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Economie circulaire : de la nécessaire entrée dans une boucle vertueuse

Dans un contexte de mutations tous azimuts, l'économie circulaire est un levier de compétitivité et de résilience pour les entreprises. Pour les territoires et acteurs économiques, elle est une voie vers de nouvelles perspectives de développement durable.

Contact CCI :
Philippe Lohézic
02 41 20 54 48
mailto:philippe.lohezic@maineetloire.cci.fr

Economie circulaire : une opportunité pour les territoires
L'économie circulaire vise à changer de paradigme par rapport à l'économie dite linéaire, en limitant le gaspillage des ressources et l'impact environnemental. De nombreuses initiatives en ce sens sont déjà engagées par les collectivités (lesquelles jouent un rôle de catalyseur important), les entreprises, les acteurs associatifs. Elles concernent plusieurs champs d'applications (réutilisation, réparation, recyclage). Sont également concernées l'éco-conception, l'économie de la fonctionnalité qui favorise l'achat de services plutôt que de produits, la valorisation énergétique des déchets, l'écologie industrielle et territoriale.

Des enjeux stratégiques pour l'Union européenne
Le législateur européen commence à se mobiliser. Enfin, serait-on tenté de dire. l'Union européenne importe six fois plus de matières premières et de ressources naturelles qu'elle n'en exporte. Nous consommons les ressources renouvelables une fois et demi plus vite que nous ne pouvons les remplacer. En avril 2018, le Parlement européen adoptait officiellement le paquet économie circulaire. « Pour la première fois, les Etats membres seront obligés de suivre un cadre législatif unique et partagé », déclarait Simona Bonafè, l'eurodéputée en charge du projet. Des dispositions sur le gaspillage alimentaire prévoient par ailleurs que les Etats membres réduisent de 50 % les bio-déchets d'ici 2030. Le Conseil de l'UE vise également à supprimer certains produits plastiques à usage unique lorsque des alternatives sont disponibles. En France, la loi TECV (1) a permis de définir des objectifs ambitieux en la matière (réduction des déchets ménagers en 2020, accroissement du taux de recyclage,  diminution de 50 % de la mise en décharge en 2025). La loi Notre précise les compétences des collectivités sur ce sujet. A noter également, l'engagement volontaire de 153 territoires français sélectionnés dans le cadre de l'appel à projet « zéro gaspillage, zéro déchets » (2). Aujourd'hui, le principal défi est celui de la mobilisation de tous (citoyens, collectivités, entreprises, associations, administrations, acteurs de la recherche et du développement) pour un réel passage à l'acte.

Pays de la Loire : un plan d'actions pragmatique, volontaire et évolutif
En octobre 2018, la Région des Pays de la Loire adoptait un plan d'actions régional économie circulaire s'inscrivant autour de trois enjeux (préserver les ressources par une utilisation efficiente, créer de la valeur ajoutée et générer de l'emploi, développer de nouvelles filières innovantes) et de quatre axes stratégiques (réussir la transition vers l'économie circulaire, accompagner les acteurs des territoires, développer l'économie circulaire dans les filières à fort potentiel et « La Région s'engage »).

Les collectivités entrent dans la boucle vertueuse
De plus en plus de collectivités s'engagent activement dans l'économie circulaire. Depuis deux ans, une trentaine d'entreprises de Doué-en-Anjou participent régulièrement aux actions d'écologie industrielle et territoriale (EIT). Au fil du temps, des synergies se sont mises en place (achats groupés, fourniture de bio-déchets pour un méthaniseur, collecte mutualisée de déchets valorisables...). 14 coopérations ont été menées, permettant ainsi d'économiser 43 000 € et de mieux valoriser 17,6 t de déchets. L'Agglomération Saumur Val de Loire a souhaité dupliquer la démarche sur l'ensemble du territoire. Pourquoi un tel engagement ? Parce qu'il répond aux orientations politiques de l'Europe, de l'Etat, de la Région et de la collectivité elle-même. Le projet de territoire de CASVL (3) « Saumur Val de Loire 2028 » évoque l'économie circulaire comme orientation prioritaire. La mise en œuvre de ce programme d'actions sur 5 ans sera pilotée par la CASVL en partenariat avec les trois Chambres consulaires (début du programme : premier trimestre 2019). « Je tiens à saluer les entreprises qui s'engagent dans cette logique d'écologie industrielle et territoriale. Au vu des économies réalisées sur le Douessin et de l'impact sur notre territoire, avec les élus communautaires, nous ne pouvons qu'encourager cette action et nous impliquer dans cette orientation auprès des entreprises », souligne Jean-Michel Marchand, Président de la Communauté d'Agglomération Saumur Val de Loire.
En 2015, Mauges Communauté a été sélectionné Territoire « Zéro Déchet Zéro Gaspillage ». Ainsi, la CCI (en complémentarité avec les autres Chambres consulaires) a mené trois démarches d'EIT (Beaupréau-en-Mauges, Chemillé, St Macaire-St André). Plus de 200 entreprises ont été rencontrées en deux ans. Des actions complémentaires ont permis de renforcer ou de développer de véritables dynamiques interentreprises nécessaires pour la compétitivité du territoire (accompagnement des entreprises pour réduire leurs déchets, accompagnement des restaurants commerciaux à la diminution du gaspillage alimentaire...).

Economie circulaire : un projet au cœur de la stratégie de la mandature CCI
En octobre dernier, les élus consulaires et des collectivités locales participaient au voyage d'étude « #ecocirculaire49 » au Danemark pour mieux comprendre et développer l'économie circulaire en Anjou. Depuis fin 2016, les élus ont défini un plan d'actions sur ce sujet. Les résultats sont encourageants : au niveau départemental, 89 coopérations entre 115 entreprises ont permis de mieux valoriser 1500 t de matières et d'identifier 350 000 € d'économies. Il s'agit aujourd'hui de renforcer et de démultiplier ces initiatives. La CCI s'appuiera sur l'ADECC (4) pour dynamiser un réseau d'entrepreneurs engagés sur l'économie circulaire (cf article Anjou Eco septembre 2018, p. 54) et faciliter l'appropriation de ces démarches à toute entreprise.

Solidaire et écologique depuis 35 ans
Qui aurait pensé que l'on puisse proposer du matériel médical de seconde vie ? Pionnier en matière d'économie circulaire, le réseau Envie (50 structures d'insertion réparties sur le territoire) participe depuis 35 ans à la limitation des déchets et contribue à faire changer les modes de consommation. Les entreprises Envie remettent sur le marché des appareils rénovés et vendus à prix modique, permettant à chacun d'accéder à des équipements de la vie quotidienne. La valeur ajoutée Envie : intervenir sur l'ensemble de la filière DEEE (5) et pouvoir s'inscrire en amont dans les logiques d'économie circulaire. Elle est aussi de continuer à innover en appliquant son savoir-faire à de nouveaux secteurs. Ainsi en est-il d'Envie Autonomie (6), créé à Angers il y a quatre ans. Outre sa fonction sociale qui, comme les autres structures du réseau, vise à créer des emplois notamment pour des personnes exclues du marché du travail, elle propose une offre complémentaire de matériel médical à un coût accessible au plus grand nombre. « Nous récupérons du matériel le plus souvent jeté. Nous le rénovons et le proposons à la vente ». Depuis 2015, comme l'explique Mathieu Martin, Directeur adjoint Envie 49, plus de 6 500 aides techniques ont été collectées, 1/3 rénové et distribué et 25 emplois directs créés. La finalité : sortir d'un système de santé qui favorise la distribution de matériel médical neuf, construire un modèle qui priorise l'économie circulaire. Le réseau Envie c'est aussi Envie 2E49. Installée à Trélazé, l'entreprise est spécialisée dans la collecte, le recyclage et la valorisation des déchets. Sa trentaine de salariés traite tous types de déchets, notamment les déchets industriels, pour le compte des collectivités, des entreprises et des particuliers. Affiliée au réseau FIBRES 49 (réseau d'entreprises locales de l'économie sociale et solidaire proposant un service de collecte et de recyclage, accompagné par l'ADECC), elle est en lien direct avec les acteurs locaux pour la gestion de leurs déchets. « La dénomination de Pôle Territorial de Coopération Economique (PTCE) (dont ENVIE 2E49 est la structure porteuse) n'a jamais aussi bien porté son nom en Anjou. Ici, la collaboration avec une Chambre consulaire (CCI49) n'est pas un vain mot ». Le réseau interroge et consolide chaque année un modèle d'entreprises solidaires ancré dans son époque et résolument tourné vers l'avenir.

Quand Eram écrit le début d'une nouvelle ère...
Engagé dans une stratégie d'économie circulaire, le groupe Eram a récemment lancé un signe fort avec ce concept inédit : la location de chaussures expérimentée depuis peu chez Bocage, l'une des marques phares du groupe. Louées, puis rapportées en magasin, les chaussures sont ensuite renvoyées en usine où elles sont reconditionnées pour être remises sur le marché de la seconde main, allongeant ainsi leur durée de vie. Pourquoi un tel concept ? Pour le groupe Eram, le recyclage des chaussures est un vrai casse-tête. « Contrairement au textile, il n'existe aucune solution de recyclage », souligne Caroline Jolly, Responsable RSE du groupe Eram. D'où cette idée de leur offrir une seconde vie. Une démarche vertueuse, novatrice en complète opposition avec le schéma classique de l'achat « jetable ». Favoriser l'économie de fonctionnalité en créant une plus value sur le service, l'usage, tel est l'ambitieux challenge que s'est fixé Bocage qui fait office de précurseur auprès de ses pairs. Un défi audacieux porteur également de changement social. « Derrière ce concept, nous développons des compétences de reconditionnement, nous créons une nouvelle activité pérenne pour l'usine. Il y a aussi l'idée de faire monter en compétences les salariées de nos magasins dont le rôle sera d'apporter un conseil personnalisé ». Et demain ? Aller plus loin sur des solutions plus pertinentes pour valoriser la matière dès la conception et, ce faisant, être dans une logique d'économie circulaire. « Ce que nous avons initié jusqu'à présent en matière de RSE était nécessaire. Cela ne suffit plus. Il faut aller plus loin en touchant à l'offre et au business model ». Illustration avec l'Atelier Bocage. Une audace à saluer, mâtinée de prudence, car ce nouveau concept devra impliquer un changement de comportement. « Nous ignorons pour l'heure dans quelle mesure les clientes nous suivront ».


Marianne Bourgeois
Anjou Eco n°54 - février 2019

  • (1) Loi TECV: Loi de transition énergétique pour la croissance verte
  • (2) Territoires « zéro déchet, zéro gaspillage » en Anjou: le Sirdomdi, le SMITOM du sud-saumurois, le SICTOM Loir-et-Sarthe, le SEDNO
  • (3) CASVL: Communauté d'Agglomération Saumur Val de Loire
  • (4) ADECC: association pour le développement de l'économie circulaire et collaborative
  • (5) DEEE Les déchets d'équipements électriques et électroniques
  • (6) Association adhérente au réseau Envie - http://www.envieautonomie.org/

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