Retour accueil
Vous êtes ici  > Enquête  > Enquêtes 2018

Retombées du World Electronics Forum : synthèse du Livre Blanc pour l'industrie électronique du futur

Vendredi 27 octobre 2017, Angers : Edouard Philippe, Premier ministre se rendait  à la 22e édition du World Electronics Forum qui se tenait pour la première fois en France. Il n'y avait, pour la filière électronique, plus belle opportunité pour remettre au Premier ministre son Livre Blanc pour l'industrie électronique du futur.
Ce fut l'occasion pour Edouard Philippe de détailler la stratégie du gouvernement visant à encourager et attirer l'investissement et l'innovation en France et pour la profession, de montrer un front uni au travers d'une réflexion nourrie mettant en évidence la nécessité de continuer à collaborer entre acteurs de la filière.

Un livre blanc pour une feuille de route jusqu'en 2020
En juin dernier, WE Network, cluster des industriels de l'électronique du grand ouest (170 adhérents) lançait un appel à manifestation d'intérêt afin de structurer la transformation de l'industrie électronique. Objectif : répondre aux enjeux des « smart usages ». Ces travaux ont permis d'interroger environ 150 experts du secteur. Le rapport, réalisé en collaboration avec les trois syndicats professionnels de l'électronique (ACSIEL, SNESE et SPDEI) et la fédération professionnelle (FIEEC). L'ensemble de ces travaux a été synthétisé dans un Livre Blanc.
Lors de sa présentation dans le cadre de WEF, Vincent Bedouin, président de WE Network et président du directoire du groupe Lacroix, a mis en lumière que l'électronique est en réalité le socle industriel de la transformation numérique. « Le monde se digitalise grâce aux capteurs et objets communicants, donc aux composants qu'ils embarquent. On parle ici d'une vague qui devrait être plus haute que celle des télécoms dans les années 90. Car l'IoT est en train de se diffuser dans tous les secteurs : industrie manufacturière, ville, santé, agriculture, transports,... pour développer des nouveaux usages et solutions face aux contraintes environnementales, économiques et sociales ». Pour le dirigeant, l'industrie électronique française a de nombreux atouts en main pour surfer sur la vague de l'IoT. A condition de se transformer et de privilégier l'intérêt de la filière française et européenne sur les petits enjeux régionaux ou concurrentiels.

Diagnostic d'une filière à fort potentiel de croissance
La genèse de l'industrie électronique est récente. Ses prémices apparaissent à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Son « jeune âge » laisse augurer d'un fort potentiel de croissance à venir.  Pour ce faire, il lui faudra d'une part relever les défis de demain, prendre également en compte la complexité de son écosystème composé d'acteurs majeurs (fournisseurs de composants, distributeurs de composants, fabricants de cartes électroniques, fabricants d'équipements de production ou de tests et mesures et donneurs d'ordres ou OEM dépositaires du produit). Cette filière n'est autre que le fer de lance d'une pyramide de création de valeur dont l'important effet de levier pourrait croître davantage encore, grâce à l'IoT, avec l'ouverture de nouveaux marchés et l'essor de services associés.
Portée par le développement de l'IoT, l'industrie électronique du futur contribuera à donner à la filière une nouvelle dimension, un nouveau souffle en impactant l'ensemble des secteurs de l'économie. L'une de ces filières sera au coeur de cette transformation digitale, celle de la production de cartes électroniques, clé de voûte du développement de l'IoT. Une transformation qui fera apparaître dans son sillage de nouveaux types de clients (start-up, grands comptes industriels, PME, ETI industrielles...) et qui nécessitera, du fait de nouveaux process de fabrication, un accompagnement plus étroit que pour les clients traditionnels de l'industrie.

Une carte à jouer...
Dans cette période charnière de transformation et de nouveaux paradigmes, la France a une carte majeure à jouer dans une Europe au savoir-faire industriel électronique reconnu mondialement. De par son positionnement sur les marchés professionnels (Défense, Aéronautique, Médical, Automobile....) et en qualité de leader européen sur les services de production de cartes électroniques, la filière de production française est déjà au plus proches des marchés porteurs du Smart World. A cela s'ajoute un écosystème d'innovation de l'IoT créatif, en plein essor et parmi les plus dynamiques au monde. Enfin, la mise en actes d'une volonté affichée haut et clair par les gouvernements français et européens depuis 4 ans de porter l'industrie du futur vers le haut, augure pour la France de pouvoir se positionner comme leader de l'IoT B2B.

...Dans un contexte compliqué
 Le développement d'un nouveau secteur d'activité, d'une nouvelle filière, aussi prometteurs soient-ils, nécessite toujours des changements, des adaptations, des défis à relever aussi. Ainsi en est-il de l'IoT d'ici les cinq années à venir. Des enjeux complexes pour la filière de production électronique qui se situent à quatre niveaux.
- Un rythme d'innovation allant crescendo, avec pour effets induits, une réduction des temps de cycles de développement, d'industrialisation, de mise sur le marché des nouveaux produits. Allant de pair avec cela, une réduction du cycle de vie des produits, des délais d'amortissement et d'investissement.
- Une augmentation du « mix » due à la fois à la hausse du nombre de clients par fournisseur, de références par client, du nombre de références de composants par produits... Une combinaison de tous ces « mix » qui génère une croissance exponentielle des données et informations à gérer.
- Des volumes de production plus variables. Ce faisant un enjeu fondamental de flexibilité sur les volumes pour saisir les opportunités de marché ou, à défaut, ses revers.

- Des coûts de plus en plus « pressés » qui nécessitent de trouver rapidement un seuil économique, une économie d'échelle, permettant ainsi une diffusion plus large sur les marchés.

Relever les défis d'aujourd'hui pour saisir les opportunités de demain

Si la filière de production électronique française fait montre d'une belle détermination, consciente du formidable potentiel qui s'offre à elle dans les prochaines années, il lui reste à relever de nombreux défis dont une « supply chain » perçue comme trop rigide, peu réactive au regard d'une demande toujours plus volatile et une digitalisation trop confidentielle. Autre point faible : un outil de production des cartes électroniques peu flexible, ce, tout au long du process de fabrication. Ces inefficiences amplifiées du fait d'une complexité croissante, obèrent le déploiement de l'industrie électronique du futur. La traçabilité, déficiente, est l'un des autres talons d'Achille de l'industrie électronique du futur : Pour optimiser cette traçabilité, il est nécessaire de mettre à profit les remontées d'information pour fluidifier les stocks « dormants » et permettre ainsi de donner une visibilité en temps réel de l'outil de production. Par ailleurs, la filière électronique française doit être en mesure de mettre à disposition des marchés professionnels les technologies électroniques de pointe déployées  notamment dans le domaine de l'électronique grand public. Autre enjeu pour la filière : travailler plus en amont avec les fournisseurs. Objectif : partager les évolutions relatives à la technologie des composants. Mais les défis à relever sont aussi éducatifs et humains : la filière subit un déficit de visibilité et d'attractivité auprès des jeunes. A cela s'est ajoutée une chute des effectifs formés depuis 20 ans, liée une succession de réformes de certains cursus. Il en résulte sur certains métiers, une forte tension, ressentie par certains industriels comme préoccupante, voire critique. En cause, la raréfaction dans certains métiers des forces vives (niveau technicien) et une pyramide des âges vieillissante, avec pour effet une érosion, voire une perte des savoir-faire pour l'industrie.
La performance des nouveaux leviers de l'IoT liés à l'industrie électronique sera étroitement liée à la réussite des processus d'innovation collaborative ainsi qu'aux modes de financement et d'investissement qui devront prendre en compte la spécificité du marché de l'IoT B2B.
Enfin, face à des concurrents de poids (Asiatiques, Américains), aux capacités d'investissement telles qu'elles leur permettent d'innover sous l'impulsion de leurs grands comptes clés, les acteurs européens et français n'ont pas encore les moyens de leurs ambitions pour franchir les prochaines étapes technologiques. L'argent étant le nerf de la guerre, il leur sera indispensable d'accroître leur capacité d'investissement pour jouer à armes égales.


Marianne Bourgeois
Anjou Eco n°50 - février 2018

export_facebook export_delicious export_twitter export_viadeo  export_linkedin