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La face cachée d'Internet : quel impact sur l'environnement ?

Tout progrès technologique, fut-il révolutionnaire, a son revers. Celui de la dématérialisation de nos actes est de ne pas être aussi vert qu'on pourrait l'imaginer. Comment réduire notre empreinte numérique ?

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Contact CCI :
Florian Cabreux
07 70 22 18 45 - 02 41 20 54 50
florian.cabreux@paysdelaloire.cci.fr

Le saviez-vous ? La consommation des centres de données (data center) dépasserait celle du trafic aérien ; une recherche sur un moteur de recherche produirait autant de CO2 que le fait de porter à ébullition de l'eau avec une bouilloire électrique. 250 milliards d'e-mails envoyés chaque jour dans le monde, 30 e-mails archivés dans sa boîte, équivalent à la consommation d'une ampoule par jour... Une fois ce constat posé, il n'est évidemment pas question de revenir à l'ère de la bougie ni de crier haro sur une révolution qui, reconnaissons-le, facilite notre quotidien. Toutefois, nous en oublierions que ces « clouds » et autres structures qui permettent un usage quotidien du web, sont des infrastructures physiques. Loin d'être anecdotique, celui-ci est quantifiable (1,5 % de la consommation d'énergie mondiale). En France, le Conseil Economique Social et Environnemental a bien compris l'intérêt de sensibiliser le public. En février 2017, il proposait l'application d'une étiquette énergétique aux réseaux sociaux, permettant ainsi, à chacune de nos actions sur Facebook, d'être informé sur l'impact environnemental de notre action.

3 milliards d'utilisateurs d'Internet... et moi, et moi, et moi
Nous serions directement responsables de 50 % des émissions de gaz à effet de serre liées à l'usage d'Internet. Le nombre d'utilisateurs estimé à 3 milliards aujourd'hui, devrait atteindre les 4 milliards d'ici la fin de la décennie. Cette croissance des usages fera augmenter mécaniquement l'impact environnemental d'Internet. La mutation doit se réaliser maintenant avant d'atteindre une masse critique rendant plus difficile le changement. Tout n'est pas si noir. La mutation a déjà commencé depuis plusieurs années. Les géants du numérique (Apple, Google, Facebook, Alibaba, IBM, Microsoft...), de par leur poids, représentent un facteur de changement notable. Leur principal enjeu réside du côté des data centers. Gigantesques antichambres de l'Internet, ces espaces nécessitent un refroidissement constant. Chacun d'entre eux consomme autant d'énergie quotidienne qu'une ville de 30.000 habitants.

Le développement durable est-il soluble dans l'usage des data centers ?
Qu'est-ce qu'un data center ? Comme l'explique Olivier Chaupitre, Chef d'établissement du site Atos France à Trélazé qui héberge un data center, « c'est un site physique regroupant des installations informatiques (serveurs, routeurs, disques durs, sauvegardes...) chargées de stocker et de distribuer des données au travers d'un réseau, apte à garantir un fonctionnement et une sécurité optimum sans interruption ni baisse de performances ». Les données stockées et distribuées ont pour rôle de fournir un service applicatif (gestion d'e-mail ou big data...). Le nombre d'utilisateurs peut aller de quelques dizaines à plusieurs millions. « L'utilisateur ne voit que la fonctionnalité, les temps de réponse et la disponibilité du service applicatif, sans imaginer les besoins énergétiques nécessaires y afférents». Si un data center permet d'éviter, entre autres, les dépenses classiques liées au déplacement ou à l'utilisation de papier, le data center Atos Trélazé consomme annuellement près de 20 M kWh soit environ 1000 foyers de 4 personnes (pour une maison de 150 m²). A quoi pourrait ressembler un data center idéal ? « A une structure toujours disponible, qui consomme peu et qui répond rapidement aux sollicitations des métiers tout en étant optimisée et donc, toujours adaptée au juste besoin du moment afin d'en optimiser les coûts ». Les préoccupations liées à l'exploitation d'un data center se situent à plusieurs niveaux : tendre au « zéro downtime » (permet de déployer une nouvelle version d'un système sans arrêt électrique ni arrêt climatisation), maîtriser les changements, l'efficacité énergétique. Le poids de la facture électrique est un élément non négligeable. La facture annuelle du data center de Trélazé représente un coût de 1,8 M€. Enfin, le bilan carbone (« certains clients exigent contractuellement que le fournisseur soit engagé sur ce domaine ») et la responsabilité sociétale. Pour gagner en efficacité énergétique, il y a des indicateurs pour mesurer cette efficacité comme le PUE - Power Usage Effectiveness. « La technologie des serveurs évolue comme la virtualisation qui a permis d'utiliser l'équipement informatique de façon plus productive. Il nous faut investir dans de nouveaux équipements d'infrastructure du data center comme les groupes froids à récupération de chaleur. Ils produisent suffisamment de chaleur pour alimenter en chauffage les bureaux du site jusqu'à 2°C extérieur et avec une augmentation du rendement de 15 % ». D'autres travaux sur le site Atos Trélazé sont en cours (entre autres, le remplacement d'une centrale de traitement d'air des locaux techniques par une unité de type « free-cooling » - gain d'énergie : 86%). « Une démarche est en cours pour répondre à la norme iso 14001 visant à l'amélioration continue de la performance environnementale par la maîtrise des impacts liés à l'activité de l'entreprise ». La démarche vertueuse d'Atos est une chose. Celle de nos comportements quotidiens en est une autre. La surconsommation de mails, de SMS et leur gratuité ne sont pas neutres. Si la dématérialisation nous fait économiser des arbres, gardons en tête ce que nous ne voyons pas en termes d'énergie, de stockage des données sauvegardées, archivées...

Qui sera le meilleur green développeur ?
Le numérique représente déjà plus de 7 % de la consommation électrique mondiale, autant que l'aviation civile. Pour l'école d'Ingénieurs ESAIP, (Saint-Barthélemy-d'Anjou), spécialisée dans la sécurité informatique et l'environnement, il était donc urgent de faire bouger les lignes. Après trois années de collaboration avec le GreenLabCenter, l'Ecole d'Ingénieurs ESAIP s'est associée à l'AGIT (*) pour proposer un nouveau challenge international : le Design4Green. Cette première édition a rassemblé en novembre dernier 250 participants, étudiants et professionnels, en simultané dans 12 villes et 7 pays. En 48 heures, les participants ont phosphoré sur l'élaboration de la meilleure appli web pour rechercher un dentiste en s'appliquant à respecter les bonnes pratiques de Green IT (numérique responsable). Pour Amaury Ferard, chef de projet du Design4Green, « Cet événement cofinancé, entre autres par la Région Pays de la Loire et Angers Loire Métropole, avait pour principal objectif de sensibiliser les étudiants et les entreprises participant à l'éco-conception de services numériques ». C'est dans cet esprit que la chaire ESAIP Green IT & IoT a été créée afin d'accompagner les entreprises dans le déploiement de bonnes pratiques dans les systèmes numériques. Objectif : optimiser leur consommation d'énergie. « Cette chaire traitera notamment du développement applicatif sur les objets connectés (diminuer la consommation énergétique pour augmenter l'autonomie), de l'utilisation de matériaux recyclables/renouvelables et de la lutte contre l'obsolescence programmée ». L'édition 2018 se greffera sur la Connected Week qui se tiendra à l'automne prochain (**). L'idée des prochains challenges est de les ouvrir à d'autres thématiques (data centers, cycle de vie des produits) et non à l'encodage seul. Pour l'heure, l'ESAIP et l'AGIT sont en pourparler avec le « Québec numérique », (organisme dont la mission est d'agir pour le numérique). Objectif : créer ensemble en 2019 une version nord-américaine du Design4Green. A l'impact environnemental de l'usage d'Internet s'ajoute celui des objets connectés dont le nombre, à l'horizon 2020, pourrait avoisiner les 50 milliards.

Marianne Bourgeois
Anjou Eco n°51 - mai 2018

(*) : AGIT : l'Alliance Green IT est une association d'acteurs engagés pour une informatique responsable.
(**) : du 21 au 23 novembre 2018. Pour participer ou soutenir le challenge 2018 : aferard@esaip.org

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