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Commerce - acte 2 : comment enrayer la bradycardie des coeurs de villes ?

Jamais les centres-villes n'ont suscité autant d'intérêts contradictoires et d'inquiétudes que ces dernières années. Pour y remédier, municipalités, Chambres consulaires et associations de commerçants s'organisent pour maintenir l'attractivité des cœurs de villes.

Fabrice Cesbron, élu CCI, en charge du commerce
« La revitalisation commerciale est l'un des enjeux majeurs de reconquête des cœurs de ville. Face à ce constat, des solutions concrètes doivent être trouvées. Entre autres leviers d'action, la CCI49 propose d'anticiper les risques de vacance commerciale, de réintégrer les enjeux de revitalisation commerciale dans les stratégies d'urbanisme, en réformant par ailleurs les outils financiers et fiscaux (réforme du FISAC, réaffectation de la Tascom...). La CCI entend poursuivre son engagement en faveur de la revitalisation commerciale et la reconquête des cœurs de ville, en partenariat étroit avec les élus locaux et les acteurs publics et privés du commerce dans les territoires ».

Contact CCI :
Bruno Pelerin
02 41 20 54 87
bruno.pelerin@maineetloire.cci.fr

Au sud-ouest d'Angers, Place du chapeau de gendarme, indépendants, franchisés et grandes enseignes se sont regroupés au sein de l'association « l'Esplanade ». Objectifs : dynamiser le plus ancien centre commercial de la ville d'Angers, être au service du commerce de proximité. L'association a fait le choix d'une présence digitale novatrice « comparable à celle d'une grande ville » précise Daniel Richard, commerçant adhérent de l'association. Relayant en temps réel actualités et promotions commerciales, le site Internet propose une offre de click and collect. Innovante, l'association l'est aussi dans l'événementiel. En juin dernier, comme l'an passé, elle organisait les Electrofolies, une manifestation dédiée aux moyens de locomotion électrique. Lieu de rencontres, terreau du développement économique, le centre-ville est un indicateur du dynamisme d'un bassin de vie. « La rue est le cordon ombilical qui relie l'individu  à la société », disait Victor Hugo. Cet espace de vie plurifonctionnel, aussi fragile que complexe, doit aujourd'hui faire face à un challenge : garantir l'avenir en développant un espace de vie pour y maintenir et attirer des habitants tout en assurant un essor économique durable. La crise des centres-villes est une réalité. En témoignent leur désertification et parallèlement le développement exponentiel des zones commerciales périphériques.
Enjeu majeur pour les élus locaux et les acteurs économiques, la redynamisation des centres-villes suppose de lancer de grands travaux de rénovation, d'amorcer une politique de préemption des locaux commerciaux, de mettre en place un dialogue avec les opérateurs privés, les investisseurs, les commerçants... Autant de mesures dont les effets sont difficilement mesurables et valorisables à court terme. La réflexion des édiles doit impliquer une vision à long terme pour le « bien commun » en se projetant bien au-delà de la seule durée d'un mandat.

Un coup de pouce salutaire
En 2014, le gouvernement lançait un dispositif expérimental visant à revitaliser certaines zones rurales et périurbaines. 54 centres-bourgs de moins de 10 000 habitants ont été retenus. Un appel à manifestation d'intérêt dont ont pu bénéficier deux communes en Anjou : Pouancé et Doué-en-Anjou. Revitaliser un centre-ville ou un centre-bourg, c'est agir sur tous les leviers à la fois : habitat, foncier, services aux publics et commerces de proximité, mobilité, aménagement urbain..., le tout dans une approche de complémentarité. C'est ce qu'ont entrepris Michel Pattée, Maire de Doué-en-Anjou, et ses élus dès 2014. « Comme de nombreuses collectivités, notre centre-bourg subit les évolutions des nouveaux modes de consommation. Conjointement, avec l'association de commerçants et d'artisans, nous avons essayé de trouver des solutions. Ce dispositif a contribué à accélérer notre réflexion et à repenser l'organisation du centre-bourg». Ainsi, 4 millions d'euros ont été alloués à la reconquête de locaux vacants en centre-ville pour répondre à la problématique suivante : la vacance de logements situés au-dessus de locaux commerciaux (occupés en d'autres temps par les commerçants bailleurs des lieux). « Les propriétaires envisagent alors plus facilement de  réhabiliter leur bien et in fine le valorisent. Des investisseurs peuvent y voir l'opportunité de racheter le fond et le logement. Tout le monde s'y retrouve. Les occupants avec un loyer plus accessible ; les investisseurs, avec l'opportunité de défiscalisations. Sans cet appel à manifestation, cela n'aurait jamais été envisageable ». Ce dispositif a entrainé dans son sillage une profonde recomposition du cœur de ville (dont le rachat d'un îlot complet par la municipalité qui accueillera, après rénovation, 21 logements et un local commercial). Autre projet d'ampleur  pour répondre à la désertification des professions médicales et paramédicales en milieu rural : la présence d'une maison de santé pluridisciplinaire. « La collectivité prend à sa charge le portage financier de cette maison de santé. En contre partie, elle sera située en cœur de ville. La présence d'une quinzaine de professionnels de la santé aura pour effet de drainer du flux en centre-ville». Dans le cadre de la démarche « Entreprendre à Doué-en-Anjou » et accompagnée par la CCI49, l'équipe municipale a joué aux VRP. « Nous avons inventorié les locaux vacants ainsi que les commerces en quête de repreneurs ; puis nous avons organisé des visites et des rencontres entre des tiers intéressés et de potentiels repreneurs ». Cette initiative menée en partenariat avec l'association des commerçants laisse espérer deux à trois reprises et une à deux installations. « Imaginer une autre vision du centre-ville, repenser l'ensemble du paysage existant, c'est un travail de longue haleine où chacun apporte sa pierre ».

Saumur, parmi les villes pilotes d'« Action cœur de ville »
En mars dernier, André Marcon, Président honoraire des Chambres de commerce et d'industrie de France, remettait au gouvernement le rapport d'une Mission prospective sur la revitalisation commerciale des villes petites et moyennes. Ce rapport s'inscrivait dans le cadre du programme « Action cœur de ville » annoncée lors de la conférence nationale des territoires (décembre 2017). Parmi les mesures proposées, une nécessaire gouvernance politique associant les maires des villes et les présidents des intercommunalités aux côtés de l'Etat et des régions ; une approche coordonnée dans les domaines d'intervention impliqués (habitat, commerces, services, transport, santé, culture, éducation...) ; une professionnalisation de la démarche et de la politique commerciale impliquant les acteurs concernés (élus, associations de commerçants, professionnels des marchés, etc.) (*). Avec plus de 5 milliards d'euros mobilisés sur cinq ans, « Action coeur de ville » vise à répondre à une double ambition : améliorer les conditions de vie des habitants des villes et conforter leur rôle de moteur de développement du territoire. Fin mars, Saumur apprenait qu'elle faisait partie des 222 communes retenues dans le cadre de ce programme gouvernemental. La ville se verra proposer un contrat-cadre définissant le périmètre d'action comme les moyens engagés. Ce plan d'action local engagera tant la commune que son intercommunalité et les partenaires publics et privés.

Accompagner le soutien aux activités commerciales
Par ailleurs, Saumur Val de Loire Agglomération a sollicité la CCI49 pour mener une étude prospective visant à la mise en place d'une « politique locale du commerce et de soutien aux activités commerciales d'intérêt communautaire ». Pour y parvenir, il s'agira de définir une stratégie d'intervention communautaire, d'organiser les domaines d'actions susceptibles d'être transférés à la Communauté d'agglomération et ceux qui demeureront au niveau des communes afin de conforter l'offre commerciale des centres-villes notamment.

Anjou Cœur de Ville, un dispositif de revitalisation urbaine
Depuis 2015, la Communauté d'Agglomération Saumur Val de Loire est engagée dans le dispositif de revitalisation urbaine « Anjou Coeur de Ville » à l'initiative du département de Maine-et-Loire. Ce dispositif concerne aujourd'hui dans le Saumurois, les centres-villes et centres-bourgs de Saumur, Montreuil-Bellay, Vivy, Fontevraud-l'Abbaye, Allonnes et Longué-Jumelles. « Anjou Coeur de Ville vise à revitaliser les centres-bourgs ou centres-villes en identifiant les conditions à réunir pour un maintien ou l'installation de populations résidentes », souligne Patrice Vérité, conseiller délégué au sein de l'Agglomération en charge de la revitalisation des centres-bourgs. « Les études pré-opérationnelles permettent d'élaborer un plan guide qui identifie des actions chiffrées à court, moyen et long termes en matière d'habitat, d'équipements et services, commerces, espaces publics et déplacements. La rénovation de logements du parc privé est une action prioritaire de ce dispositif qui donnera notamment lieu, en phase opérationnelle, à l'attribution de subventions de l'Anah (**), du Département et de l'intercommunalité. Ces aides s'adressent aux propriétaires occupants et bailleurs sous conditions ».

Quand un chat se fait le porte-drapeau du dynamisme commercial
Il s'appelle Chat-Lonn. Présente lors  des animations commerciales,  la nouvelle mascotte du groupement des commerçants de Chalonnes-sur-Loire est  un  relais  visuel et publicitaire. Le félin a, entre autres missions, d'animer le  groupement. Si Chalonnes-sur-Loire est connue pour son dynamisme, il n'est pas question pour le groupement des commerçants de s'endormir sur leurs lauriers d'autant plus sur une zone de chalandise qui ne draine pas moins de 30 000 habitants. La construction récente de la zone commerciale du Marais est récemment venue compléter l'offre existante. « L'activité  commerciale s'étant diversifiée, la ville  a  souhaité conservé  un équilibre et une synergie  entre  le centre-ville et la  zone du Marais. D'où la  rénovation  du centre-ville », explique Monique Baudouin, Présidente du Groupement des commerçants. Parmi les réaménagements, celui de la rue principale ; des zones bleues ont été créées pour faciliter le stationnement en centre-ville, apportant ainsi davantage de flux. Par ailleurs, le Groupement a refondu son site Internet, l'agrémentant d'une offre de « click and collect ».


Marianne Bourgeois
Anjou Eco n°52 - septembre 2018

(*) : Parmi les autres pistes de relance préconisées, la possibilité pour les commerces d'ouvrir le dimanche après-midi, la création de « managers de centre-ville », l'allégement des taxes, des mesures visant à favoriser la rénovation des commerces ou encore élaboration de places de marché numériques mutualisées locales.

(**) Anah : Agence nationale de l'habitat

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