L'entrepreneuriat féminin, défini comme la création et le développement d'entreprises par des femmes, constitue un vivier important de croissance pour l'économie française. Aujourd'hui les femmes représentent 46 % de la population active, alors qu'elles ne représentent que 28 % des entrepreneurs. En 15 ans la proportion de créatrices d'entreprise est passée de 18 à 30%.
En janvier dernier, l'UCO organisait une table ronde sur « l'Entreprise au féminin » dans le cadre de ses journées professionnelles. Lors de ce débat, des femmes chefs d'entreprise ont évoqué la façon dont elles appréhendaient leur fonction dans un environnement qui reste majoritairement masculin. Les femmes patrons différentes des dirigeants hommes ?
« Peut-être, affirme Stéphanie Paix, Directrice Générale de la Banque Populaire Atlantique. Les femmes approchent les dossiers différemment, elles ont le goût du détail. Aucune réussite n'est envisageable pour elles sans un réel investissement dans l'action. La conquête du pouvoir n'est pas, pour une femme, l'objectif premier ». Propos confirmés par Joël Freuchet, chef d'entreprise et Président du Medef Anjou « Les femmes croient dans le travail, les hommes recherchent plutôt une carrière ». A la question « Comment concilier vie professionnelle et familiale », Marie-Laure Legallo, responsable des Ressources Humaines de l'entreprise Le Val de Loire, répond « Attention. Si personne ne peut nier que les femmes dirigeantes se doivent d'organiser au mieux leur vie de mère et de boss, le choix de s'accomplir dans la vie professionnelle ou familiale est personnel. Il n'existe aucune prédétermination qui pèserait sur les femmes qui ferait d'elles ou des mères ou des patronnes. C'est aux femmes de choisir, en toute âme et conscience. Nous avons la chance de bénéficier d'un cadre légal facilitant congés parentaux, temps partiels.....Nous pouvons déterminer le tempo de notre vie. Encore faut-il en avoir conscience et s'octroyer le droit de choisir sans rester recluse dans un cadre culpabilisant et stéréotypé qui briserait nos ambitions ».
Les économistes, peu réputés pour leur consensus, semblent pourtant s'accorder sur un sujet : les femmes participent de manière grandissante à l'activité économique de la France et dégagent une plus value en apportant des connaissances et des savoir-faire différents. Nous voilà presque rassurées...
Bonjour, pourrais-je parler à votre direct...rice ?
Quel est le point commun entre Areva, SNCF, Chanel, Manpower ? Ces sociétés sont, ou ont été, dirigées par des femmes. Majoritaires dans la population, en situation de quasi parité dans la population active, les femmes sont minoritaires parmi les entrepreneurs. Ces femmes, davantage diplômées que les hommes entrepreneurs, plus jeunes, ont des contraintes professionnelles plus fortes que les autres femmes actives, devant concilier une vie familiale au moins aussi chargée. L'entrepreneuriat féminin reste peu valorisé. Etre femme chef d'entreprise serait presque faire partie d'une minorité visible qu'il faut encourager. Pour preuve, l'APCE (1) a mis en place un service de conseils et de soutien exclusivement dédié aux futures femmes chefs d'entreprise. En 2008, une étude montrait que plus l'encadrement d'une entreprise est féminin, moins son cours de Bourse chutait et plus la rentabilité de la société était élevée. De là à dire comme les participantes du Women's Forum (2) que « si la moitié de l'humanité n'avait pas été oubliée dans les instances dirigeantes, la crise financière n'aurait peut-être pas eu lieu ».... Autre constat, la mixité dans les entreprises est un facteur indéniable de performance. Pourquoi les femmes atteignent-elles rarement les sommets de la hiérarchie ?
La faute au fameux « plafond de verre » (« glass ceiling » en anglais), terminologie imagée pour désigner un ensemble de barrières invisibles (créées par des préjugés, stéréotypes et par le mode de fonctionnement des organisations) qui entrave la carrière des femmes. A compétences et diplômes et équivalents, pour qu'une femme remporte le match face à un homme et brise le fameux « plafond de verre », elle doit faire de très loin la différence.
Les obstacles rencontrés
Le fond du problème serait d'ordre sociologique et historique. Selon une enquête réalisée par l'ACDE, les femmes chefs d'entreprise sont 71 % à considérer qu'il est plus difficile pour une femme de diriger une société que pour un homme. On doute davantage de leur aptitude face à un environnement essentiellement masculin. Les femmes ont le sentiment « d'avoir à en faire plus » que les hommes pour être crédibles et considérées à leur juste place en tant que professionnelles. Leur faible représentation au sein d'organisations professionnelles et leur relatif isolement au sein du monde de l'entreprise a entraîné une multiplication d'associations et clubs de femmes chefs d'entreprise.
La MCTE, au service de l'entrepreneuriat féminin
La Maison de la Création et de la Transmission d'Entreprises à Angers a pour mission d'informer et d'orienter tout porteur d'un projet de création ou de reprise d'entreprise. Depuis 2007, elle a mis en place un groupe de travail dédié à l'entrepreneuriat féminin animé par des représentants d'institutions concernées par le sujet (3). «Notre but est de stimuler l'entrepreneuriat féminin et de faire savoir qu'il y a des femmes qui créent.». Autre souhait de Delphine Levelu, responsable de la MCTE, « féminiser » l'Observatoire de l'entrepreneuriat de la CCI en y incluant des données spécifiques aux femmes chefs d'entreprise. En Maine-&-Loire, 20 % des entreprises sont gérés par des femmes, principalement dans les secteurs du commerce et des services. Elles sont plus diplômées que les hommes mais avec moins d'expérience professionnelle. En 2007, 50 % des femmes désireuses de créer leur activité ont concrétisé leur projet (34 % pour les hommes). (4)
Le Domaine du Closel, une histoire de femmes...
Situé à Savennières, au sud-ouest d'Angers, le Domaine du Closel est l'un des plus anciens fiefs de ce vignoble, 450 ans d'histoire dont 200 ans dans une famille qui le transmet de mère en fille, de tante à nièce. 16 hectares de vignes, entre 50 à 60 000 bouteilles vendues dans le monde entier. « Avant de reprendre le domaine, j'étais dans l'enseignement. Je n'avais aucune formation de chef d'entreprise sauf celle d'une mère de 4 enfants. Cela apprend la disponibilité et l'attention». Si Evelyne de Pontbriand a appris son métier au milieu de ses rangs de vigne, elle a du suivre par ailleurs un programme d'accompagnement pour chef d'entreprise. Les différences entre hommes et femmes, elle les ressent dans la façon d'appréhender les choses. Lorsqu'il s'agit d'envisager l'avenir de la filière, ses confrères évoquent uniquement la notion de rentabilité là où E. de Pontbriand parle ‘aspect environnemental. « Deux point de vue différents mais complémentaires ». A son entrée dans ce sérail majoritairement masculin, elle a senti quelque résistance. Aujourd'hui elle est Présidente du Syndicat des producteurs où sur 35 membres, 3 sont des femmes. A ceux qui diront que le travail dans les vignes est trop physique.... «Récemment, j'ai recruté des femmes et me suis aperçue que la productivité augmentait. Les hommes ont vu qu'elles travaillaient plus vite qu'eux. Ils ont augmenté la cadence... ». La femme facteur d'émulation ? « La présence d'hommes et de femmes est nécessaire car complémentaire. Tout est question d'équilibre ». E. de Pontbriand règle les éventuels litiges « comme à la maison » : «J'écoute les deux parties et leur demande de trouver une solution là où un homme aurait tendance peut-être à traiter cela de façon frontale ».
Au cœur d'Angers, près de la Maison d'Adam, «La Maison douce »
Cela fait 30 ans que Marie-Laure Petit, esthéticienne, est installée à son compte. Elle ne regrette rien de ses choix même si son statut de chef d'entreprise n'a pas toujours été facile à assumer au quotidien : mère de 4 enfants, elle n'a jamais cessé de travailler. « Ma vie professionnelle a souvent pris le pas sur la sphère privée ». Lorsque l'activité a pris de l'ampleur, M-L Petit a dû recruter du personnel et s'est retrouvée face à une autre problématique, le management : « Une formation m'a permis d'acquérir les « outils » nécessaires en la matière ». Marie-Laure Petit est une femme passionnée par son métier malgré quelques aléas incontournables : « Une structure comme la mienne nécessite d'être à tous les postes (soins, management, communication, comptabilité...). Selon elle, les préoccupations d'un chef d'entreprise, qu'il soit homme ou femme, sont les mêmes. Toujours en quête d'innovations, de projets, indispensables pour pérenniser son activité, Marie-Laure Petit a créé il y a 10 ans une 2ème activité, un centre d'épilation qu'elle souhaite acheminer aujourd'hui vers une démarche biologique.
La Brasserie des Fontaines, une blonde de caractère
Quelle idée saugrenue de fabriquer de la bière lorsqu'on est une femme, qui plus est en plein pays de Layon ? Anne-Catherine Sailly, originaire du Nord, se souvient de sa grand-mère qui brassait elle-même sa bière de ménage. Cette blonde de caractère a toujours fonctionné à l'instinct. «Mon goût pour les bonnes choses m'a poussé naturellement vers ce produit que je connaissais bien ». A-C. Sailly a du affronter quelques obstacles : « je devais assumer le fait d'être une femme dans un milieu d'hommes et dans une région où l'on ne boit pas de bière. Je n'avais d'autres choix que de me démarquer, fabriquer des bières typées. Au début, cela a surpris. Mais j'ai persévéré ». La première défiance est venue de son banquier. « Il ne me voyait pas porter des sacs de houblon de 25 kgs. Mon objectif n'est pas d'accroître l'activité au point de devoir embaucher du personnel, contrairement à un homme qui serait peut-être davantage dans cette optique, mais de privilégier le contact avec mes clients, de fabriquer de bons produits et de me faire plaisir. Je fais tout toute seule et souhaite continuer ainsi.». Anne-Catherine produit 4 nouvelles bières par an. Peu ou pas de communication, juste le bouche à oreille, avec, au début, l'inévitable questions « Où est le patron ? ». Le plus difficile a été de concilier sa vie de famille et professionnelle : « il n'est pas toujours facile de se détacher de son travail, de revenir dans la sphère privée d'autant plus lorsque l'activité s'exerce chez soi ».
« Vague d'idées », la communication à la campagne
Créer une agence de communication en milieu rural ? C'est exactement ce que souhaitait Christelle Loiseau, co-gérante avec son frère de « Vague d'idées ». En s'installant à Maulévrier en 2005, elle voulait se démarquer en ciblant une clientèle qui n'aurait jamais osé pousser les portes d'une agence de communication, comme les artisans, les commerçants. Pari gagné. Non contente de compter 70 % de petites structures dans sa clientèle, des industriels font aussi appel à ses services. Comme tout chef d'entreprise qui crée sa société, Ch. Loiseau n'a pas compté ses heures «Quand on s'engage de la sorte, on sait que cela exigera beaucoup de travail, d'autant plus que j'ai commencé chez moi et qu'il était difficile de sortir des limites du cadre professionnel ». Jeune femme chef d'entreprise, elle s'étonne de la question « Y-a-t-il une différence de management entre hommes et femmes ? ». « Non. C'est davantage une question de caractère, de tempérament. Au cours de mon parcours professionnel, j'ai vu des femmes taper du poing sur la table et des hommes davantage à la recherche d'un arrangement». Ch. Loiseau concède qu'elle a peut-être eu plus de chance que ses consoeurs : « Je connais des femmes chefs d'entreprise qui on rencontré des difficultés. Je n'ai pas eu à batailler contre des a priori. J'évolue dans un domaine plutôt féminin, ce qui est un avantage».
Les écarts relativement importants qui existent entre les hommes et les femmes dans le monde entrepreneurial ont conduit le ministère de l'Economie à lancer un plan de réflexion qui devrait déboucher sur un certain nombre d'annonces concrètes, telle la volonté de Bercy d'accroître son soutien aux réseaux d'accompagnement à la création d'entreprises qui feront un effort plus particulier en faveur du développement de l'entrepreneuriat féminin. Hommes, femmes, et si tout n'était que complémentarité et enrichissement mutuel ?
Marianne Bourgeois