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Le Bilan Carbone ® tente de répondre à la question : faut-il intégrer l'écologie dans l'économie ou l'économie dans l'écologie ? Cet outil d'aide à la décision pour entreprises et collectivités ouvre de nouvelles perspectives avec des bénéfices induits non négligeables. Permettant bien souvent une prise de conscience instantanée, il constitue la première étape d'un engagement plus important en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
LES CONSTANTES DU BILAN CARBONE ® Le Bilan Carbone ® permet à une entité, entreprise ou collectivité, d'estimer (profil plutôt que bilan comptable) ses émissions de gaz à effet de serre (exprimées en tonnes équivalent carbone) associées aux processus physiques nécessaires à son existence. La 1ère version, lancée en 2004 par l'Ademe pour les entreprises privées et publiques, a été complétée par des modules Patrimoine et Services pour les collectivités. Une version 6 d'actualisation sort au printemps 2009 et des guides d'application sectorielle sont en cours d‘élaboration.- Motivations :Mettre en cohérence les actions de développement durable, dont l'intégration à un système de management environnemental (SME, certification ISO 14001, écoproduit ) ; incitation par les clients ou anticipation réglementaire ; jouer sur l'image ; économies potentielles via la réduction des émissions.- Méthodologie : Photographie des émissions GES à un instant t0Information en 7 postes d'agrégation: énergie interne, procédés internes, transports, achats, déchets, immobilisations, utilisation, fin de vie.Etablir (et lancer) des actions de réduction
L'étiquette carbone, nouveau repère du consommateur ? La grande distribution, surfant sur la vague écocitoyenne privilégiant les produits à indice carbone bas, s'oriente vers un indice carbone dans l'attente d'un affichage obligatoire le 1er janvier 2011 (cf. Grenelle 2). Les projets pilotes par Casino et Leclerc avec affichage sur produits à marque distributeur ont déjà fourni quelques enseignements. Les emballages individuels sont moins bien notés. Surprise, le score du bio n'est pas forcément meilleur en dépit de ses atouts avérés. L'origine géographique n'est pas discriminante. Du fret national par camion pèse plus lourd sur la planète que des expéditions maritimes lointaines. Constatation qui bat en brèche les food miles (coût carbone du transport) des GMS anglo-saxonnes initiatrices de la réflexion. Dans l'attente d'ACV standards, certaines enseignes déclinent des stratégies séduisantes avec, au hasard, un étiquetage U EcoRaison pour le Groupe U, des meubles en bois labellisés FSC ® (gestion responsable des forêts) chez Casa ou une communication ombrelle avec la Fondation. Nature & Découvertes.
Plusieurs diagnostics environnementaux, dont le Bilan Carbone ® de l'Ademe(1), l'analyse du Cycle de Vie (AVC) (2) et le diagnostic énergétique, contribuent à réduire impacts et coûts de fonctionnement. Un Bilan Carbone® traduit une stratégie existante d'excellence industrielle, tertiaire ou territoriale. Le moindre des bonis n'est pas la relation renouvelée avec fournisseurs sous-traitants. L'implication, sollicitée ou spontanée, des salariés a été saluée par tous nos témoins. Le Bilan Carbone ® donne une nouvelle dimension à la gestion des ressources humaines. Au-delà, en direction du consommateur, l'empreinte écologique des produits ou services sera affichée par un étiquetage environnemental, encore balbutiant. Demain, les obligations réglementaires du Grenelle de l'environnement ne laisseront toutefois plus le choix.Tous ensemble à l'échelle d'un territoire« La division par quatre des émissions de GES souhaitée par l'Etat d'ici à 2050 ne pourra se faire sans les collectivités, les entreprises et les particuliers à l'échelle d'un territoire », argumente Nicolas Boespflug, chargé de mission Agenda 21 à Angers Loire Métropole. ALM a réalisé deux Bilan Carbone ® : un volet « Patrimoine et services » et un volet « Territoire ». Les chiffres relevés correspondent à l'activité d'une métropole relativement équilibrée. A l'automne 2009, démarre l'élaboration du plan énergie-climat du territoire. «Nous le mènerons à 3 échelles, celle de la commune, celle de la communauté d'agglomération, et enfin avec les partenaires : Chambres consulaires, acteurs de l'énergie, etc... Mais de multiples actions sont déjà en place », complète le chargé de mission. Et d'évoquer, entre autres, les actions de sensibilisation auprès du public scolaire, la mise en place d'un plan de maîtrise des fluides au niveau de la Ville d'Angers, la campagne d'affichage des consommations énergétiques et les actions correctives réalisées ou en cours sur près d'une centaines de bâtiments, un partenariat avec l'Espace Info Energie, une première phase de réalisation d'une thermographie aérienne mesurant les déperditions énergétiques des toitures, l'introduction de critères carbone dans les marchés publics ou les primes aux particuliers sur le solaire thermique.Suite à un 1er contrat Athénée signé avec l'Ademe, le syndicat mixte du Pays des Mauges s'est engagé par une contractualisation sur 2007-2010 dans un Contrat d'Objectif Territorial (COT). L'animation en est confiée au CPIE Loire et Mauges (Centre Permanent d'Initiative pour l'Environnement, Beaupréau). Pour Adeline Charré, chargée d'action efficacité énergétique, « le 1er contrat avait permis une prise de conscience par les élus. Le COT « Vers un plan climat territorial pour le Pays des Mauges » vient en renfort. Le Bilan Carbone® réalise un état des lieux. Au-delà du simple diagnostic, nous amorçons le futur via le lancement d'ateliers thématiques à l'automne 2009. Car cette étude ne doit pas rester au fond d'un tiroir. Le Bilan Carbone® sera aussi un moteur de sensibilisation des entreprises. »Rendre compatible éthique et commerceCharal (Cholet), 1ère marque de viande bovine en France, a choisi son usine de Corrèze comme site pilote du Bilan Carbone®, qui sera déployé d'ici fin 2009 à l'ensemble des 9 sites. « C'est une démarche transversale impliquant toute l'entreprise, dans la continuité de notre engagement qualité et de développement durable de notre marque. Après la consolidation des données, les pics carbone seront identifiés site par site, hors celui de l'élevage déjà connu comme contributeur, » détaille Bernard Collin, Directeur qualité du groupe Charal. Attention : le consommateur doit savoir que parmi les activités humaines, l'agriculture n'arrive qu'en 5ème rang avec 13,5 % des émissions de gaz à effet de serre (GES). Avec 29 %, le secteur industriel est le principal émetteur, suivi par l'habitat (23 %), la déforestation (17 %) et les transports (15 %)[3]. « Pour ce qui concerne le périmètre de nos propres activités, il s'ensuivra un plan d'action au niveau du groupe, sous la houlette de la direction générale et du comité de pilotage déjà en place. Depuis 2005, Charal avait déjà engagé des actions d'Eco-conception en optimisant les possibilités de recyclage de nombre de ses produits phares avec, par exemple, un gain de près de 300 T de déchets ménagers par an sur le Charal Snack. C'est le cumul de petites actions qui fera avancer. Nous ne révolutionnerons pas l'empreinte carbone à nous seuls. C'est également une démarche de filière que nous allons travailler à notre échelle avec l'Inra (Institut national de la recherche agronomique). » En matière d'étiquetage environnemental, Charal est sur plusieurs fronts nationaux avec des organismes (inter)professionnels agro-alimentaires et la plate-forme AFNOR-ADEME. « Pour envisager une étiquette carbone, prenons le temps de la réflexion pour rester crédible et compris des consommateurs. Ne rendons pas plus compliquées des étiquettes déjà très complexes. Il vaut mieux expliquer des stratégies et s'engager à agir sur le long terme que de donner des chiffres abstraits de poids en TeqC[4]. Charal privilégiera une communication non technocratique. » Critères de travail communs« Par l'activité de boulangerie bio, le terrain était favorable. En même temps que la certification ISO 9001, Biofournil a lancé celle de l'ISO 14001 avec plusieurs actions comme la gestion des déchets et l'intégration paysagère des bâtiments » illustre Maren Ducasse, responsable R & D et qualité-environnement . « Dans l'ISO 14001, nous choisissons chaque année une thématique. En 2007, ce fut le Bilan Carbone® ; sa stratégie se rapproche d'un système qualité. L'objectif était de ne pas se tromper sur l'origine de nos rejets de GES. » Constat : 80 % des rejets ne proviennent pas du site du Puiset Doré, mais bien de la fabrication et fin de vie des emballages ainsi que des matières premières. Des prises en compte immédiates ont eu lieu avec des emballages plus respectueux de l'environnement (sacherie papier avec fenêtre transparente remplacée par une sacherie 100 % papier.) « L'essentiel est de mener des actions plutôt en aval et en amont. Nous amenons les fournisseurs à réfléchir avec nous ; le Bilan Carbone ® a rajouté un critère de travail commun. Pour l'instant, aucune communication vers le client final n'est prévue. Il est d'ailleurs hasardeux de faire des comparaisons entre les chiffres de différentes entreprises car tout est question de définition du périmètre d'intervention du bilan. »Une suite logiqueJacques Goubeau, chargé du management opérationnel des activités serveurs de Bull Industrial & Logistics Services (Angers), est aussi responsable du développement durable. « Le concept apparaît dans notre baseline « Bull Supply Chain compétitive responsable éthique » en tant qu'axe stratégique prioritaire. Notre management Qualité Sécurité Environnement est pratiqué avec toutes les certifications requises et Bull privilégie le lean manufacturing. La charte du développement durable de BILS intègre tous les acteurs (employés, fournisseurs, clients) et s'appuie sur 10 engagements. Nous avons souhaité aller au-delà. Le Bilan Carbone ® est d'autant plus pertinent que de plus en plus d'appels d'offres clients questionnent sur ce registre. Nous avons choisi la réactivité. « Le Bilan Carbone ® de BILS a couvert les 3 entités angevines : Supply Chain, Duplicopy et Iris en se limitant à la production propre à commencer par les matières premières . « Nous avons choisi de recueillir le maximum de données fiables plutôt que des données parfois hypothétiques sur les process chez nos fournisseurs ou sur l'utilisation de nos produits. L'essentiel était d'envisager des actions de fond. 5 axes de travail ont été identifiés : le fret, les déplacements des salariés, l'énergie nécessaire aux process, l'énergie de fonctionnement, la compensation des actions. Toujours avec le souci d'impliquer le personnel sur une base de volontariat comme pour la constitution des bases de données. BILS n'envisage ni plan climat ni étiquette carbone. Nous préférons une logique de DD au-delà de l'effet de mode. »S'inscrire dans une continuitéLa politique volontariste d'Insudiet (spécialiste des aliments diététiques protéinés, Champtoceaux) en matière du respect de l'environnement et des hommes a conduit à une autre certification : ISO 14001 environnement. Pour Didier Cussonneau, Monsieur Environnement » d'Insudiet, « le Bilan Carbone ® a permis d'identifier les postes les plus significatifs sur le site et au-delà, et de trouver les leviers d'amélioration. La collecte des données a suscité une implication remarquable dans tous les services, et de même à l'amont comme à aval de l'entreprise.» « Même si nos procédés industriels ne sont guère pollueurs, le principal impactant reste la fabrication, incluse la génération de matières premières chez les fournisseurs » intervient le directeur général, Frank Tuloup. « C'était bien la complexité de l'analyse : quel périmètre définir ? L'option a été choisie d'inclure l'approvisionnement. Les actions futures s'orientent vers les facteurs les plus impactants : les matières premières, puis les déplacements du personnel, enfin toute intervention autour des économies d'énergie. » Le covoiturage a été l'action la plus rapide. Et un témoignage concret de l'investissement des salariés puisque proposé par le comité d'entreprise. Pour l'économie d'énergie, Insudiet est déjà bien avancé avec la géothermie. L'accueil va être réaménagé avec des puits de lumière naturelle via des coupoles en toiture. « Le facteur Matières premières n'est pas le plus simple à modifier. Nous maîtrisons le process de nos fournisseurs car nous leur imposons un cahier des charges strict et réalisons des contrôles et audits réguliers. En revanche, tout en les sensibilisant, nous ne maîtrisons pas leurs dépenses énergétiques liées à la distribution, poursuit Frank Tuloup. Nous étudions actuellement le remplacement de la matière première principale (45 % de protéines laitières) par du pois ou du soja mais cela n'est pas toujours souhaitable d'un point de vue gustatif et de texture (ce qui est notre priorité). Les produits de remplacement peuvent être négatifs en termes de bilan Carbone s'ils sont importés de loin, par exemple. Il faudra intervenir au niveau informatif sur l'étiquetage, puis au niveau marketing. La communication institutionnelle « Insudiet solidaire » sera complétée par un pictogramme didactique. »Vers la culture carbone Jean-Michel Quesne, responsable Environnement Hygiène Sécurité du groupe ALLTUB est basé à Saumur chez ALLTUB France Pharma, fabricant de tubes souples et de cartouches en aluminium. « Après la certification ISO 140001de tous les sites, j'ai proposé de nous orienter vers un Bilan Carbone ®. Les conditions de faisabilité étaient bonnes avec quasiment des monoproduits et un process de fabrication assez simple. Un gage de succès a été l'identification des détenteurs d'information. » Le résultat n'a guère étonné. Avec l'aluminium comme matière première, Alltub est gros émetteur de CO2 et gros consommateur d'électricité (fours, étuves). L'initiative de Saumur s'est inscrite dans le groupe avec un bilan chez ALLTUB France Cosmétiques. Autre étape peu après le BC, l'ACV intégrant les résultats de ce dernier a été comparée avec l'ACV plus généraliste de l'ETMA, European Tube Manufacturers Association.« Les résultats nous font réfléchir sur les prochaines modifications techniques. Tout investissement sera envisagé en fonction de son empreinte carbone, en considérant davantage que l'efficacité du matériel qu'il s'agisse d'un climatiseur (éliminer les fluides polluants) ou d'un four (énergie propre). Les investissements lourds seront sur l'énergie et le chauffage puisqu'on ne peut modifier la matière première, l'aluminium marque de fabrique d'ALLTUB. Mais certaines actions « citoyennes » ne coûtent rien comme un parc de véhicules commerciaux sans climatisation. Une étiquette carbone été réalisée pour se situer par rapport à la concurrence. « Volontairement nous n'avons pas encore avancé sur la communication. Si le BC et l'ACV s'appuient sur des paramètres chiffrés, il reste des imprécisions. Ainsi, la longévité du matériau n'est pas assez prise en compte. »
Linda Kaluzny-Pichon
Pour en savoir plus :www.ademe.fr/bilan-carbone http://www.bilancarbonepersonnel.org/http://www.bilancarbonecampus.org/http://www.angers.consommer-responsable.com/