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Le "Consumer Electronic Show" : "the place to be"(1)

En janvier, la délégation angevine qui s'est déplacée au CES (2) de Las Vegas pour la deuxième année consécutive a suscité un bel enthousiasme. Retour sur cet événement et sur une expérience hors norme. 

Imaginez quelque 188 000 personnes présentes quatre jours durant sur une superficie équivalente à 40 terrains de football. L'effervescence est permanente, entrecoupée de nuits courtes et de journées sans fin. L'édition 2017 du CES, ce grand show mondial de l'électronique, a de nouveau tenu toutes ses promesses. La France y a conforté sa place de choix. En 2015, 66 start-ups françaises participaient au CES, 128 en 2016 et 178, cette année. Cette manifestation a des retentissements énormes pour les entreprises qui s'y rendent en matière de visibilité, de contacts, de communication, de marketing. Plus de 6000 media y sont présents.

Des start-ups dans les starting-blocks
Cette année, la France s'est affichée en tant que troisième présence mondiale avec 275 entreprises présentes (derrière les Etats-Unis et la Chine). L'esprit de la French Tech a envahi l'Eureka Park (espace dédié aux start-ups) et a été particulièrement actif. «Avec sa centaine de représentants, les Pays de la Loire étaient la première région de France présente au CES». Comme le souligne Corine Busson-Benhammou, Directrice Relations Extérieures AngersFrenchTech. «Une dizaine d'entreprises et de start-ups angevines y sont allées. Parmi elles, certaines étaient hébergées sur les stands de Business France et de la Poste French IoT ». Trois se sont particulièrement distinguées : My Jomo (badge connecté et intelligent permettant de faire défiler des informations personnalisables sur un petit écran circulaire) qui remporta un très beau succès. Si le badge connecté créé par Enric Cailleau et Florian Benejean n'était pas encore commercialisé en janvier dernier, son succès a été au-delà de leurs attentes. «Tant en amont qu'au cours de l'événement, nous avons été accompagnés par l'éco-système angevin et par la région des Pays de la Loire ». Le stand qui accueillait la start-up n'a pas désempli. La journée dédiée à la rencontre d'investisseurs et d'acheteurs de grands groupes, fut la plus intense. «Ce jour justifiait à lui seul, notre déplacement au CES. Les retours ont été très positifs ». Des contrats d'achat et de location ont été signés, prévoyant pour certains des milliers d'unités. «A notre grand étonnement, nous avons rencontré nombre de sociétés françaises intéressées ainsi que des prospects français que nous n'avions pas encore eu l'opportunité de rencontrer en France. Pour une start-up, le seul fait de se rendre au CES légitime son statut auprès de clients potentiels». Les contacts ont été noués pour l'essentiel avec des sociétés françaises (60 %) et américaines (30 %). De grands groupes, qui n'ont pas systématiquement contractualisé in situ, ont également manifesté un intérêt certain pour cet objet connecté. «La première version finale de My Jomo a été présentée au CES. Au préalable, il n'existait que des prototypes ». My Jomo a sorti ses toutes premières unités en mars dernier. Tout est fabriqué en France, majoritairement en Pays de la Loire (Vendée, Angers, Le Mans...). 10 000 badges devraient être produits cette année. L'an prochain, Florian Benejean et Enric Cailleau envisagent de retourner au CES pour cibler cette fois davantage le marché nord-américain (sur lequel ils envisagent la commercialisation de My Jomo à la fin de cette année). «Nous vivons une aventure entrepreneuriale extraordinaire. Si, pour une raison ou une autre, elle devait s'arrêter, cela restera une expérience formidable ».

Gaspard, le coussin connecté
Deuxième start-up angevine angevine à s'être distinguée : Gaspard, ce coussin connecté destiné à prévenir les escarres des personnes en fauteuil roulant. «Cette innovation a été créée par deux jeunes qui, l'an dernier déjà, avaient lancé Hector, ce thermomètre connecté aujourd'hui commercialisé dans de grandes enseignes (Boulanger...). Gaspard se positionne sur un créneau très porteur, celui de la santé connectée. Cette start-up a été celle, semble-t-il, qui a recueilli le plus de retombées presse nationale et internationale» selon Corine Busson-Benhammou. Alors qu'Hector constituait un premier pas dans le milieu des objets connectés, son petit frère Gaspard est un projet bien plus ambitieux et plus cher au cœur de ses deux créateurs. «En venant au CES pour la seconde fois, nous avions déjà nos repères», explique Morgan Lavaux, co-fondateur avec Valentin Roy de Gaspard. «Les contacts ont été très nombreux. Il a fallu ensuite faire un tri et choisir ceux qui nous semblaient les plus pertinents et qualitatifs ». Morgan et Valentin ont été surpris de revoir certaines personnes avec lesquelles ils avaient noué des contacts pour Hector en 2016 et qui on trouvé en Gaspard, un intérêt certain. «Le fait de nous voir cette année présenter un nouveau produit pouvait être perçu comme un facteur rassurant. Nous montrions ainsi que nous n'étions pas statiques dans notre développement. Grâce à Hector, nous avons pu capitaliser sur Gaspard. Les personnes rencontrées étaient pour l'essentiel éloignées de la notion de handicap mais pouvaient nous aider en nous mettant en relation avec les bons interlocuteurs. Le réseau prime beaucoup ». Entre autres contacts, des journalistes, des fabricants de fauteuil roulant, des métiers liés au transport... «Des politiques également prêts à nous apporter leur aide pour installer Gaspard aux Etats-Unis». Quant au développement de Gaspard, Morgan et Valentin, malgré les très bons retours et les intentions d'achat pour un produit qui n'était pas encore commercialisé, gardent la tête sur les épaules : «L'idée est d'assoir le développement d'Hector - amélioration et extension du produit - ensuite d'axer la commercialisation de Gaspard prioritairement en France d'ici la fin de l'année ». Morgan et Valentin sont convaincus de la pertinence de leur projet. «Une personne sur deux en fauteuil roulant développe à terme une autre pathologie que son handicap du fait d'un mauvais positionnement. Aux Etats-Unis, la perception du handicap est différente de celle qui existe en France ; les gens sont davantage dans l'accompagnement qui peut être apporté aux personnes handicapées ».

All you need is love
Quand on pense au CES, on imagine plutôt des robots intelligents, des casques de réalité virtuelle. La LoveBox n'a aucun de ces critères. En revanche, elle a suscité une curiosité incroyable du fait du message universel qu'elle véhicule. La LoveBox est une boîte dotée d'un écran, à l'intérieur de laquelle on peut lire les messages de son ou de sa bien-aimé(e). L'idée est toute simple : le coeur se met à tourner dès qu'un message est reçu. Une fois la boîte ouverte, le destinataire lit un message (envoyé via une application disponible sur iOS et Android) s'afficher sur l'écran LCD. La boîte, en bois du Jura (du village de Saint-Amour) est conçue à la Cité de l'objet connecté à Angers. Ce produit glamour présenté à quelques jours de la Saint-Valentin a attiré les foules. Avant d'aller au CES, la LoveBox avait été commercialisée de façon confidentielle à l'occasion des fêtes de fin d'année. Les premiers retours avaient été prometteurs quant au potentiel d'un produit qui sortait du lot. Le ressenti de Marie Poulle et Jean Gregoire, ses co-fondateurs, s'est confirmé quelques jours plus tard au CES. «Les échanges ont été porteurs. La philosophie d'une start-up qui crée du bonheur a séduit ». Pour la présentation de la LoveBox, la start-up s'est donnée les moyens de ses ambitions. «Le coût minimum d'un stand est de 1000 €. Celui d'un stand au «CES Unveiled», (événement qui précède le CES et qui permet aux media de rencontrer les start-ups) est de 750 €. C'est un investissement. Mais c'est ici que la presse repère les start-ups. Cela nous a permis de bénéficier d'une belle couverture médiatique tant dans la presse nationale (L'Express, 20 Minutes, les Echos....) qu'internationale. Cela nous a beaucoup aidés ». Quant au CES, il a été l'opportunité pour la jeune start-up de rencontrer de potentiels investisseurs (français, américains, japonais...), distributeurs (grands magasins et grossistes). «Nous avons eu d'excellents contacts pour le marché nord-américain, également avec la Suisse et d'autres pays européens (Grande-Bretagne, Italie....). Avec le Moyen-Orient, l'Asie également où Business France pourrait nous accompagner pour développer la LoveBox. Le fait d'être au CES permet indubitablement de rencontrer des personnes que l'on n'aurait peut-être jamais rencontrées ou bien plus tard, de nouer des contacts avec les bons interlocuteurs. L'idée est d'être distribué plus largement en France et à l'international d'ici septembre et de s'associer avec des personnes dont c'est le métier ». Pour Corine Busson-Benhammou, «Tant pour la distribution, le marketing que pour conquérir le marché américain et international, le CES est « the place to be ». Nous avons assisté à des conférences où intervenaient des personnes que nous n'aurions jamais pu rencontrer : le Président de Ford qui est venu parler des objets connectés, le PDG de Netflix, de Facebook...Cela permet d'avoir un regard physique sur les référents en la matière». Le cru français 2017 a été bien différent du précédent en cela que cette année, la France a été reconnue en tant que pays phare en matière d'innovation technologique. « En deux ans, la French Tech s'est vraiment imposée. Sa reconnaissance est tangible. Aujourd'hui, c'est devenu bien plus qu'un label. C'est une marque de fabrique. Cette année, plus que jamais, Le CES nous a permis de fédérer, de rayonner et surtout de nous internationaliser avec des contacts exceptionnels qui nous font gagner plusieurs années. Un vrai retour sur investissement ».

Angers, point d'entrée pour la filière de l'IoT
Pour la délégation angevine, il y avait, selon Michel Perrinet, délégué Angers French Tech, un véritable enjeu et une cohérence à se rendre à cet événement : « Notre objectif : être le point d'entrée pour la filière électronique de l'IoT qui changera la vision du monde de demain. Le Grand Ouest excelle dans la filière électronique. Il est essentiel d'attirer les projecteurs internationaux sur cette valeur ajoutée qui est la nôtre et faire entendre qu'il existe en Europe une place forte sur le marché de l'IoT. La mission d'Angers French Tech n'est pas uniquement de faciliter l'accès aux start-ups mais aussi de proposer aux entreprises traditionnelles de monter dans le train du numérique. La CCI49 comme tous les autres partenaires qui nous accompagnent dans cette démarche y contribuent beaucoup par la vision collaborative de l'enjeu qui nous anime tous ».

Marianne Bourgeois
Anjou Eco n°47 - mai 2017 

 

(1) The place to be : « l'endroit où il faut être »
(2) CES : Consumer Electronic Show

 

Légende Photo :
© LoveBox.Love

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