, très rapidement une volonté partagée a lancé aussi rapidement sa restauration : 7 millions d'euros de crédits dont 2 en mécénat recherchés par la CCI et la Fondation du Patrimoine. Aujourd'hui, nous sommes dans une ère nouvelle Les patrimoines ont une vie et doivent s'adapter aux populations et aux nouvelles formes de tourisme. Au château, nous sommes passés de 139 000 à 170 000 visiteurs. Et j'estime que ce monument a un potentiel de 200 à 250 000 visiteurs.
Vous vous fixez donc des objectifs...
Je gère le château d'Angers comme une entreprise. 28 salariés, 40 équivalents temps plein l'été, plus de 37 métiers recensés en interne ou sous-traités par an sont employés. Nous avons des coûts, des ratios, des objectifs en termes de maintien du patrimoine en situation satisfaisante, de développement culturel, de développement touristique... La concurrence est rude dans ce secteur d'activité : pour 300 euros, vous partez en séjour au Maghreb ou en Egypte. J'estime que notre objectif d'implantation dans le territoire est atteint. Nous avons développé les « cartes blanches » qui donnent accès, pour 16 euros, à toutes les manifestations, cafés philosophiques, spectacles... du château. Leur nombre est passé de moins de 200 à plus de 780 en deux ans. Autre exemple : le domanial. Il est possible de louer le château quand il est fermé au public. De plus en plus d'entreprises sont séduites par cette offre pour organiser des séminaires, des colloques avec possibilité de restauration sur place, faire des visites....Le chiffre d'affaires de la location a été doublé en trois ans.
Sur le plan national et international ?
Chaque mois, nous situons notre activité par rapport aux autres patrimoines français grâce à l'enquête de conjoncture du Centre des Monuments nationaux. Angers se place plutôt bien. En fin d'année, nous serons certainement dans les plus fortes hausses de fréquentation. A l'international, le château doit figurer dans les circuits des tour-opérateurs. Ce n'est pas facile car sa situation géographique, mais également l'origine médiévale de cette forteresse défensive et sa rudesse extérieure l'excluent des châteaux du Val de Loire. Mais nous avons la chance d'être portés aussi par la Région, le Département et l'Agglo, d'avoir des offices de tourisme qui sont solidaires et se mobilisent pour le tourisme international. On n'a pas le droit de faire de la politique en culture et en tourisme. Il faut une politique de développement solidaire. Quand la solidarité est générale, cela marche même dans des périodes difficiles. J'aurais certainement du mal à retrouver dans une autre région une telle adhésion, une telle envie solidaire de porter mes projets, un tel consensus dans la mobilisation.
Des idées pour favoriser la fréquentation du château ?
Déjà sur le plan de l'image : cessons de parler de la douceur angevine. Pour la qualité de vie, je veux bien, mais pas pour parler d'économie touristique. Autre point à améliorer : les parkings. Il faut bien accueillir les touristes et cela passe par une réflexion d'urbanisme. Les grands sites ont tous des grands parkings de proximité. Il faut aussi être conscient que Terra Botanica ouvrira en 2010 et que tout se décidera dans les 3 ans. Il ne faudra pas rater le départ comme ce fut le cas du Futuroscope qui a mis du temps à trouver son équilibre. Terra Botanica doit être en totale résonnance avec les autres composantes touristiques. Ensemble nous pouvons gagner 30 à 40 % de potentiel ! Mais je suis confiant. Je reviendrai souvent en Anjou, c'est une terre d'avenir.
Propos recueillis par Alain Ratour