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Réforme de l’apprentissage : simplifier, décloisonner, revaloriser

Face à des chiffres édifiants, difficile de résister à la tentation du plaidoyer en faveur de l'apprentissage. 70 % des apprentis trouvent un emploi dans les sept mois suivant leur formation. Face à un chômage des moins de 25 ans à hauteur de 25 %, face à des secteurs en tension et des entreprises qui peinent à recruter, comment ne pas voir dans l'apprentissage une solution concrète et solvable.

Les mesures concrètes en synthèse :

Pour les futurs apprentis :

  • - 30 euros net de plus par mois pour les jeunes de 16 à 20 ans (soit 715 euros)
  • - Rémunération au minimum au SMIC pour les apprentis de 26 ans et plus
  • - Accessibilité jusqu'à 29 ans révolus (26 ans aujourd'hui)
  • - Mise en place de prépa apprentissage (mise à niveau)
  • - Système de certification pour assurer la qualité des formations dispensées par les CFA, ainsi que pour les maîtres d'apprentissage
  • - ...

Pour les futures entreprises d'accueil d'apprentis :

  • - Une contribution unique formation professionnelle et apprentissage, regroupant l'ancien quota de la taxe d'apprentissage et la contribution au titre de la formation professionnelle (FPC)
  • - Une nouvelle répartition des subventions aux régions
  • - L'unification des aides à l'embauche pour les TPE et PME, pour les formations ante-Bac et niveau Bac professionnel
  • - La clarification de la rupture du contrat de travail
  • - Une réglementation des conditions de travail revue afin de faciliter l'insertion des apprentis et la cohérence avec les contraintes de l'environnement professionnel
  • - Embauche rendue possible toute l'année (aujourd'hui cantonnée à septembre-décembre)
  • - ...

  

Entre 2010 et 2020, près de 440 000 emplois seront à pourvoir dans les Pays de la Loire. L'apprentissage se révèle être une voie d'insertion massive, « royale » osent même certains. Pourtant, les 400 000 apprentis de France ne représentent que 7 % des jeunes de 16 à 25 ans. Chez certains voisins, comme l'Allemagne ou la Suisse, ce chiffre atteint les 15 %. La réforme de l'apprentissage entamée par le Gouvernement propose une révision complète autour de trois mots d'ordre : simplification, décloisonnement et revalorisation. Que va changer cette réforme en cours d'élaboration, pour les entreprises, les jeunes, leurs familles, les branches professionnelles, les organismes de formation ?  

Simplification
Si, sur le papier, l'apprentissage apporte une réponse aux problématiques de chômage des jeunes et de recrutement des entreprises, pourquoi est-il si peu valorisé ? Sans doute parce que le système est complexe, regrette Didier Château, co-fondateur et dirigeant de Générale des Services, représentant régional de la Fédération des Entreprises et Services aux Particuliers, en charge de la formation, et vice-Président national du syndicat associé : « Aujourd'hui, par complexité et manque de visibilité, les entreprises se sont désintéressées du sujet.  » Face à ces constats, la réforme envisage différentes réponses : une seule cotisation entièrement dédiée à l'apprentissage, l'élargissement de l'âge d'accessibilité à 29 ans révolus, l'unification des aides afin de permettre aux entreprises de jauger le coût réel d'un apprenti, une procédure d'interruption du contrat d'apprentissage simplifiée (sans nécessité d'avoir recours aux Prud'hommes), des conditions de travail revues pour coller aux réalités des métiers. L'enjeu est de remettre de la souplesse : « La volonté exprimée par ces intentions de réforme est la simplicité. Il s'agit de lever les freins qui existent aujourd'hui et qui complexifient l'accès à l'apprentissage pour des TPE et des PME qui ont pourtant envie d'accueillir des apprentis. » explique Sandrine Capèle, Directrice du Centre de Formation des Apprentis (CFA) de Maine-et-Loire. Un cadre assoupli qui selon Jean-Benoît Portier, élu formation à la CCI 49, permet de revoir l'apprentissage comme « un investissement plutôt que comme une charge ». Un cadre assoupli qui soulève la question des garde-fous permettant d'équilibrer la réponse aux besoins des entreprises et celle des jeunes en formation, encore à l'aune de leur carrière professionnelle.

Décloisonnement
Cœur de la réforme : la question de la gouvernance et du financement. Aujourd'hui géré par les Régions, l'apprentissage sera demain coordonné par les branches professionnelles, via les OPCO (opérateurs de compétences) auxquelles elles sont rattachées. Une volonté de coller aux besoins du terrain et d'adapter l'offre de formation aux spécificités territoriales. Pour Olivier Jeanneau, Secrétaire général de l'Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM) des Pays de la Loire, une façon aussi de reconnecter l'enseignement et l'entreprise, le chef d'entreprise et la Cité : « Dans le cadre d'une telle réforme, il est important de prendre du recul pour penser de façon macro. La finalité est l'insertion professionnelle des jeunes, et elle est permise par les entreprises. En confiant l'apprentissage aux branches professionnelles, les entreprises deviennent les actrices principales de l'apprentissage. Les diplômes et les référentiels métiers seront co-construits, entre l'Éducation Nationale et les branches métiers. Les formations qui seront ouvertes et/ou clôturées colleront aux besoins spécifiques des secteurs et des villes et permettront aux jeunes formés de trouver un emploi. » Une nouvelle gouvernance qui pour Géraldine Béalu, dirigeante du cabinet Mark Avenir et élue CCI à la commission éducation, formation et métiers de demain, « va dans le sens d'une logique de mise en relation des compétences et des besoins, notamment grâce aux observatoires de compétences intégrés aux branches professionnelles pour connaître avec précision les besoins réels du terrain. » Pour garantir l'efficacité de ce changement de gouvernance, la co-construction et la transversalité restent des modalités de travail indispensables. La réforme prévoit de maintenir le rôle des Régions sur les volets de l'innovation pédagogique, l'accompagnement de la mobilité, la création et la rénovation de CFA selon les besoins. Vraie nécessité selon Jean-Benoît Portier qui rappelle « l'importance du rôle des Régions et des CCI dont l'expérience et l'expertise participent à maintenir les équilibres et spécificités territoriales. ». Les parties prenantes locales  - Fédérations professionnelles en première ligne, CFA et Régions - devront donc continuer leur action de façon concertée afin de garantir un équilibre territorial au profit des jeunes et des entreprises. Un défi déjà bien relevé en Pays de la Loire selon Régis Rousseau, Président de la Fédération Française du Bâtiment en Pays de la Loire : « Dans le cadre de cette réforme, des incompréhensions ont pu exister, entre autre sur la place des Régions. Celles-ci ont un rôle plein et entier à jouer, comme c'est le cas en Pays de la Loire où les actions en faveur de l'apprentissage sont particulièrement nombreuses. » Le dialogue devra donc primer, y compris pour des branches professionnelles moins représentées et moins structurées que certaines autres. La création d'une agence nationale « France Compétences », quadripartite (Régions, État, collège salariat et collège patronal) a pour mission de réguler la qualité et le prix des formations en élaborant le cahier des charges du système d'accréditation et de certification, et en gérant les fonds d'information, de formation et de péréquation.

Revalorisation
La réforme envisagée remet à plat les modalités d'accès à l'apprentissage pour en faire une cause globale. Un changement de regard est à opérer pour que l'apprentissage soit perçu pour ce qu'il est dans les faits : le plus court chemin vers l'emploi, une voie d'excellence, pleine et entière. Au-delà des actions de communication pour redorer l'image injustement écornée de ce type de formation aux yeux des jeunes et de leurs familles, la réforme prévoit des actions concrètes de revalorisation : évolution de la rémunération des apprentis, mise en place de « prépa apprentissage » pour accompagner les jeunes au-delà de l'acquisition de savoir-faire (travail sur le savoir-être), information des jeunes tout au long de leur scolarité et création d'un lien entreprise-école plus fort, travail de certification qualité des CFA pour garantir des formations d'excellence partout sur le territoire, etc. Pour Didier Château, un changement énorme est à opérer dans les mentalités : « L'apprentissage ne fonctionne aujourd'hui que sur les métiers en tension ou manuels. Il peine à se départir d'une image de formation pour les niveaux faibles. C'est oublier de dire à quel point c'est un parcours de qualité, qui assure un emploi. Les services à la personne sont le premier recruteur de France ! »
Le Conseil Régional Pays de la Loire a fait de l'apprentissage une cause régionale depuis plusieurs années, organisant en mars 2016 un « Grenelle de l'apprentissage ». Même conviction à la CCI de Maine-et-Loire qui a publié un « Manifeste de l'apprentissage » recensant des propositions concrètes pour répondre au paradoxe d'un nombre décroissant d'apprentis malgré leurs résultats brillants aux examens et en insertion professionnelle. Dans le cadre de la réforme amorcée, une période transitoire va débuter qui selon Sandrine Capèle « imposera de la vigilance pour conserver la qualité des enseignements dispensés ». Les décrets d'application viendront prochainement concrétiser les intentions d'une réforme qui au travers d'actions concrètes souhaite répondre aux enjeux du terrain, ceux de la formation et l'employabilité des jeunes comme ceux de la croissance et la pérennité des entreprises.


Aurélie Jeannin
Anjou Eco n°52 - septembre 2018

Contact CCI :
Sandrine Capèle
02 41 20 54 27
sandrine.capele@maineetloire.cci.fr

Géraldine Béalu, élue CCI, en charge de l'apprentissage
« Qu'est-ce que les « Mordus de l'apprentissage » ? La CCI Maine-et-Loire vient de lancer une nouvelle communauté de chefs d'entreprise, ambassadeurs de l'apprentissage. Anciens apprentis eux-mêmes et/ou maîtres d'apprentissage, ces Mordus témoigneront à partir de la rentrée de septembre, lors de portes ouvertes, remises de diplômes et autres événements en proximité avec les apprenants. Responsable de l'établissement de formation de Saumur,  Valérie Giraud pilote de l'opération. C'est une façon concrète, incarnée et issue du terrain, de donner envie de s'engager dans l'apprentissage.
Sollicitez ou rejoignez les Mordus de l'apprentissage en Maine-et-Loire : Bichot Agencement, Comec, Evolis, Restaurant L'Hoirie, La Boucherie Angers, Groupe Millet, La Maison du Pain, Benoit Chocolats, Mark Avenir, Manic, Grolleau, TH Industries. »

Jean-Benoît Portier, élu CCI, en charge de l'apprentissage 
« Dans un monde en pleine mutation où tout s'accélère, l'humain doit être replacé au centre pour préparer dès aujourd'hui l'entreprise aux grands défis. Apprentissage, formation, partenariat avec le monde de l'éducation et de l'enseignement supérieur, sont des thèmes et des enjeux fondamentaux portés par notre CCI. Ils vont permettre à l'entreprise d'entrer dans cette nouvelle ère de l'économie ».

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