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Stéphane Mallard, digital Evangelist et conférencier : pas de révolution, une disruption

Face à un public de salariés et entrepreneurs mayennais, lors de la cérémonie des vœux, Stéphane Mallard a exposé son opinion sur l'accélération de la révolution digitale, de plus en plus présente dans notre quotidien. Aujourd'hui, nous sommes tous connectés, l'information est accessible partout et en continu. Toutes nos interactions sont transformées et les modèles vont progressivement être disruptés. Tous les acteurs sont concernés par ce changement.

Stéphane Mallard
 Stéphane Mallard, 30 ans, Digital Evangelist chez Blu Age, société ayant développé une technologie qui automatise la transformation du code informatique.
Expert en technologie digitale
Anjou Eco : L'intelligence artificielle se développe très vite. Comment est-elle perçue ? Que va-t-elle changer ?
Stéphane Mallard - Nous entrons dans une nouvelle ère. L'intelligence artificielle progresse à une vitesse exponentielle et va provoquer des challenges à relever. Grâce à elle, nous allons pouvoir résoudre très vite de nombreux problèmes et ce, dans tous les domaines. En revanche, nous ne sommes pas encore prêts à entrer dans ce nouveau schéma de vie. Notre vision du monde, notre manière d'appréhender la vie et l'organisation de nos sociétés vont être impactées et remises en cause. Ces dernières années, nous avons fait un bond gigantesque en matière d'IA. Auparavant, on programmait des machines avec des règles pour imiter l'intelligence humaine. On créait des logiciels qu'on nourrissait avec des données, et qui s'exécutaient avec des scénarios bien définis à l'avance. Mais on s'est rendu compte que l'intelligence humaine faisait l'inverse. (Ex. : un bébé n'a pas besoin de règles de grammaire pour apprendre à parler. Il est entouré par des gens qui parlent autour de lui. Il comprend implicitement à force de les entendre).

Comment fonctionnent les algorithmes et que nous apportent-ils ?
Les algorithmes sont pour la plupart des réseaux de neurones artificiels inspirés du cerveau humain. Ils sont capables d'identifier des concepts de haut niveau dans les données. C'est grâce à eux qu'on peut reconnaître par exemple des personnes sur des photos. On nourrit l'algorithme avec de nombreuses données, et on l'entraîne. (ex : taguer des photos sur Facebook). Plus on lui apporte de données, plus il est capable de se calibrer, de reconnaître parfaitement ce qu'il y a sur ces photos. Dernièrement, on a essayé d'apprendre aux machines à atteindre des objectifs toutes seules en se débrouillant par des essais/erreurs. Avec cette approche, on fournit un environnement visuel aux machines avec des contraintes et un objectif à atteindre. On laisse les machines s'entraîner toutes seules et quand elles se rapprochent de l'objectif, on les aide à progresser. On utilise des algorithmes pour apprendre aux machines à jouer à des jeux vidéo toutes seules. Plus elles jouent de parties par auto-apprentissage, plus elles calibrent leur modèle de jeu jusqu'à devenir excellentes. C'est grâce à ces algorithmes que l'IA de Google a réussi à battre le meilleur joueur de Go au monde (jeu de stratégie qui passionne les Asiatiques et dont on ne peut pas calculer toutes les combinaisons existantes). La machine s'est entraînée, nourrie avec les parties des meilleurs joueurs de Go au monde. Elle a acquis l'intuition des joueurs puis a joué contre elle-même pour s'améliorer et a gagné. Les experts en intelligence artificielle et en jeu de Go étaient incapables de comprendre pourquoi la machine jouait tel pion plutôt qu'un autre. En fait, elle a découvert une nouvelle manière de jouer au Go à laquelle personne n'avait pensé auparavant.

Finalement, l'intelligence artificielle est plus présente dans notre quotidien qu'on pourrait le penser.
Cette révolution digitale est lancée et nous avons le sentiment que les résultats ne se verront pas avant 10 ou 20 ans. Or, nous utilisons déjà de l'IA sans le savoir. Tous les géants du web infusent de l'IA dans tous leurs services et produits. Cela nous semble déjà normal car notre cerveau est programmé pour s'adapter à notre environnement. Google développe plus de 4 000 projets avec de l'IA. Snapchat l'utilise entre autres pour améliorer le ciblage publicitaire, Facebook pour filtrer les fake news, Instagram pour mettre en avant les photos sur lesquelles vous avez cliquées.

Nous allons tous participer à l'éducation des IA. De quelle manière ?
Bientôt, on n'utilisera plus de code complexe pour programmer les machines. Les programmes actuels préparent les bases futures pour que chacun puisse entraîner les IA à réaliser des tâches, qu'elles soient physiques (dans les robots) ou intellectuelles (dans le cloud). Et pour que les IA puissent continuer à se développer et à comprendre le monde, on va leur permettre d'utiliser le langage. Jusqu'à présent, la connaissance reposait sur de l'écrit (Internet, livres, conversations sur les réseaux sociaux...). On entraîne les IA à maîtriser le langage pour qu'elles puissent le comprendre mais aussi s'exprimer un jour toutes seules. Ainsi, nous pourrons avoir des interactions plus fluides et plus élaborées avec les machines (on peut déjà entretenir une conversation simple avec Google Assistant). La machine peut déjà comprendre nos questions, aller chercher les réponses sur Internet et nous répondre sous forme de discussion. Puis l'IA sera capable de faire des découvertes toute seule grâce aux données que l'homme lui aura fournies.

A quoi va ressembler l'intelligence artificielle quand elle va arriver dans nos vies ?
L'intelligence artificielle va tout d'abord se matérialiser sous forme d'assistant intelligent. Grâce au progrès des algorithmes et à l'entraînement qu'on leur aura fait faire, ils vont s'améliorer et être capables de nous accompagner dans nos vies. Pour cela, on apprendra à l'assistant intelligent à être flexible pour gagner en autonomie. Il pourra gérer notre emploi du temps, sera notre expert personnel dans tous les domaines pour pouvoir nous libérer du temps. Il nous facilitera ainsi l'accès à la connaissance. L'assistant intelligent fonctionne actuellement pour exécuter des tâches simples. Mais bientôt, il finira par nous connaître parfaitement et pourra exécuter des tâches complexes (aider à réviser les devoirs des enfants, être le confident et faciliter l'accès à la connaissance...). Il va créer des interactions de plus en plus intimes avec nous, va défendre nos intérêts car il connaîtra nos aspirations. L'assistant intelligent sera une copie parfaite de nous dans le monde digital, notre alter-ego digital (comme le dit Microsoft) qui nous représentera dans toutes nos interactions avec l'extérieur. Mark Zuckerberg, patron de Facebook, s'est créé son propre assistant intelligent personnel pour piloter sa maison. Bientôt, ces assistants intelligents remplaceront nos smartphones. Ils seront nos compagnons virtuels avec lesquels nous serons en connexion permanente.

Propos recueillis par Dominique Gruson
Anjou Eco n°51 - mai 2018

 

 

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