Ils s'appellent Loïc Gallet, Frédéric Tempereau, Steven Chéné ou Lindsey Hellio. Tous sont d'anciens apprentis du Centre de Formation d'Apprentis de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Maine-et-Loire. Ils sont à la tête de l'entreprise qu'ils ont créée. Inventifs ou autodidactes, ils se sont lancés dans l'entrepreneuriat pour mettre en oeuvre des projets qui ont aujourd'hui fait leurs preuves.
Le CFA : un sésame indispensable
Pour devenir son propre patron, créer son entreprise, l'apprentissage constitue la voie idéale. Au CFA de la CCI de Maine-et-Loire, les apprentis reçoivent qualification et compétences nécessaires pour diriger une entreprise. Ils sont aussi sensibilisés à l'entrepreneuriat tout au long de leur cursus. Depuis deux ans, des modules « esprit d'entreprendre » de 4 heures sur l'année ont notamment été mis en place au sein des trois établissements de Formation pour les BP, Bac Pro, et BTS 2ème année. « Les deux premières heures de ce module apportent les outils indispensables pour monter une société», explique Sylvaine Birault, chargée de sa mise en place sur Eurespace. « Au cours des deux suivantes, nous faisons intervenir des créateurs et repreneurs de la filière concernée». L'année dernière, 50 % des apprentis avaient déclaré avoir une forte envie de créer ou reprendre dans les 5 à 10 ans à l'issue de ce module. Véritables ponts vers le monde de l'entrepreneuriat, les prochains devraient être élargis aux acteurs économiques : banquiers, experts-comptables...
Sont-ils les exceptions ou, au contraire, la preuve que l'apprentissage peut être une manière de monter très vite professionnellement ? Impossible à dire. Reste que ces apprentis sont partis de rien pour se construire eux-mêmes. On retrouve chez chacun d'entre eux quelques-unes des qualités incontournables à la réussite : l'acharnement au travail, de la ténacité, un fort optimisme, des idées et souvent une bonne dose de courage.
Loïc Gallet et Frédéric Tempereau : un concentré d'idées
L'un est artisan caviste, l'autre chef de cuisine. Tous deux sont propriétaires depuis avril 2008 de « L'Atelier des Saveurs » à Chemillé et bouillonnent d'idées. Titulaires de leur Bac Pro en hôtellerie restauration en 1990 au Centre Soulez-Larivière à Angers, les deux amis acquièrent leurs expériences dans des restaurants à deux ou trois macarons et en hôtellerie de luxe. En 2000, Loïc Gallet crée « La Cave des Saveurs ». Une boutique qui abrite de nombreux trésors : de très grands crus mais aussi de merveilleux vins découverts chez de petits producteurs. De son côté, Frédéric Tempereau donne naissance à « L'atelier culinaire » en 2006 à Savennières. Il y propose des cours de cuisine, des week-ends « gastronomie et vins » et des séminaires pour les entreprises. Rapidement, les deux amis décident de s'associer avec Chi-fan Soen, professionnelle de l'hôtellerie-restauration, autour d'un projet commun : « L'atelier des Saveurs ». Dans ce restaurant situé à deux pas de la « Cave des Saveurs », Frédéric Tempereau concocte une cuisine originale qui fait la part belle aux produits de saison et aux accords mets/vins. Depuis quelques semaines, l'établissement accueille également les cours de cuisine de « L'Atelier Culinaire ». Ces derniers ne se font plus à Savennières mais à l'étage du restaurant aménagé spécialement. « Ce regroupement de trois structures autrefois séparées nous permet de proposer un concept touristique unique avec des prestations à la carte. Notre clientèle de professionnels peut, par exemple, se réunir le matin dans notre grande salle, déjeuner à midi au restaurant, déguster quelques vins dans les anciens souterrains du château de Chemillé au sous-sol de la Cave des Saveurs, suivre un cours d'œnologie l'après-midi et, le soir, un cours de cuisine, avec dégustation des plats préparés». De quoi pimenter les séminaires, réunions de familles... Les trois associés travaillent également en étroite collaboration avec les chambres d'hôtes de la région et même avec une compagnie de taxis. « Des visites d'exploitations viticoles sont également possibles ». Partis de trois entreprises complémentaires et solides financièrement, ils se distinguent aujourd'hui dans le paysage touristique. « Nous souhaitons proposer quelque chose d'un peu différent, de convivial ». C'est aujourd'hui une réussite... qui a du goût.
Lindsey Hellio : apprentie à 15 ans, chef d'entreprise à 21
Dirigeante de la boutique Mod'El à Saumur depuis juin 2008, Lindsey Hellio a 17 ans quand l'idée d'être son propre patron lui traverse l'esprit. Mais, à l'époque, ses projets sont encore flous. « Poursuivre dans l'enseignement général ne m'intéressait pas », se souvient la jeune femme. A 15 ans, elle entre en apprentissage à l'Espace Formation du Saumurois pour préparer un BEP. Passionnée de mode, elle rêve de monter son affaire avec son ami Kévin Georget. Pour y arriver, elle poursuit son apprentissage par un Bac Pro Commerce. Elle le décroche en candidat libre en juin 2007. « Au cours des mois qui ont suivi, j'ai multiplié les missions d'intérim dans le secteur commercial. Plus que jamais, je souhaitais me mettre à mon compte ». Mais la volonté ne suffit pas. Début 2008, Lindsey Hellio et Kévin Georget commencent leurs démarches. « Lorsque l'on veut s'installer, le plus difficile est de trouver un bon local à louer ». Après de longues recherches, le couple trouve un emplacement à Saumur, non loin du centre-ville. Ils y créent la boutique Mod'el où ils commercialisent aujourd'hui des articles de prêt-à-porter branchés pour femmes. De cette période de lancement, Lindsey garde des bons, mais aussi des mauvais souvenirs. Elle se remémore surtout les démarches administratives et les difficultés pour trouver une banque qui lui fasse confiance. Elle est alors âgée de 21 ans. « Notre jeune âge n'inspirait pas confiance. Plus d'un aurait été découragé... mais nous avons tenu bon ! ». Heureusement, elle bénéficie aussi de bons conseils et de citer : la CCI, le point Balise de Saumur ... et la famille. Lindsey Hellio et Kévin Georget ont aujourd'hui des projets plein la tête. Les deux anciens apprentis se verraient bien désormais à la tête d'une grande franchise : « Mod'el »... « Nous aimons la liberté et les défis ! ».
Steven Chéné, entrepreneur dans l'âme
C'est l'histoire d'une création d'entreprise en famille. Depuis mai 2008, Steven Chéné, 22 ans, dirige avec son père la S.A.R.L. Chéné Didier et Steven à Saint-Pierre Montlimart, spécialisée dans la menuiserie, l'électricité et le placoplâtre. Trois savoir-faire qui permettent aujourd'hui à l'entreprise de réaliser des chantiers complets, « un véritable plus pour notre clientèle ». Pour cet ancien apprenti, être chef d'entreprise a toujours été une vocation : « Adolescent déjà, je travaillais le bois sur les pas de mon oncle menuisier. J'avais envie d'avoir quelque chose à moi et de créer », se souvient-il. « J'en parlais souvent avec mon père qui avait le même projet. Il était alors agent d'entretien dans la fonction publique et souhaitait revenir à l'électricité, sa formation de base ». Dès lors, la voie de Steven Chéné est toute tracée : il entre en apprentissage dès 16 ans pour devenir chef d'entreprise. Au cours de ses deux premières années de BEP à Eurespace Formation, il alterne cours au CFA et travail au sein de l'entreprise Gaillard à Saint Rémy-en-Mauges. « Une expérience que je n'oublierai jamais et qui m'a beaucoup appris. Sans un employeur engagé à 100 % dans son rôle de formateur, je n'en serais pas arrivé là », estime Steven. Pour se perfectionner dans son métier et acquérir les bases de la gestion d'une entreprise, il poursuit par un BP au sein de l'entreprise Delion. Son apprentissage terminé, il oeuvre activement avec son père, pendant près de 6 mois, à la création de la S.A.R.L. Chéné. Une période pendant laquelle ils continuent également tous deux de travailler : Didier Chéné en tant qu'agent d'entretien et Steven Chéné en tant qu'intérimaire. « Ce fut pour nous la phase la plus compliquée mais nous ne regrettons pas aujourd'hui notre association. Elle nous a permis de garder confiance et nous avons appris à nous serrer les coudes. » Plus rien ne devrait désormais arrêter la marche en avant de l'entreprise. « Pour moi, il n'y a pas d'âge pour s'installer. J'ai eu l'opportunité d'essayer et j'ai saisi l'occasion ».
Isabelle Baudry