Beaufort-en-Vallée, Parçay-les-Pins, Baugé, ces trois communes, propriétaire chacune d'un musée géré et animé par la DAMM, s'apprêtent à vivre une année 2011 exceptionnelle en célébrant respectivement la réouverture du musée Joseph-Denais, les 10 ans du musée Jules-Desbois, les 1 000 ans de Baugé.
La DAMM (Direction Associée des Musées Municipaux), Syndicat intercommunal à vocation unique, fête ses 10 ans en 2011. Labellisés "Musée de France" et conventionnés avec le département de Maine-et-Loire, les trois musées de la DAMM valorisent leurs collections permanentes, programment des expositions, des événements dans des lieux chargés d'histoire.
Programme des festivités, sous réserve de modifications, sur le site www.damm49.fr
S'il n'est de richesses que d'hommes, comme le disait Jean Bodin, humaniste angevin du XVIe siècle, l'Anjou est alors riche. Riche d'une histoire d'hommes. Certains ont brillé sous mille feux, mis en lumière par l'Histoire. D'autres, ceux que la grande Histoire n'a pas retenus, ont laissé leurs empreintes dans la terre angevine. Tout au long de l'année, au travers de l'initiative de la DAMM (Direction Associée des Musées Municipaux), leur province natale leur rend hommage. Comme l'explique Chloé Bernaudeau, chargée de communication de la DAMM, « ces événements, que nous souhaitons résolument tournés vers les publics, témoignent de la vigueur de ces établissements, du rôle que les musées ont dans le partage de la culture pour tous, d'autant plus en milieu rural. Avec beaucoup d'enthousiasme et la volonté politique des communes, on peut faire avancer et bouger les choses».
Le dernier cabinet de curiosités du XIXe siècle
Le musée Joseph-Denais à Beaufort-en-Vallée est un fringant centenaire qui a décidé de s'offrir de nouveaux habits. 2011 sonne l'année de sa réouverture après 4 ans de travaux. Initiative d'un féru d'histoire, aboutissement du rêve d'un humaniste, ce musée créé par Joseph Denais en 1905, est entré dans le XXIème siècle sans perdre une once de son âme originelle. D'inspiration italienne de ses palais Renaissance, il est un véritable bijou d'architecture mariant harmonieusement faïences polychromes et brique vernissée au granit et à l'ardoise angevine. A l'origine, l'édifice avait été conçu pour la Caisse d'Epargne. Son extension permit d'y accueillir, plus tard, le musée. Clin d'œil de cette cohabitation insolite : sur le fronton de la façade, une sculpture en bronze « Le Génie des Arts entouré de la Fortune et de l'Epargne ».
Pour faire de ce lieu une fenêtre ouverte sur le monde en replaçant l'histoire locale dans le maelström de l'Histoire Universelle, Joseph Denais, journaliste, reçut l'appui de précieux mécènes (Guimet, Rothschild...).
Entrer au musée Joseph Denais, c'est rendre visite à un aïeul, pousser la porte de son grenier, y découvrir des choses précieuses, rares, des objets sortis de vieilles malles en cuir usé rapportés de voyages au long cours. Parmi les 7 000 pièces que compte le musée, des petits joyaux de curiosité : un planétaire du XVIIIe siècle représentant le système solaire, une maquette d'un
monastère en bois peint rapportée de Russie.
Dans la galerie d'histoire naturelle XIXe, une formidable collection de minéraux, coquillages... Dans la salle des Beaux-Arts, aux murs lie-de-vin et ocres, aux plafonds lambrissés, illuminée par l'éclairage zénithal de la verrière, d'autres pièces plus prestigieuses comme « la Petite Châtelaine » de Camille Claudel. Mais ce musée est aussi un musée d'arts, de traditions populaires et locales auxquelles Joseph Denais attachait tout autant d'importance qu'à ses collections venues de contrées lointaines. Le visiteur, surpris dans un premier temps par la richesse et la variété des collections, se construit son propre itinéraire et avec, son propre univers. Au musée Joseph Denais, pas de « sens de la visite », uniquement des sens en éveil pour un voyage immobile dans un lieu fascinant. « Je n'ai jamais perdu de vue le dessein de créer à Beaufort un musée pouvant offrir à nos concitoyens de l'avenir ce qui a manqué à ceux de ma génération » (J. Denais - 1908).
Jules Desbois, ami et collaborateur d'Auguste Rodin
Sur la place du village de Parçay-les-Pins, dans une belle demeure de tuffeau, le musée Jules Desbois rend hommage à l'enfant du pays. Ce sculpteur, contemporain et ami de Rodin, fut considéré par ses pairs comme l'un des plus doués de son temps. 2011, un beau millésime pour le musée qui fêtera ses 10 ans. Légitime fierté pour cette petite commune de 900 âmes que de faire découvrir, au travers le talent d'un artiste, la sculpture du XIXe siècle. Tout comme Camille Claudel, Jules Desbois a travaillé dans l'ombre du grand maître, Auguste Rodin. Sans atteindre la notoriété du créateur du « Penseur », ce sculpteur au tempérament solitaire, vivant loin de l'agitation culturelle parisienne, fut honoré de nombreuses commandes de l'Etat dont l'imposant « Valmy » au Panthéon. Quelques-unes de ses œuvres se trouvent au Musée d'Orsay, au Petit Palais, à Paris mais aussi dans les musées de Nancy, Calais, Tours, Angers...
Situé face à la maison natale de l'artiste, le musée a conservé toute son authenticité architecturale en faisant la part belle au verre, à la lumière, au blanc et à l'ocre du tuffeau qui illuminent les œuvres.
Au fil d'un parcours de sept salles, le talent de Jules Desbois se livre progressivement. Près d'une centaine d'œuvres : arts décoratifs, petites sculptures, portraits, œuvres monumentales ont suscité l'admiration de ses contemporains et témoignent de sa remarquable maîtrise du mouvement, de son sens aigu de la sensualité et de la fluidité de ses modèles.
En 10 ans, le musée a enrichi sa collection s'attachant à montrer les évolutions de la recherche de Desbois, de l'esquisse au modèle, de l'édition en bronze à la statue en marbre. Aujourd'hui, il peut s'enorgueillir de proposer en milieu rural une programmation originale, variée et de qualité. Expositions, événements témoignent de la vitalité de ce lieu et de son désir d'ouverture à la création d'aujourd'hui (résidence d'artiste, performance de danseurs...). Suivez le conseil de Rodin : «Allez voir Jules Desbois, il pratique son art avec une ferveur qui confine à la religion ».
Laissez-vous conter mille ans d'histoire de Baugé
« Quand on arrive à Baugé, c'est que l'on s'est perdu », s'amusent parfois à lancer les Baugeois. Si tel est le cas, combien de personnages célèbres s'y sont « perdus » ? Un certain nombre car Baugé est le berceau d'une histoire riche parsemée d'illustres personnages qui façonnèrent et firent prospérer la belle cité, dont le comte d'Anjou Foulque Nerra qui, au début du XIe siècle, entreprit d'installer son site défensif et le Roi René qui, à la fin du XVe siècle, y établit son logis. L'année 2011 célébrera les riches heures de Baugé en proposant un programme de festivités et d'animations.
Bienvenue à la « galerie des illustres »
Pour lancer l'année anniversaire du millénaire, une « galerie des Illustres » sera installée au château de Baugé. Une invitation à entrer dans l'histoire locale en découvrant 10 personnages emblématiques de la cité médiévale : de Foulque Nerra à Victor Ferrière, maire au XIXe siècle surnommé « le baron Haussmann de Baugé », en passant par les fondatrices des institutions religieuses et hospitalières. Autre temps fort du millénaire, l'exposition « nos ancêtres les Baugeois », 10 siècles d'histoires raconteront 1 000 ans d'histoire de la ville grâce aux objets présentés au musée.
Créé par la ville en 1905, ce « musée à la Prévert », où les objets racontent des histoires, rassemble des collections variées constituées au cours du XIXe et au début du XXe siècles (céramiques anciennes d'apothicairerie des XVe et XVIe siècles, collection d'armes - des premières armes à feu aux objets confectionnés par les « poilus » - collection de monnaies, de poids monétaires, d'assignats du XIe au XIXe siècles). Actuellement, un nouveau projet muséographique est en cours et avec, un projet de transfert dans un autre écrin tout aussi exceptionnel : L'Apothicairerie de l'Hôtel-Dieu.
Marianne Bourgeois