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Quand l'Anjou en fait tout un plat

Comment ? L'Anjou n'avait donc aucun plat emblématique de son terroir ? Aucun ambassadeur culinaire ? Diantre !

 

Contact CCI :
Sylvain Dourneau
02 41 20 49 96
sylvain.dourneau@mianeetloire.cci.fr

 

Pourtant le terroir angevin est un immense potager à ciel ouvert côtoyant des vignobles de noble facture et une belle tradition culinaire qu'on aurait oubliés. Désormais, il faudra donc compter avec la Gouline, une tourte composée de champignons, rillauds, de liquoreux de chenin et de tomme angevine (ou de tomme grise d'Anjou). Comme des élèves riant sous cape à l'annonce du patronyme insolite de leur professeur, le nom choisi pour le plat emblématique de l'Anjou a bien sûr laissé filtrer quelques sourires ironiques à son annonce. Gouline ? Curieux nom pour un plat, diront certains qui trouvent peut-être les noms choucroute, cassoulet, pissaladière...bien plus séduisants. A ceux-là, il faudra répondre que ce nom désigne en patois angevin (comme l'explique Dominique Fournier, écrivain angevin, auteur notamment du « Dictionnaire pour bien bagouler notre patois d'aujourd'hui »), la charmante petite bouille d'un enfant qu'on a envie d'embrasser, de « croquer » comme cette tourte angevine. « Viens que j'chauff' tes p'tit's ménines, Et que j'bis ta p'tit' gouline, Pis aussit' tes p'tits petons ! » (*). Une bouille de fillette par ailleurs joliment dessinée sur les supports de promotion par la jeune illustratrice angevine Mathou.

La Gouline est la résultante d'une dynamique portée par l'association Destination Anjou avec le soutien de partenaires publics (dont la CCI qui accompagne l'association depuis sa création) et de collectivités locales ; tous bien décidés à participer plus encore au rayonnement de l'Anjou en proposant une porte d'entrée sur le territoire angevin fort séduisante : celle de la gastronomie, par l'entremise d'un plat emblématique de la tradition culinaire angevine. « Malgré la richesse de nos produits locaux, nous n'avions pas de plat identifié », explique Vincent Bouyer, Président de Destination Anjou. « La Gouline, de par les produits qui la composent, est un marqueur de l'Anjou. Nous souhaitions un plat qui soit facilement interprétable par chacun (grand public, métiers de bouche, restauration, industrie alimentaire...) pour que tous puissent s'approprier, porter et faire connaître un mets généreux, gourmand, convivial ».

Qui mieux que Sophie Reynouard pour parler de la Gouline ? Pétillante représentante de « l'Association du Crêmet d'Anjou » (grâce à qui le dessert angevin a connu un joli retour sur son territoire), Sophie Reynouard se présente non sans humour comme une « ethno-cuisinière ». Passionnée par l'histoire du patrimoine culinaire angevin, elle a à cœur de faire revivre cette cuisine de terroir. « Je me réjouis du choix final. La Gouline est un plat avec des marqueurs identitaires forts (rillauds, échalotes, champignons, liquoreux). Un plat emblématique d'une région est indéniablement vecteur de rayonnement et de retombées économiques. Autour de la gastronomie gravite toute une économie. Les circuits gastronomiques proposés par les offices de tourisme remportent toujours un franc succès. Les touristes adorent. En Anjou, nous avons une belle cuisine de marché, de formidables produits. Producteurs, vignerons....il existe en Anjou un cercle vertueux autour de la gastronomie ». Qui sait si le succès de la Gouline n'essaimera pas d'autres belles initiatives ? Sophie Reynouard nourrit le souhait de voir, un jour prochain, la tomme grise d'Anjou décrocher une IGP. « Il n'y a pas de spécialité fromagère en Anjou ? Saviez-vous qu'il existait au 18ème siècle un Camembert d'Anjou fort réputé ? Pourquoi ne pas le relancer ? » En attendant, la Gouline est déjà une star sur les réseaux sociaux, chacun partageant l'interprétation qu'il a souhaitée en faire.

D'ici la fin de l'année, le nouvel ambassadeur de la cuisine angevine se verra consacrer un ouvrage qui fera la part belle à l'histoire de la cuisine locale mais aussi à des recettes de la Gouline revisitées, entre autres, par des restaurateurs et des chefs dont celui des palais élyséen et « macronien », Guillaume Gomez.

Dominique Gruson
Anjou Eco n°51 - mai 2018 

(*) : Emile Joulain, surnommé L'Gars Mile, est un écrivain et poète patoisant né à Mazé en 1900, mort en 1989.

 

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